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Moyen-Orient : aux origines du conflit opposant l’Occident à l’Iran contemporain (3)

By   /   30 janvier 2013  /   No Comments

Carte de l'IranPar Sami SHERIF

II – Les manifestations et la face cachée du conflit avec l’Iran

A / Les péripéties du conflit

1 – La genèse du conflit

Depuis décembre 2002, les Etats-Unis accusent l’Iran de chercher à se doter de l’arme atomique en violation du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Ils tentent d’obtenir une condamnation formelle de l’Iran par le Conseil de Sécurité, qu’ils interpréteraient comme un blanc-seing leur permettant d’attaquer la République islamique. Certains politiques israéliens et occidentaux pensent qu’aussitôt que l’Iran aura la bombe, soit il s’en servira, soit il la vendra à des kamikazes. L’idée maîtresse est qu’être fou que de ne pas tenir compte des risques

Missile sol-sol iranien de technologie nord coréenne lancé d'une zone inconnue Fars News / Reuters

Missile sol-sol iranien de technologie nord coréenne lancé d’une zone inconnue Fars News / Reuters

d’anéantissement de son propre pays dans ce cas d’espèce : possession entraînera utilisation.

Aussi, parait-il utile de se lancer dans quelque hypothèse afin de replacer le cœur du problème. Que se passerait-il donc si Téhéran parvenait à construire une arme atomique ? Premièrement, il s’agirait de toute évidence d’une arme de faible qualité, de faible puissance. Rien ne dit que les capacités militaires iraniennes (malgré la mise en service d’un nouveau missile Achoura d’une portée théorique de 2000 km) (1), ne permettent d’équiper un missile d’une tête nucléaire. Surtout, l’armada américaine de satellites, de navires dans le Golfe Persique et de bases en Irak, Afghanistan et au Pakistan n’aurait aucune difficulté à empêcher le décollage d’un tel engin. Ils en étaient capables face aux Soviétiques et leurs milliers de têtes enterrées dans des silos…Encore qu’il s’agit de missiles de moindre performance, puisqu’il s’agit pour l’Iran de missiles  nord-coréens transformés (2).

Centrale Nucléaire de Dimona en Israel

Centrale Nucléaire de Dimona en Israel

Mais, surtout, toutes les gesticulations actuelles font fi du principe même de dissuasion nucléaire, qui veut que c’est plus la peur de l’arme que le danger réel qui prévaut. C’est la raison pour laquelle tous les programmes nucléaires sont entourés du plus grand secret. Si personne ne connaît exactement l’état des capacités nucléaires de l’Etat d’Israël, personne ne peut savoir s’il est réellement menaçant, en quel délai et sur quel périmètre. Tant que l’incertitude demeure, l’adversaire s’abstient d’attaquer le premier.

Quelles sont donc les raisons qui pousseraient Téhéran à braver la communauté internationale et à se doter de la symbolique que représente l’arme atomique ? Il est important de souligner que ce concept de communauté internationale, sémantiquement très vague, est dans les faits souvent utilisé, soit comme synonyme d’Assemblée générale des Nations unies (avec l’incapacité que nous lui connaissons à parler d’une même voix et donc à condamner un “aventurisme nucléaire” comme celui de l’Iran), soit comme le regroupement des grandes puissances mondiales, à savoir un club de nations d’ascendance européenne et chrétienne (dont les Etats-Unis d’Amérique) dirigé par des gouvernements prétendument laïcs. Cela éclaircis une position d’insulaire pour des dirigeants chiites minoritaires en islam, cernés par des alliés (et des bases militaires) des Etats-Unis, et quasi seule théocratie dans un monde laïc dominé par une vision et des valeurs occidentales du monde. Non qu’il faille remettre en question ces valeurs majoritairement basées sur la démocratie et la séparation du temporel et du spirituel. Mais il est toujours nécessaire de comprendre la psychologie d’un “partenaire” lorsque celui-ci pose problème. Dans ce cas (comme dans celui de la Corée du Nord) le raidissement constaté du côté de Téhéran est tout ce qu’il y a de plus prévisible dans ce contexte. Mais quand la Corée du Nord sait pouvoir compter sur l’influence du voisin chinois pour la protéger de tout risque d’intervention militaire américaine, l’Iran est seul.

