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La Nouvelle Arm茅e Libanaise: instrument de pouvoir ou acteur politique?

By   /   16 mai 2012  /   No Comments

A elle seule, la question de la reconstruction politique et du r么le des forces arm茅es dans ce processus, m茅riterait plusieurs 茅tudes de cas au Moyen-Orient: celui de l鈥橧ran est certainement un des plus complexes, mais il serait int茅ressant de se pencher sur la reconstruction politique de Kuwait apr猫s la d茅vastation de 1990, en attendant d鈥檃border les cas iraqien et soudanais, et le cas de la Palestine toujours en guerre malgr茅 l鈥檃ccord d鈥橭slo. Sur cette question, la perspective comparative s鈥檌nscrit ici dans un cadre g茅oculturel plus vaste que le Moyen-Orient puisque la guerre du Liban n鈥檃 茅t茅 que la premi猫re de ces guerres de nouveaux types qui se d茅veloppent dans un monde 鈥渂ifurqu茅鈥 marqu茅 par le d茅clin de l鈥橢tat-nation. Ainsi, la probl茅matique de la reconstruction au Salvador, au Cambodge ou au Mozambique, comme celle adopt茅e ici dans le cas libanais, accorde une tout autre place aux forces arm茅es que celle qu鈥檈lles avaient auparavant dans la probl茅matique du d茅veloppement politique.

C鈥檈st une place tout aussi importante mais au lieu d鈥櫭猼re consid茅r茅e comme un agent, combien puissant, de modernisation, l鈥檃rm茅e de ces Etats d茅vast茅s est devenue 脿 travers une guerre le reflet des divisions de la soci茅t茅, ainsi que le t茅moin du recul du rule of law puisqu鈥檈lle a perdu son monopole de la violence l茅gitime 脿 l鈥檌nt茅rieur, tandis qu鈥檈lle n鈥檃 pu faire respecter la souverainet茅 de l鈥橢tat. C鈥檈st pourquoi l鈥櫭﹖ude des forces arm茅es dans la reconstruction politique passe d鈥檃bord par l鈥檈xamen de la reconstruction des forces arm茅es elles-m锚mes.

Le processus et les modalit茅s de cette reconstruction fournissent 脿 la fois les indices du r茅tablissement du pouvoir d鈥橢tat et les signes de la recomposition soci茅tale au sortir de la guerre. En m锚me temps, cette reconstruction, dont l鈥檈njeu appara卯t 脿 tous, est une des pr茅occupations majeures du pouvoir et l鈥檕bjet de ses soins. Elle constitue donc un analyseur qui nous permet d鈥檃ppr茅cier la reconstruction politique globale. Quant 脿 la soci茅t茅, elle fa莽onne, 脿 travers sa vision de la s茅curit茅 et le mode de relation qu鈥檈lle entretient avec les militaires comme groupe social et avec l鈥檃rm茅e comme institution, une image qui aura un effet de r茅el sur le red茅veloppement de l鈥檃rm茅e. Ensuite, nous nous tournerons vers une analyse des relations entre forces arm茅es et soci茅t茅, entre forces arm茅es et pouvoir politique afin de poser plus directement la question de leur r么le dans la r茅conciliation nationale et la reconstruction politique. Cette fois, comme il est n茅cessaire de d茅passer la dichotomie Etatsoci茅t茅 qui 茅tait celle du mod猫le d茅veloppementaliste, l鈥檃nalyse du processus devrait 锚tre compl茅t茅e par l鈥檌nt茅gration de forces et d鈥檃cteurs 茅conomiques et strat茅giques, externes, priv茅s et transversaux. Mais au total, comme carrefour des relations de l鈥橢tat et de la soci茅t茅, l鈥檃rm茅e ne cesse pas de constituer un site d鈥檕bservation pertinent. Il faut noter, enfin, que cette 茅tude porte sur le moment exceptionnel de sortie de crise que constitue la fin d鈥檜ne guerre. Moment troubl茅, difficile 脿 d茅chiffrer car propice aux mutations rapides et aux transformations structurelles.

