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Parole d’un homme n’ayant plus rien 脿 perdre

By   /   22 avril 2013  /   No Comments

Yasmina Naciri2Par Yasmine Naciri

 

Que r茅pondre 脿 ces policiers, dont la voix aiguis茅e comme un couteau, sonnait l’ordre de s’茅tendre par terre? Comment ne pas r茅pondre d’une voix abattue, quand on vous parle avec une ind茅niable agressivit茅 ? Moi, je ne me suis jamais consid茅r茅 que comme un 芦聽chemkar mkete3聽禄. Souvent, 脿 mon allure, les gens fuyaient. Saisis de panique devant mon 茅p茅e tranchante, ils m’offraient d’un air d’aimable intelligence la totalit茅 de leurs biens. J’occupais certaines ruelles obscures des beaux quartiers, o霉 je veillais des nuits enti猫res pour attaquer les vampiresHolliganes 脿 casa num茅riques, ces suceurs de ressources naturelles. D猫s que, vaincu par la fatigue, je gagnais la plage de Skhirat, longue de plusieurs kilom猫tres, pour y r茅partir la richesse selon mon extr锚me聽 justice, en assurant 脿 chacun de mes camarades une part de fortune. Et, de leur charit茅, de tout cet argent que nous d茅pouillions, de l’injustice sociale qui rongeait la coh茅sion de notre soci茅t茅, se d茅gageait surtout le m茅pris de leur intellection de cr茅atures sup茅rieures, pour les pauvres ignorants, victimes de l’obscurantisme 茅conomique que nous 茅tions.

Je n’ai pas connu mon p猫re. Je ne sais pas son nom. Il ne sait pas le mien. Dans mes r锚ves, il聽appara卯t聽d’une extr锚me douceur contre l’amour qui ne vient pas. Ma m猫re ne parvenant 脿 gagner de l’argent, qu’en se d茅v锚tant enti猫rement devant des hommes, comprit que cette nudit茅 interdite, me vexerait. Alors, hooligans supporter des far 脿 casaayant devin茅 que son corps, tant么t nu, tant么t allong茅 sous celui de ses amants d’une heure, qui pouffaient d’aise de ses fesses聽 tombantes et flasques, nourrissait mes r茅flexions les plus criminelles; m’envoya vivre chez ma grand m猫re 脿 sal茅. Ce n’茅tait pas qu’elle e没t 脿 s’alarmer pour mes 茅motions, mais elle avait peur de moi. A cette nouvelle, j’eus un instant l’envie de la d茅capiter 脿 deux tranchants, sur son petit ventre encrass茅, et d’un poignard dans son sein. 聽禄 Je jure devant dieu que je te tuerai un jour Khadija. Oh ! Je te poignarderai dans les bras de tes amants, ensuite je t’induirai le visage d’un lait hydratant inhib茅 脿 Lma lkata3.

Tu me fais honte yal ….聽禄 furent les derniers mots 茅chang茅s avec ma m猫re jusqu’ 脿 ce jour. Au fond du c艙ur, ma m猫re n’茅tait pas que mauvaise, elle souffrait affreusement de la pauvret茅 dans laquelle elle vivait, mais aussi de sa jeunesse perdue. Quelque chose dans la r茅flexion de sa d茅pression, justifiait sa haine pour mon 锚tre. Elle ne pronon莽ait jamais mon pr茅nom, elle avait 脿 plusieurs fois r茅pondu par 聽禄 weld lhram聽禄 aux interrogations du voisinage. Elle m’aimait pourtant, de tout ses c艙urs d茅chir茅es par le sens de la mis猫re humaine. Oui, ma m猫re m’aimait.