En somme il s’agit ici plus de rouler des mécaniques que d’une réelle volonté belliqueuse. L’histoire a montré que seules les bêtes traquées et acculées se livraient à des actes insensés. Ce n’est pas la situation de l’Iran malgré tout, qui jouit d’une forte croissance économique, d’un nationalisme solide et de la capacité d’obstruction très réelle de la Russie de Poutine. Car que faire d’une bombe atomique ? Raser Israël ? Outre la probable impossibilité technique, la capacité de riposte nucléaire de l’Etat hébreu (le fameux principe de dissuasion) et sa supériorité technologique (des avions porteurs notamment et l’assistance des satellites américains), quel en serait l’intérêt ? La conclusion est que l’Iran ne pourra en aucun cas utiliser réellement sa future bombe. Il ne pourra le cas échéant; s’il vient a l’avoir, s’en servir que comme paravent dissuasif.

AIEA à Vienn2 / Les conclusions de l’Agence Internationale de Energie Atomique

Le 16 juin 2003, dans un rapport établi après cinq mois de travail sur place par les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), et présenté devant le Conseil des Gouverneurs de l’agence, le directeur général Mohamed El Baradei, déclare que l’Iran “a omis de rendre compte de certaines de ses activités nucléaires et n’a pas informé sur certains matériaux nucléaires dont elle dispose”. Le 19 juin, le Conseil lui demande de “signer et de mettre en œuvre, rapidement et sans condition, un protocole additionnel, dit 93+2, au TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) devant permettre des inspections inopinées de ses sites.

Le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, réuni du 8 au 12 septembre à Téhéran, lance un ultimatum à l’Iran pour qu’il prouve d’ici au 31 octobre 2003 qu’il ne

Centralenucléaire iranienne d'Aboucheh

Centralenucléaire iranienne d’Aboucheh

développe pas la bombe nucléaire sous couvert d’un programme civil d’énergie nucléaire. Le 21du même mois, au cours d’une visite des ministres des affaires étrangères français, allemand et britannique destinée à obtenir des garanties de l’Iran prouvant la nature purement civile de ses activités nucléaires, Téhéran s’engage par écrit à accepter un contrôle renforcé de ses activités en déclarant qu’elle va signer le protocole additionnel au TNP (Traité de non-prolifération nucléaire). Elle s’engage également à suspendre tout enrichissement et retraitement d’uranium et à montrer une coopération et une transparence totales vis à vis de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le 10 novembre elle annonce la suspension effective de ses opérations d’enrichissement d’uranium et le 18 décembre, elle signe à Genève, au siège de l’AIEA, le protocole additionnel au TNP.

Revenant sur son engagement de suspension en juillet 2004, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA adopte le 18 septembre 2004 à Vienne une résolution présentée par trois pays européens – Allemagne, France et Grande-Bretagne -, soutenue par les Américains, et adoptée par consensus, demandant à l’Iran de suspendre immédiatement ses activités d’enrichissement d’uranium et fixant la date butoir du 25 novembre pour clarifier “impérativement” les “questions en suspens” avec l’Agence concernant son programme nucléaire.

Le 15 novembre 2004, suite à un accord avec la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, désignés sous le sigle “E3″ et l’Union européenne, signé le 14, l’Iran s’engage à une coopération entière et transparente avec l’AIEA, ainsi qu’à poursuivre la mise en oeuvre du Protocole additionnel au TNP en attendant sa ratification”. Par ailleurs, et “afin de renforcer la confiance”, l’Iran décide “à titre volontaire”, de poursuivre et d’étendre la suspension à toutes les activités d’enrichissement et de retraitement de l’uranium, notamment la fabrication et l’importation de gaz centrifuges, ainsi que toute activité de séparation du plutonium et de conversion de l’uranium. L’AIEA est chargée de la vérification de cette suspension et d’en assurer le suivi.

Mais en février 2005, l’Iran désavoue les promesses qu’il a faites aux Européens. Les autorités iraniennes affirment leur volonté de reprendre prochaine- ment l’enrichissement d’uranium et refusent de renoncer à la construction d’un réacteur à eau lourde, qui peut être facilement détourné à des fins militaires, alors que les Européens proposaient de le remplacer par un réacteur à eau légère. Des négociations continuent cependant, les Européens espérant parvenir à convaincre les Iraniens de renoncer durablement à enrichir, pour éviter de transférer le dossier au Conseil de sécurité des Nations unies et imposer des sanctions, comme Washington le préconise.