Une des difficult茅s de cet exercice est donc de distinguer entre, d鈥檜ne part, les tendances durables et les caract茅ristiques lourdes de la structure sociale et du syst猫me politique libanais, et, de l鈥檃utre, les changements induits par la guerre. C鈥檈st pourquoi les observateurs mettent diversement l鈥檃ccent sur les 茅l茅ments de continuit茅 ou sur les ruptures institutionnalis茅es par les accords de Ta鈥檌f (1). Mais ce moment est aussi celui o霉 se croisent les deux axes principaux de notre recherche illustr茅e par le cas du Liban apr猫s 1990 : d鈥檜ne part, l鈥檕pposition entre la fragmentation sociale et l鈥檌mp茅ratif de consolidation de la soci茅t茅, d鈥檃utre part, la relation dialectique de coop茅ration et de comp茅tition entre civils et militaires.

Le mod猫le de 鈥渓鈥檃rm茅e neutre鈥

Institution d鈥檜n Etat marqu茅 par le communautarisme politique, corps social issu d鈥檜n soci茅t茅 pluricommunautaire, l鈥檃rm茅e libanaise n鈥檃llait pas 茅chapper aux tendances centrifuges, aux clivages et m锚me aux antagonismes internes qui marquent le pays. De par sa naissance m锚me, l鈥檃rm茅e de l鈥橢tat de 1943 茅tait h茅riti猫re d鈥檜nit茅s constitu茅es par la puissance coloniale sur une base confessionnelle.

Sa croissance a ensuite refl茅t茅 les grandes tendances d茅mographiques du pays: m锚me si les maronites du Akkar 茅taient fortement pr茅sents au sein de la troupe, celle-ci 茅tait constitu茅e majoritairement de chiites venus eux aussi de r茅gions rurales d茅favoris茅es. Toujours sous l鈥檈ffet de facteurs socio-茅conomiques, les chr茅tiens ont 茅t茅 sur-repr茅sent茅s dans les rangs des officiers – les druzes aussi, par tradition historique. Enfin, le jeu des 茅quilibres intercommunautaires et islamo-chr茅tiens dans les nominations 脿 des postes de commandement a suivi, comme dans la fonction publique civile, la r猫gle pernicieuse de l鈥檃rticle 95 de la Constitution. Cette intimit茅 avec la soci茅t茅 communautaire posait une limite structurelle 脿 son engagement en politique. L鈥檃rm茅e neutre (al-jaysh al-muh芒yid), dont l鈥檃ttitude contrastait si fortement avec celle des arm茅es de la majorit茅 des pays du Moyen-Orient 脿 la m锚me p茅riode, s鈥檃bstint par exemple de toute intervention dans la premi猫re guerre civile de 1958. Elle alla jusqu鈥櫭 refuser son assistance au chef de l鈥橢tat dans une grave crise int茅rieure, comme le fit le g茅n茅ral Shihab au pr茅sident Bishara al-Khuri en 1952. Le franchissement de la limite de la neutralit茅, comme en 1969 et 1973 lors de la confrontation avec les forces palestiniennes au Liban, eut effectivement pour cons茅quence de consolider des factions irr茅ductibles au sein de l鈥檃rm茅e au point de mener, par 茅tapes successives tout au long de la guerre, 脿 son 茅clatement. Plus grave, l鈥檃rm茅e ne fut pas paralys茅e seulement dans la conduite d鈥檕p茅rations de s茅curit茅 int茅rieure mais dans la d茅fense du pays. A l鈥檈xception de l鈥櫭﹑isode de la guerre de 1948-1949, c鈥檈st sa fragilit茅 interne beaucoup plus que sa taille et la modestie de son 茅quipement, qui commanda son abstention des guerres isra茅lo-arabes, y compris apr猫s l鈥檃gression isra茅lienne 脿 l鈥檃茅roport de Khaldeh en 1968. C鈥檈st ici que l鈥檕pposition fragmentation/consolidation recoupe la relation dialectique entre civils et militaires. Sollicit茅s dans des moments cruciaux de l鈥檋istoire libanaise, les g茅n茅raux commandant l鈥檃rm茅e ont traditionnellement d茅clin茅 la pr茅sidence de la R茅publique – que ce soit Fu鈥檃d Shihab en 1958, Iskandar Ghanim en 1970, Hana鈥 Sa鈥檌d en 1976, Michel 鈥楢wn en 1989 ou Emile Lahoud en 1995 – Shihab c茅dant finalement 脿 contre-coeur.