Deux heures venaient de sonner 脿 la gare de Casablanca, lorsqu’une arm茅e de supporters du club des FAR-Rabat envahissaient de ferveurs les lieux. Une m锚l茅e des plus curieuses, une de ces r茅unions d’affaires o霉 tous se retrouvent, voyous, bandits, pickpockets, intoxiqu茅s, escrocs, quelques violeurs, et d’anciens camarades de la for锚t Mamora. Jusqu’ 脿 seize聽 heures, nous march芒mes ensembles 脿 travers les principales art猫res de Casablanca, pour joindre le stade Mohammed V. Au quartier Anfa, je fr茅missais d’exaltation, du d茅sir aussi de d茅couvrir toutes ces maisons orn茅es de marbre, ces voitures de courses emprunt茅es 脿 James Bond, et ces hommes 脿 l’allure 茅pur茅e qui exaltaient le m茅sestime . Peu 脿 peu, je me consumais d’une ardeur aust猫re, g茅n茅rant ainsi un ensemble de Holliganes 脿 Casa4mouvements et d’insultes, qui d茅go没taient les promeneurs. Dans ma croyance absolue 脿 toute logique, je restais pourtant surpris de constater un tel d茅s茅quilibre 茅conomique. Je venais d’un syst猫me solaire lointain. Je venais d’une plan猫te sushi en Atlantide. Je venais d’un monde parall猫le aux portes de Stargates. Je venais d’ailleurs, mais pas d’ici.

N’est ce pas abominable ce monde, o霉 le filet de b艙uf, le calamar fris, les bains de minuit, les marques de v锚tements, les voitures bonnes occasions, une chambre individuelle, une armoire vide, une t茅l茅vision couleur, un Smartphone achet茅, un laptop Windows 2000, un voyage 脿 Merzouga, un passeport pour enfant ill茅gitime, l’茅ducation, l’enseignement, l’apprentissage, l’茅quit茅, la droiture, l’int茅grit茅, la justice, l茅galit茅, le dipl么me, la fonction, le droit n’existent pas ? 聽禄 Vous voyez cette Lamborghini gar茅e ? Avec ses allures luxueuses : C’est un logement d茅cent conforme aux normes de Holliganes 脿 casa5salubrit茅, des repas quotidiens, et des v锚tements chauds pour une trentaine de familles sans abris vivant 脿 l’int茅rieur des grottes, dans une r茅gion de l’Atlas…chafara klaw lblad聽禄 r茅torqua Redouane, d’un air furieux.聽 Pourtant, c’茅tait l’anarchie absolue, d茅pouill茅e de tout mod猫le de soci茅t茅 profond茅ment 茅galitaire. D猫s ce moment, une col猫re collective l’emporta. L’horreur rouge

de cette schizophr茅nie sociale m’茅mouvait, et me propulsait vers une rage de destruction absolue. Je m’acharnais au hasard contre quelques terrasses caf茅s, cognant des cr芒nes 脿 coup de b芒tons, et brisant des vitres avec des cailloux. J’茅tais empoign茅 par ce besoin f茅roce de violenter, de tout casser, et de ch芒tier ces zombies qui avaient d茅vor茅 tant deHolliganes 脿 casa7 chaire humaine. Ce jour l脿, on s’acharna au hasard, par un champ de bataille b茅otien, contre des voitures, des innocents, des caf茅s, des restaurants, des enseignes de magasins, trois gros chiens, et une femme. Sous les azures de cette journ茅e noire, le soleil rayonnait de vengeance. Notre vengeance sur une existence ab卯m茅e et totalement g芒ch茅e. Notre vengeance sur une soci茅t茅 qui exclut les prototypes de ma race.

Apr猫s trois heures de ch芒timents, c’茅tait la fin. Les b锚tes, 茅tendues et tach茅es, n’avaient plus qu’un corps si impropre, que personne n’en aurait donn茅 un centime. Et si je me l’avouais finalement, nous n’茅tions que de simples b锚tes. Des b锚tes pauvres, ignorantes, et sauvages qui s’effor莽aient de retrouver un espoir pour ne pas en finir avec la vie. Parole d’un homme qui n’a pas peur du feu. Parole d’un homme qui ne craint pas le froid. Parole d’un homme qui n’a plus rien 脿 perdre.

芦聽Tant que les hommes massacreront les B锚tes, ils s鈥檈ntre-tueront. 禄聽 Pythagore

 

Yasmine Naciri

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