Le 8 août 2005, l’Iran annonce la reprise de ses activités de conversion d’uranium dans l’usine d’Ispahan, prenant le risque d’une confrontation diplomatique avec la communauté internationale et la saisine du Conseil de sécurité de l’ONU. Le 9, le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), sis à Vienne, adopte par consensus une résolution enjoignant l’Iran de cesser la production de combustible nucléaire et de remettre en place les scellés apposés par l’Agence qui ont été enlevés à l’usine d’Ispahan.

Le 24 septembre 2005, l’AIEA adopte à Vienne une résolution condamnant les activités nucléaires de l’Iran et permettant un renvoi devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. La résolution présentée par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne (UE3) est adoptée par 22 des 35 pays du conseil des gouverneurs contre 1 (le Venezuela) et 12 abstentions (dont la Russie et  la Chine). Elle  condamne  l’Iran, notamment  pour avoir  repris la conversion d’uranium en août et affirme que “la politique de dissimulation de l’Iran a conduit à de nombreux manquements et violations de ses obligations” concernant les garanties, ce qui constitue un “non-respect” du Traité de non-prolifération (TNP). Elle ne demande pas expressément la saisine du Conseil de sécurité de l’ONU mais elle établit les conditions d’un transfert ultérieur.

Le 4 février 2006, après que l’Iran ait lancé en janvier un nouveau défi à la communauté internationale en annonçant la levée des scellés de plusieurs centres de recherche dont celui de Natanz, le Conseil des Gouverneurs de l’AIEA, réuni en session extraordinaire,  présentée par les Européens demandant à son directeur de transférer le dossier nucléaire iranien au Conseil de Sécurité de l’ONU.

3 – Le processus des sanctions du Conseil de Sécurité

A Vienne la communauté internationale a décidé de transmettre le dossier iranien au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Conseil devrait se saisir de la question la semaine prochaine. De leur coté les iraniens, préviennent : nous sauront répondre aux

menaces américaines. Il faut dire que depuis un certain temps, les pressions de Washington vont crescendo.

27 des 35 membres du Conseil des gouverneurs votent pour, dont le P5 (les 5 membres  permanents du  Conseil de sécurité : Chine, Etats-Unis, Russie, France et Royaume-Uni), 3 votent contre – Cuba, Syrie et Venezuela – et 5 s’abstiennent – Algérie, Biélorussie, Indonésie, Libye et Afrique du Sud.

Le 29 mars, l’ONU lance un ultimatum à l’Iran. Le Conseil de Sécurité adopte une déclaration, élaborée par les cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie), donnant 30 jours à Téhéran pour abandonner ses activités sensibles d’enrichissement de l’uranium et l’enjoignant à se plier aux résolutions de l’AIEA visant à lui permettre de vérifier le caractère strictement civil de son programme nucléaire. Le Conseil prie le directeur de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), Mohamed ElBaradei, de soumettre dans les 30 jours un rapport sur la manière dont l’Iran se sera conformé à ces dispositions. Le texte ne menace pas de sanctions.

Le 19 avril, lors d’une réunion avec la troïka européenne (Allemagne, France et Grande-Bretagne), Téhéran annonce une intensification de son programme nucléaire avec la mise en route de nouvelles centrifugeuses pour enrichir  l’uranium et invite même l’Europe à “accompagner” son programme nucléaire. Une seule cascade de centrifugeuses fonctionne actuellement en Iran, à l’usine de Natanz et Téhéran a certifié avoir réussi à enrichir  l’uranium à 3,5%. Des négociations se déroulent parallèlement au sein de la communauté internationale sur la teneur de sanctions éventuelles.

Le 28 avril, à la date de l’ultimatum fixé par l’ONU, le directeur de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Baradei, remet au Conseil de sécurité son rapport sur le programme nucléaire iranien, reprochant à Téhéran d’avoir inauguré la production d’uranium enrichi le 9 avril, malgré les avertissements de la communauté internationale, et refusé dans le même temps de reprendre une “coopération pleine et entière” avec les inspecteurs de l’AIEA.