A des degr茅s divers, en fonction de circonstances propres 脿 chacun, trois 茅l茅ments ont compt茅 dans ce refus de 鈥渇aire entrer l鈥檃rm茅e en politique鈥: le professionalisme, c鈥檈st-脿-dire la priorit茅 donn茅e 脿 leur action, ou au moins 脿 leur fonction, militaire en d茅pit des restrictions pos茅es 脿 la participation de l鈥檃rm茅e libanaise au conflit r茅gional isra茅lo-arabe, la crainte de susciter des tensions, ou pire, au sein du corps militaire comme on a pu l鈥檕bserver au moment de la formation du gouvernement militaire de mai 1975 ou encore lorsque le g茅n茅ral Awn a accept茅 le poste de Premier ministre en ao没t 1988 (2), et leur non appartenance, par leur formation, leurs occupations et leurs r茅seaux de sociabilit茅, 脿 la classe politique si bien que les officiers sup茅rieurs ne sont pas pr茅par茅s 脿 la responsabilit茅 gouvernementale et se trouvent relativement isol茅s sur cette sc猫ne. Pour autant, l鈥檃rm茅e n鈥檃 pas toujours observ茅 ce mod猫le de neutralit茅 dont elle se r茅clame. Si elle s鈥檈st abstenue de coups militaires comme la r茅gion en a tant connus et si elle n鈥檃 jamais exerc茅 le pouvoir, elle a multipli茅, dans la p茅riode qui a suivi le coup d鈥橢tat avort茅 du PSNS au d茅but des ann茅es 1960, les interventions plus ou moins occultes dans la soci茅t茅 politique. Le Deuxi猫me Bureau 茅tait alors devenu un acteur puissant de la vie politique, utilisant des moyens policiers efficaces, et dont l鈥檕pposition lib茅rale, le Hilf et les intellectuels avaient fait leur b锚te noire. Aujourd鈥檋ui, le souvenir de cette p茅riode nourrit une m茅fiance et une opposition vives 脿 toute entr茅e de l鈥檃rm茅e en politique.

Unifier et consolider

En 1991, l鈥檃rm茅e libanaise est 茅puis茅e, moins par les affrontements auxquels elle a pris part (3) que par l鈥檃mpleur des d茅fections, la destruction de ses infrastructures et l鈥櫭ヽlatement de ses brigades en autant d鈥檜nit茅s plus ou moins autonomes. Elle symbolise bien 脿 elle seule la destruction du pays et c鈥檈st pourquoi sa r茅surrection passe par deux imp茅ratifs, sup茅rieurs m锚me 脿 celui de la reconqu锚te de la souverainet茅 nationale: la r茅unification et la consolidation, qui font 茅cho 脿 la r茅unification de la soci茅t茅 et 脿 la restauration de l鈥橢tat. La d茅mobilisation des milices et l鈥檌nt茅gration d鈥檃nciens miliciens dans l鈥檃rm茅e r茅pondent 脿 la premi猫re exigence, selon des modalit茅s aujourd鈥檋ui communes dans les sorties de guerre civile. Elles impliquent la reconversion des combattants ainsi qu鈥檜n processus complexe de n茅gociation entre le pouvoir l茅gitime et les forces centrifuges, impliquant la m茅diation de divers protagonistes civils et politiques. C鈥檈st pourquoi elles constituent une 茅tape d茅cisive du retour 脿 la vie civile et de la reconstitution des 茅lites, autant que du r茅茅quilibrage des forces politiques du pays. Mais la d茅mobilisation soul猫ve aussi le probl猫me de la r茅int茅gration sociale – celle des combattants et celle de la soci茅t茅 tout enti猫re.