Le 6 septembre 2006, dans un nouveau rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien Mohamed El Baradei souligne que l’Iran n’a toujours pas suspendu ses opérations liées à l’enrichissement d’uranium à la date butoir du 31 août, fixée par la résolution 1696 adoptée le 31 juillet au Conseil de Sécurité de l’ONU. Il annonce qu’en conclusion, l’Agence se déclare “incapable de progresser davantage dans ses efforts visant à vérifier l’exactitude et l’exhaustivité des déclarations de l’Iran en vue de confirmer la nature pacifique de son programme nucléaire”. Les négociations au sein de la “communauté internationale” sur des sanctions contre l’Iran sont toujours en cours.

Le 23 décembre, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte la résolution 1737 imposant des sanctions à l’Iran sur son programme nucléaire. La résolution demande à l’Iran de suspendre ses activités nucléaires posant un risque de prolifération, y compris celles “liées à l’enrichissement et au retraitement et les travaux sur tous projets liés à l’eau lourde, y compris la construction d’un réacteur modéré à l’eau lourde”. Le Conseil de Sécurité enjoint aux Etats Membres “de prendre les mesures nécessaires pour prévenir la fourniture, la vente ou le transfert à l’Iran” notamment “de tous articles, matières, équipements, biens et technologies susceptibles de contribuer à la mise au point de vecteurs d’armes nucléaires”. Le texte contient en annexe une liste de personnes et d’entités pour lequel le Conseil demande le gel des fonds, des avoirs financiers et des ressources économiques.

Le 24 mars 2007, face au refus persistant de l’Iran de suspendre l’enrichissement d’uranium, le Conseil de Sécurité adopte la résolution 1747 qui alourdit les sanctions déjà imposées au pays par la résolution 1737. Ces sanctions comprennent un embargo sur les exploitations d’armes iraniennes et “de matériel connexe” et des restrictions financières et commerciales. En outre, des restrictions sur les voyages s’appliquent à une liste élargie de personnalités et d’entités impliquées dans les programmes nucléaire ou balistique de l’Iran. Le texte indique que le Conseil de Sécurité suspendra les sanctions si l’Iran cesse d’enrichir de l’uranium.

B – L’autre face cachée du conflit avec l’iran

1 / L’affrontement entre grandes puissances à propos de l’Iran

Cet affrontement se poursuit depuis l’époque de la guerre froide. Mais de nos jours il se fait à fleurets mouchetés.

Une mainmise de Washington sur l’Iran signifierait une prise de contrôle militaire de la rive Est du Golfe et de la rive Sud de la Caspienne, de leurs réserves pétrolières et gazières, estimées l’une et l’autre comme les secondes du monde. D’ores et déjà, les États-Unis ont pris le contrôle militaire d’une partie du bassin de la Caspienne et du couloir permettant de relier cette zone à l’Océan indien (Afghanistan, Pakistan). Ils ont également pris le contrôle militaire de l’essentiel du Golfe (Arabie saoudite, Irak). À la fin de cette opération, Washington devrait donc être le maître des principales zones d’exploitation actuelles d’hydrocarbures et des principales réserves restant à exploiter. L’économie mondiale serait entre ses mains et son pouvoir ne souffrirait pas de partage.

Au stade actuel du conflit, les grandes puissances sont divisées face aux imputations états-uniennes. Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne sont convaincus d’un projet nucléaire militaire iranien. Ils s’appuient sur des rapports des services de renseignement états-uniens. Dans des documents confidentiels, ceux-ci affirment que Téhéran travaille à un Green Salt Project visant à développer un lanceur et des têtes de missiles nucléaires. Au contraire, la Russie, la Chine et l’Inde considèrent que le programme nucléaire iranien est purement civil. Ils se fondent sur la fatwa prononcée par le Guide suprême, l’ayatollah Ali-Hosseini Khamenei, condamnant la fabrication, la détention et l’usage de la bombe atomique comme contraires à l’éthique islamique.

Vladimir Poutine s’apprête à dévoiler un projet d’envergure qui résoudrait définitivement le problème de la prolifération nucléaire tout en garantissant le droit légitime de toute nation à disposer de l’énergie atomique à des fins civiles. La faisabilité de ce projet doit être démontrée. La Russie fabriquerait le combustible nucléaire sur son territoire dans des usines construites conjointement avec les États bénéficiaires et sous contrôle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Des protocoles détaillés restent à élaborer pour garantir les intérêts des divers protagonistes. Si ce projet était mené à terme, l’ensemble des relations internationales s’en trouveraient bouleversées. La Russie apportant la sécurité énergétique au monde éclipserait l’autorité des États-Unis qui satisfont aujourd’hui leur sécurité énergétique au détriment du reste du monde.

2 / L’utilisation du conflit par les Etats-Unis

Le  programme nucléaire militaire iranien n’existe  pas  et  personne  n’a jamais produit la moindre preuve crédible du contraire. Ce qui n’a pas empêché l’administration Bush de lancer des accusations mensongères et de proférer des menaces ; pas plus que cela n’a empêché les médias « embarqués » des États-Unis de sous-entendre que l’Iran cache un programme d’armes nucléaires à l’AIEA. En fait, les médias diffusent régulièrement les allégations, jamais confirmées, qui émanent d’organisations d’opposants iraniens, comme les Moujahidin Khalq , afin de créer l’impression que l’Iran fabrique en secret des armes nucléaires. Il a été prouvé que ces assertions sont dénuées de fondement et il convient de les prendre pour ce qu’elles sont : un élément de plus dans la guerre de désinformation menée par Washington.

Véritable bombe diplomatique,  “l’Estimation du Renseignement National” (National Intelligence Estimate) rendue publique le 3 décembre 2007 ne sera pas sans conséquences sur le déroulement de la “crise iranienne”. La coterie internationale des va-t-en-guerre qui appelaient à l’action musclée contre le régime des mollahs, en effet, vient de recevoir une gifle aussi fracassante qu’elle était inattendue.

De façon prosaïque, le rapport issu de la communauté du renseignement prend à contre-pied cette approche démonologique de la question iranienne. Il considère en effet, « avec un haut degré de confiance, que l’Iran a arrêté son programme d’armement nucléaire à la fin 2003 ». Il estime aussi « avec un degré de confiance modérée qu’à la mi-2007, il n’avait pas été relancé ». Et il en conclut que la République islamique est « moins déterminée à développer des armes que nous ne l’avions jugé depuis 2005 ».

Jugeons plutôt : dans son édition du 4 décembre 2007, soit le lendemain de la diffusion du rapport, le quotidien “Le Monde” annonçait encore que les « les Six vont élaborer de nouvelles sanctions contre l’Iran ». Il expliquait gravement que « face à un regain d’intransigeance de l’Iran sur la question nucléaire, l’unité des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU semble s’être refaite ».

En réalité, cette unité a volé en éclats aussitôt le rapport diffusé par les médias. Saisissant l’occasion, la Chine a déclaré que « maintenant, les choses ont changé ». La Russie, elle, a vu son dialogue constructif avec Téhéran largement conforté. Plus surprenant, l’Allemagne a estimé à son tour que « le rapport apporte une nouvelle chance de réanimer les discussions avec l’Iran sur le nucléaire ». La France, enfin, a brillé par son laconisme.

Seul George W. Bush s’obstine, au moins officiellement, à ignorer l’expertise fournie par ses propres services. Dans une formulation qui transpire le déni de réalité, il s’est contenté d’asséner mordicus la profession de foi néo conservatrice : « l’Iran était dangereux, l’Iran est dangereux, et l’Iran restera dangereux s’il a le savoir-faire nécessaire pour produire une arme nucléaire ». La messe est dite…avec ce sens du truisme répétitif qui signe les convictions inébranlables.

Sauf à croire sur parole le président américain (vu ses antécédents, ce sera difficile), les preuves de cette « dangerosité » se sont subitement évanouies. En révélant les hésitations qui émaillent la politique nucléaire de Téhéran, le rapport  des  services secrets ébranle, en fait, le principal pilier de la dogmatique belliciste : l’idée que le régime iranien s’efforce sans répit, depuis ses origines, d’acquérir l’arme atomique. Comme si sa malfaisance intrinsèque le faisait automatiquement pencher vers une nucléarisation à des fins militaires, supposée inhérente à sa volonté de nuisance.