Elle implique une rupture avec l鈥櫭ヽonomie et la culture de guerre qui domin猫rent le pays pendant quinze ans. Elle met en exergue les difficiles questions de l鈥檃mnistie pour les crimes commis durant la guerre et de l鈥櫭﹍aboration d鈥檜ne m茅moire commune aux populations libanaises, sur laquelle pourra se fonder la reconstruction nationale. Finalement, sur le plan politique, elle constitue le test par excellence de la r茅cup茅ration par l鈥橢tat de ses pouvoirs et de ses fonctions, 脿 commencer par le monopole de la violence l茅gitime. La dissolution des milices et la r茅int茅gration de miliciens dans l鈥檃rm茅e sont intervenues rapidement (4). La d茅cision a 茅t茅 prise par le Conseil des ministres du 28 mars 1991, qui donna aux milices jusqu鈥檃u 30 avril pour rendre leurs armes lourdes et fermer leurs QGs, leurs casernes et leurs centres d鈥檈ntra卯nement. La Loi 88, vot茅e par le Parlement le 13 juin 1991, sp茅cifiait que 6 000 miliciens seraient r茅int茅gr茅s dans un premier temps. Le 19 octobre, une allocation sp茅ciale de 500 000 dollars fut attribu茅e 脿 l鈥檃rm茅e pour mener 脿 bien l鈥檕p茅ration.

A cette 茅poque, l鈥檃rm茅e libanaise n鈥檃vait plus que dix brigades op茅rationnelles et ne comptait que de 25 000 脿 30 000 hommes. C鈥檈st pourquoi en octobre 1993, lorsque les r茅sultats de la premi猫re et seule vague d鈥檌nt茅gration furent rendus publics, moins de 6 000 ex-miliciens (4 000 selon la plupart des estimations) et quelques douzaines d鈥檕fficiers seulement avaient int茅gr茅 l鈥檃rm茅e r茅guli猫re. Au-del脿 du succ猫s global de l鈥檕p茅ration, plusieurs points critiques subsistent, qui 茅clairent 脿 la fois le processus de recomposition des forces arm茅es et ses implications sur la reconstruction politique. Retenons-en deux. Le premier est la question du d茅sarmement des milices, effectu茅 en un court laps de temps en 1991, et dont plusieurs 茅pisodes ont montr茅 ensuite les carences, par exemple lorsque l鈥檃rm茅e a retrouv茅 des arsenaux dans les locaux des institutions 鈥減olitiques鈥 et 鈥渟ociales鈥 des Forces Libanaises apr猫s l鈥檃ttentat de Zouk de f茅vrier 1994, ou lorsqu鈥檌l s鈥檈st av茅r茅 qu鈥橝mal avait les moyens de prendre une part active 脿 la r茅sistance islamique au Liban Sud, dans l鈥檋iver 1998. Il n鈥檈st pas certain que l鈥檃rm茅e ait recouvr茅 le monopole de la violence l茅gitime – pour ne parler ici que de forces arm茅es nationales sur le territoire. Au moins la soci茅t茅 n鈥檈n est-elle pas certaine, comme on le verra plus loin. Quant au second point, il concerne le traitement particulier de chaque milice, tant dans l鈥檌nt茅gration de ses combattants dans les forces arm茅es r茅guli猫res que dans l鈥檃mnistie et l鈥檈ntr茅e en politique de ses chefs: le succ猫s relatif d鈥橝mal, du PSP ou m锚me des dissidents des FL conduits par Hobeiqa contraste avec le rejet des Forces Libanaises et le traitement r茅serv茅 脿 leur chef, sans parler de la situation sp茅ciale de Hizb Allah et de l鈥橝LS. Sans doute la rigueur impos茅e 脿 certaines milices r茅pondait 脿 la n茅cessit茅 de restaurer l鈥檋onneur et la position h茅g茅monique de l鈥檃rm茅e, mis 脿 mal durant la harb al-ilgha鈥 (la guerre d鈥櫭﹍imination) de 1989-1990. Elle constituait ainsi une condition de la r茅conciliation de l鈥檃rm茅e avec elle-m锚me. Mais c鈥檈st toute la th茅matique de l鈥檃mnistie (5) et de la r茅conciliation nationale qui est fragilis茅e par ces in茅galit茅s, au risque de r茅veiller, ou d鈥檈ntretenir, des loyaut茅s concurrentes et divergentes, et de porter au coeur de l鈥橢tat la discorde 脿 laquelle les forces arm茅es ont pr茅tendu mettre fin (6).