Ces allégations sont apparues, faudrait-il le préciser un an presque avant l’invasion de l’Irak en Mars 2003. Il fallait faire pression au moyen d’accusations ayant trait au nucléaire pour rappeler à l’Iran qu’il devrait aider les USA  dans le renversement du régime baasiste irakien ou à défaut de s’abstenir de toute action gênante pour les troupes américaines envahissantes. Aujourd’hui les USA maintiennent la pression sur l’Iran, bien que le rapport de la CIA était catégorique : l’Iran avait abondonné son programme nucléaire militaire en 2003. Cette position ne pourrait être expliquée que par une tendance à vouloir exploiter cette affaire presque close pour obtenir de cet Etat nombre de concession et pour le tenir encore sous surveillance. La crise entretenue de cette façon prend ainsi les allures d’un épouvantail que les occidentaux s’évertueront à braver continuellement. Dès lors cette crise prendrait les formes qui suivent :

L'Irak morcelé et partagé entre les firmes pétrolières américaines

L’Irak morcelé et partagé entre les firmes pétrolières anglo-américaines

a / Le conflit comme artifice pour amener l’Iran à permettre l’invasion de l’Irak et à collaborer à la politique de morcellement de ce pays 

Lors de la première guerre américaine contre l’Irak en 1991, les gardes de la révolution iranienne avaient tenté d’envahir l’Irak sous couvert d’opposants irakiens qui auraient voulu renverser le régime bâassiste. Les américains, avaient alors décrété un cessé du feu pour donner la possibilité aux irakiens de repousser cette tentative d’invasion. Ils ne pouvaient consentir à la naissance d’un régime pro iranien en Irak. N’étant pas encore en Afghanistan, ils ne pouvaient empêcher cette éventualité s’ils auraient  continué leur guerre contre ce pays. Le changement du régime irakien devait être leur œuvre plutôt que de le laisser  à la portée des iraniens. D’ailleurs leur deuxième guerre contre ce pays, n’a pu se réaliser qu’après leur invasion avec d’autres puissances occidentales de l’Afghanistan et juste après avoir obtenu la coopération de l’Iran dans ce dernier pays.

Il faudrait se rappeler que c’est à la veille de l’invasion de l’Irak en Mars 2003, que les américains avaient accusé l’Iran de développer un programme dans le but de mettre au point une arme nucléaire. C’était là une manœuvre de leur part pour faire des pressions sur ce pays pour faciliter la tâche aux troupes américaines ; sinon pour qu’il s’abstenait de toute activité qui gênerait leur campagne militaire. Et c’est justement ce

L'Irak envahi par les troupes yankées

L’Irak envahi par les troupes yankées

qu’avait fait l’Iran qui ; non seulement s’était abstenu de toute activité antiaméricaine, mais avait réellement participé au su et au vu des américains eux-mêmes, à l’élimination physique des bâassistes dans le sud de l’Irak et au démantèlement des usines et des équipements militaires de ce pays pour les voler.

Si les américains ont consenti après le renversement du pouvoir baasiste en Irak, à permettre l’installation d’un régime pro-iranien dans ce pays, c’est que l’Iran qui prenait le régime nationaliste irakien pour le pire ennemi, avait très bien collaboré à sa chute. Dans les calculs américains, l’Iran devrait encore aider au morcellement de l’Irak. C’est ce qu’il fait à présent, pensant que le sud de l’Irak lui reviendrait de part sa composante majoritairement chiite.

Cette coopération de l’Iran en Irak est pour les américains un impératif momentané. C’est seulement une fois qu’ils parviennent à stabiliser l’Irak et à faire mûrir les contradictions entre ce pays et l’Iran, qu’ils penseront à l’attaque de ce dernier. Pour le moment ils veulent faire naître une opposition iranienne capable de renverser le régime des Ayatollahs.

b / Le conflit comme instrument du changement de régime en Iran

Le maintien de l’embargo américain à l’égard de l’Iran et son renforcement par des mesures de sanction obtenues au niveau du Conseil de Sécurité, constituent pour le moment la seule alternative possible contre ce pays ; en attendant soit un changement venant de l’intérieur de ce pays (une rébellion ou un coup d’Etat d’officiers pro occidentaux), soit la graduation des sanctions internationales jusqu’à l’obtention de la part du  Conseil de Sécurité  d’une autorisation formelle pour l’attaquer. Dans l’attente de ce feu vert de l’ONU, les américains essaient de mobiliser les opposants iraniens. Le fer de lance de cette opposition leur est disponible, il s’agit  du mouvement armé des Moujahidin Khalq équipé et entraîné par l’Irak d’avant l’occupation et aujourd’hui retranché dans des zones sévèrement gardés par les américains.

Viennent confirmer cette tendance à utiliser la crise dans le but de renverser le régime iranien, les dernières mesures prises par l’Administration Bush à la fin du mois d’avril dernier, mesures votées par le Congres et consistant  à autoriser les services spéciaux américains à utiliser 300 millions de Dollars en vu d’assassiner les hauts responsables iraniens dont le Président Ahmadi Najad et de succiter des émeutes anti gouvernementales au Kurdistan et au Khousistan iraniens.

D’après un sondage interne effectué parmi 60,000 personnes, 88% des électeurs républicains soutiendraient cette initiative estimant que la menace iranienne est plus importante que ne fut celle de Saddam Hussein.

c / Le conflit comme moyen de pression pour assouplir la position de l’Iran quant aux problèmes libanais et palestinien

L’acharnement des américains pour maintenir coûte que coûte l’Iran sous le collimateur, s’explique aussi par  leur stratégie au Liban et à l’égard des palestiniens. Ils veulent à tout prix amener la Syrie et l’Iran à cesser toute aide au Hizboullah  libanais et aux mouvements radicaux palestiniens dont Hamas,

Dollar, la monnaie dominante du monde

Dollar, la monnaie dominante du monde

qui menacent quotidiennement les territoires tenus par Israël. Ces mouvements de libération classés par les américains en tête de liste des mouvements terroristes, sont appelés à  déposer les armes, à reconnaître Israël et à accepter ce que les américains et les israéliens dictent aux gouvernements libanais et palestiniens. L’Iran seul allié de la Syrie dans la région, est convié à faciliter la tache aux américains dans ce sens.

d / Le conflit comme moyen  pour maintenir le dollar comme devise boursière du pétrole

Déjà l’Irak de Saddam Hussein avait pris la décision de ne plus accepter  le Dollar dans ses transactions de vente du pétrole. Le Président vénézuélien Hugo Chavez qui sympathisait avec l’Irak d’avant l’occupation, menaçait lui aussi de traiter les contrats pétroliers en Euro plutôt qu’en Dollar. Les choses allaient se compliquer pour les américains dont la monnaie tire justement sa force relative de son statut de devise unique de la bourse pétrolière dans le monde. Le dollar en s’affaiblissant à cause de la crise immobilière,  risque à présent de perdre ce statut.

Aujourd’hui, l’Iran préparerait « un monde sans Israël, et sans les États-Unis ». Téhéran espère avec optimisme mettre en place une bourse pétrolière qui refuse le dollar. Celle-ci fonctionne déjà de manière expérimentale. Si aucun État n’a officiellement annoncé qu’il y participerait, beaucoup encourageront des sociétés intermédiaires à y recourir, le Venezuela, vient juste de le faire. Or, le dollar est une monnaie hyper évaluée qui se maintient essentiellement parce qu’elle est la devise de transaction pétrolière. Une telle bourse, si elle fonctionnait réellement, et même en ne traitant qu’un dixième du marché pétrolier, provoquerait un effondrement du dollar comparable à celui de 1939. La puissance états-unienne serait emportée par la dévaluation, et à terme Israël serait également en faillite.

Le maintien du dossier iranien sans cesse ouvert, serait également une façon aux américains de dire aux iraniens qu’ils courraient beaucoup de risques s’ils essayaient  d’entreprendre cette démarche mortelle pour leur monnaie.

Conclusion

Déjà en 1815 lors de la conférence de Berlin, l’Europe avait décidé de mettre entre parenthèses ses guerres et s’était mise d’accord pour aller se partager le monde. Quelques années après, les européens ont été à deux reprises en Chine qui les concurrençait commercialement, en 1836 lors de la guerre de l’opium et en 1852 lors de celle des boxers. Ils étaient rentés à Changhay et à Pékin détruisant tout dans leur passage et saccageant tout ce qui se trouvait de précieux dans la cité impériale, comme ils l’ont fait récemment en Irak. Celui-ci, s’il avait eu le temps de produire son arme atomique, il n’aurait pas dû devenir  une proie facile à ces conquérants insoucieux.