Beaucoup plus rare sur la sc猫ne internationale des ann茅es 1990 est le processus qui consiste 脿 unifier et restructurer en moins de sept ans une arm茅e d茅vast茅e par le factionnalisme et le confessionnalisme. Les comparaisons avec le Salvador ou l鈥橴nion Sud-Africaine, pour ne parler que de deux cas de r茅ussite, soulignent d鈥檃utant le succ猫s apparent du Liban: mise 脿 l鈥櫭ヽart ou 脿 la retraite de dizaines d鈥檕fficiers; formation intensive tant 脿 l鈥櫭ヽole de Fayadiyeh que dans les 茅coles de guerre amies (Westpoint, Saint-Cyr, et surtout Homs et Alep) (7); promotions acc茅l茅r茅es; 茅l茅vation de la discipline et de la pr茅paration de troupes qui 茅taient rest茅es confin茅es de longues ann茅es dans leurs casernes – quand leurs hommes n鈥櫭﹖aient pas chez eux en attendant la fin de la tourmente; recrutement s茅lectif visant 脿 r茅tablir l鈥櫭﹒uilibre communautaire et affectations visant 脿 mixer des unit茅s qui avaient fonctionn茅 durant quinze ans sur une base localiste. 鈥淓xpertise, responsabilit茅, esprit de corps鈥 (8) apparaissent comme les mots d鈥檕rdre affich茅s par cette arm茅e de la reconstruction. Aucun moment de l鈥檋istoire du Liban n鈥檈st comparable s鈥檃gissant de l鈥檃rm茅e, et aucune autre institution du pays n鈥檃 connu un tel succ猫s formel dans la d茅marche volontariste, un succ猫s que n鈥檈xpliquent 脿 eux seuls ni l鈥檃ccord du pouvoir politique ni le soutien d茅cisif de puissances ext茅rieures, ni m锚me l鈥檃mpleur des moyens dont l鈥檃rm茅e a dispos茅 (9). C鈥檈st plut么t dans le caract猫re m锚me de l鈥檌nstitution militaire sui generis qu鈥檌l faut chercher l鈥檈xplication, en mettant en regard la fragmentation persistante d鈥檜ne soci茅t茅 r茅solument pluraliste dont les expressions de discorde sont souvent encore violentes et la neutralit茅 silencieuse observ茅e par l鈥檃rm茅e comme un seul homme, m锚me lorsque le d茅voilement des agissements des milices rejaillit sur certains de ses 茅l茅ments, ou encore en consid茅rant les obstacles humains et politiques qui font reculer le gouvernement 脿 la perspective des implications d鈥檜ne r茅forme de la fonction publique civile pourtant indispensable au sauvetage 茅conomique du Liban: les luttes qui pourraient accompagner les tentatives de d茅mant猫lement de r茅seaux client茅listes, la mont茅e du ch么mage du fait de la mise 脿 pied de milliers de fonctionnaires inutiles. On observe que l鈥檃rm茅e s鈥檕ppose 脿 la fois au fonctionnement soci茅tal communautaire et au fonctionnement 茅tatique client茅liste en se posant en mod猫le d鈥檜nit茅 et de discipline, de rigueur et d鈥檋onn锚tet茅. Une 茅tude sociologique serait n茅cessaire pour d茅passer les aspects formels et suivre la mise en oeuvre de la r茅unification de l鈥檃rm茅e, en prenant en compte les diff茅rences de temporalit茅 qui affectent les d茅cisions juridiques et administratives, d鈥檜ne part, et, de l鈥檃utre, la domestication des pratiques collectives et les changements dans les mentalit茅s et les croyances. Certes, la sociologie militaire nous enseigne qu鈥檜ne telle rigidit茅 organisationnelle nourrit un fort corporatisme au sein de l鈥檃rm茅e. Cependant, entre la r茅unification de l鈥檃rm茅e et la constitution d鈥檜ne arm茅e homog猫ne (10), il y a une faille dont certains chefs miliciens avaient d鈥檃illeurs conscience et qu鈥檌ls avaient la volont茅 d鈥檈xploiter, lorsqu鈥檌ls d茅cid猫rent d鈥檃ccepter les conditions de la d茅mobilisation et de l鈥檌nt茅gration. Il y a surtout les attaches primordiales et les dynamiques communautaires de la soci茅t茅 dont sont originaires les militaires, qui font qu鈥檌ls restent sensibles 脿 ses tensions et pris dans la toile d鈥檃raign茅e de ses r茅seaux de solidarit茅, et qui mettent des obstacles 脿 la constitution d鈥檜n corps militaire lib茅r茅 de ces attaches, ayant ses normes, son 茅thique et ses int茅r锚ts propres (11).