A présent, qui pourra s‘aventurer pour conquérir la France élue par son grand Président le Général De Gaule comme puissance nucléaire ? Qui pourra arrêter les crimes d’Israël devenue lui aussi; paradoxe de l’histoire, une puissance nucléaire? Bien que considéré par l’opinion publique européenne comme une menace prioritaire pour la paix ? Qui pourra amener Israël à soumettre ses installations nucléaires à une inspection internationale ?

Les spécialistes américains disent clairement qu’au minimum Téhéran veut maintenir une option nucléaire, c’est-à-dire se garder la possibilité à tout moment de faire une bombe atomique ». Autrement dit, Téhéran s’interdit jusqu’à nouvel ordre la fabrication de la bombe, sans l’exclure pour autant s’il le juge un jour nécessaire. Va-t-on bombarder l’Iran pour ce motif ? C’est absurde. Si seulement Israël, l’Inde et le Pakistan, Etats nucléarisés “en dehors de toute légalité internationale”, en étaient restés au stade de « l’option nucléaire », on n’en serait pas là aujourd’hui.

Décidément, l’Occident rêve toujours d’un Orient musulman désarmé et vulnérable ! Sa réussite à lui depuis les croisades, a toujours été  facteur de cette faiblesse supposée intrinsèque et reconductibles de ces autres civilisations…Quelle façon de défendre ses privilèges ? Quels  préjugés mortels pour l’Humanité ?!

Sami Shérif

Notes

(1) «La construction du missile Achoura d’une portée de 2 000 km fait partie des réalisations du ministère de la Défense», a sobrement déclaré son titulaire, Mostapha Mohammad Najar, cité le 27 -11-2007 par l’agence semi-officielle Fars. Ce nouveau missile balistique, qui porte le nom de la plus grande cérémonie de deuil des musulmans chiites, a théoriquement une portée suffisante pour atteindre les bases américaines dans le Golfe ainsi que le territoire d’Israël, dont l’Iran est séparé par un peu plus d’un millier de kilomètres.
Ce n’est pas la première fois que les Iraniens annoncent avoir fabriqué un missile d’une portée très symbolique de 2000 km pouvant atteindre les flancs de l’Europe. Récemment, Téhéran assurait avoir augmenté la portée de son missile Shahab 3 à 2 000 km. Mais en septembre, lors du dernier grand défilé militaire, l’armée exhiba un Shahab 3, dont le commentateur de la parade reconnut lui-même que sa portée n’était que de 1 300 km. Et lors de ce défilé, les autorités iraniennes présentèrent également un missile Ghadr-1 d’une portée de 1 800 km, déjà capable d’atteindre Israël et les bases américaines dans le Golfe.
«Tout le problème avec les Iraniens, explique un expert militaire familier de Téhéran, c’est que nous avons du mal à apprécier la véracité de leurs dires, étant donné qu’ils ne procèdent que très rarement à des essais nous permettant de dire avec certitude quelle est la portée réelle de leurs missiles.» (D’après le Figaro du 27- 11 – 2007).
L’Iran a annoncé juste hier mardi 29 janvier 2013, le développement d’un nouveau missile balistique de la même famille d’une portée d’environ 2.000 km et a ainsi fourni aux Etats-Unis un heureux prétexte pour parler à nouveau de la nécessité du déploiement d’éléments de la défense antimissile en Europe, lit-on mercredi dans le quotidien Vremia novosteï.
“Le missile Achoura est une arme de dissuasion, a fait remarquer le général à la retraite du Service de renseignement extérieur russe Guennadi Evstafiev, conseiller principal du Centre d’études politiques russes. Mais il crée un contexte défavorable pour les pourparlers sur la défense antimissile et le problème iranien dans son ensemble. Le nouveau ‘Achoura donnera de l’ampleur au tapage autour de la “menace iranienne”( d’après AlterInfo du 30 janvier 2013).
(2) Selon les responsables militaires israéliens, la technologie des missiles iraniens est dépassée, le carburant liquide des engins iraniens les rend plus facilement détectables que s’il s’agissait de carburant solide (Voir l’article du Correspondant en Israël du journal web “Slate.fr. du 27-9-2009)
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