Il y a enfin la tradition implicite de faire de chaque fonction, de chaque instance cr茅茅e au sein de l鈥檌nstitution, le fief d鈥檜ne communaut茅 ou d鈥檜ne r茅gion (12). C鈥檈st seulement 脿 l鈥櫭﹑reuve du temps et surtout de la confrontation arm茅e qu鈥檕n pourrait appr茅cier les effets profonds de la mise en oeuvre formelle. Il faut pourtant bien parler de corps et m锚me de corporatisme 脿 propos d鈥檜ne institution dont les effectifs ont quadrupl茅 en l鈥檈space de sept ans (13), qui emploierait pr猫s d鈥檜n dizi猫me des salari茅s libanais, toucherait environ un demi-million de personnes, et dont le d茅veloppement et la complexification ont 茅t茅 remarquables. Il ne s鈥檃git pas seulement de la r茅cup茅ration et de la r茅habilitation rapide des casernes et des centres administratifs (14), mais de tout un ensemble de services, de l鈥檕rganisation de services sociaux et m茅dicaux, d鈥檜ne formation poursuivie 脿 l鈥櫭﹖ranger dans d鈥檈xcellentes conditions, de l鈥檃pprovisionnement, du syst猫me de retraite apr猫s un r茅gime de salaires particulier, etc. (15) qui font des officiers des fonctionnaires privil茅gi茅s y compris dans leurs loisirs et leurs vacances. La fondation de l鈥橧sk芒n 鈥榓skar卯 en 1994, destin茅e 脿 fournir sans limites des cr茅dits et des aides au logement aux fonctionnaires de la D茅fense signale et illustre l鈥檃pparition de l鈥檃rm茅e comme agent 茅conomique de premier rang – un agent tr猫s particulier dans une 茅conomie nationale largement privatis茅e, puisque ses ressources proviennent principalement du budget de l鈥橢tat (16).

Et si les soins et les avantages dont sont entour茅es les forces arm茅es libanaises rappellent 脿 bien des 茅gards le mod猫le de l鈥橭YAK turc (17), c鈥檈st aussi l鈥檃rm茅e 茅gyptienne de Mubarak et la transformation de ses officiers en entrepreneurs qu鈥櫭﹙oquent les d茅veloppements r茅cents de l鈥檌nstitution militaire.

Les forces arm茅es comme r茅f茅rence nationale

L鈥檈njeu de cette reconstruction rapide, de cette croissance remarquable et de cette mont茅e en puissance est bien plus social et politique que militaire. Une preuve en est que, parall猫lement 脿 cette croissance, la puissance de feu de l鈥檃rm茅e libanaise reste 脿 la fois classique et limit茅e. Par exemple, ce n鈥檈st qu鈥檈n 1995 que les Etats-Unis se sont r茅solus 脿 fournir 脿 ses forces a茅riennes quelques appareils de chasse, soit qu鈥檌ls se soient convaincus de la solidit茅 de l鈥檌nstitution et de ses bonnes dispositions 脿 l鈥櫭ゞard du monde atlantique, soit que les progr猫s de la n茅gociation syro-isra茅lienne leur aient fait croire 脿 une modification prochaine de la donne r茅gionale (18). Plus grave, la donne r茅gionale qui condamne le Liban 脿 attendre des d茅cisions dans lesquelles il a peu de part (19) ne lui a gu猫re laiss茅 de marge depuis sept ans pour exercer la mission premi猫re qui est celle d鈥檜ne arm茅e r茅guli猫re: prendre le contr么le du territoire national et en d茅fendre les fronti猫res. Que ce soit dans les d茅bats 脿 propos de l鈥檕ption 鈥淛ezzine d鈥檃bord鈥 ou 脿 la perspective d鈥檜n retrait unilat茅ral (mais pas inconditionnel) de l鈥檃rm茅e isra茅lienne du Liban Sud, ce n鈥檈st pas la capacit茅 militaire de l鈥檃rm茅e qui est en cause, mais les effets politiques de la restauration de son monopole de la violence l茅gitime. Son r么le militaire n鈥檈st donc pas nul, mais il est exclusivement d茅fensif et doit 锚tre coordonn茅 avec celui de l鈥檃rm茅e syrienne en vertu du tal芒zum al-masarayn, le 鈥渄estin m锚l茅鈥 des deux pays, tandis qu鈥檌l lui faut tenir compte de l鈥檃utonomie de certaines forces miliciennes. Le r茅sultat en est que cette arm茅e est impuissante 脿 prot茅ger ses propres compatriotes, y compris dans les r茅gions o霉 elle est d茅ploy茅e, comme on l鈥檃 vu lors des frappes a茅riennes isra茅liennes de 鈥淩aisins de la col猫re鈥 dans la r茅gion de Beyrouth en avril 1996. Paradoxalement, c鈥檈st en 茅tant la cible d鈥檃ttaques ennemies qu鈥檈lle l茅gitime sa mission militaire de la fa莽on la plus cr茅dible. Malgr茅 cette faiblesse majeure, l鈥檃rm茅e jouit d鈥檜n prestige 茅lev茅, et les efforts que fournit le service de l鈥檕rientation pour populariser son image – affiches, spots t茅l茅vis茅s, distributions de documents, d茅coration suggestive autour de ses casernes et de ses barrages – rencontre un ind茅niable succ猫s (20). A d茅faut d鈥檃ction arm茅e, elle a pris en charge la d茅fense civile; elle s鈥檈st engag茅e dans des entreprises tr猫s m茅diatis茅es de d茅gagement de ruines arch茅ologiques, de nettoyage de sites naturels, d鈥檈ncadrement de jeunes et d鈥檃ppui 脿 la reconstruction, en particulier pour aider le retour des D茅plac茅s dans leurs villages d鈥檕rigine.

Il est vrai qu鈥檈lle n鈥檈st pas seule et pas toujours efficace dans son effort de conqu锚te de la soci茅t茅 civile: durant les grandes chutes de neige de 1992, elle est rest茅e emp锚tr茅e par son manque d鈥櫭﹒uipement; apr猫s l鈥檌nvasion isra茅lienne de 1993, elle a 茅t茅 moins efficace que Hizb Allah dans l鈥檕rganisation de la reconstruction; durant celle de 1996, elle a trouv茅 sur le terrain des ONG nombreuses, g茅n茅reuses et bien organis茅es. Mais au total, elle revendique de nouvelles comp茅tences en mati猫re d鈥檃ction culturelle et de d茅veloppement, 脿 la fois socialement utiles et inspiratrices d鈥檜ne morale publique. Or l鈥檌nspiration est peut-锚tre ce qui manque le plus 脿 cette soci茅t茅 fragment茅e, d茅sillusionn茅e, et qui est 脿 la recherche de nouvelles raisons et de nouveaux principes du 鈥榓ych mushtarak, la vie commune (21). Dans le vide id茅ologique et le d茅sordre politique de l鈥檃pr猫s-guerre, l鈥檃rm茅e a vite fait d鈥櫭猼re 茅rig茅e en un symbole national de patriotisme et d鈥檌nt茅grit茅, qui contraste avec l鈥檌mage des forces miliciennes un temps valoris茅es et finalement honnies, et aussi avec celle des militaires non libanais pr茅sents dans le pays. Dans l鈥檃mbiance morose li茅e 脿 une crise 茅conomique persistante, aiguis茅e par des in茅galit茅s flagrantes, elle repr茅sente id茅alement un choix social alternatif qu鈥檕n peut qualifier de populiste en l鈥檕pposant au lib茅ralisme et 脿 la logique sp茅culative encourag茅s par le gouvernement. L鈥檋omme de la rue s鈥檃dresse au soldat 脿 un barrage ou dans un service, etc., en l鈥檃ppelant watan, et ce terme porte des connotations territoriales, unitaires, de sup茅riorit茅 aussi, qui sont implicitement comprises par tous. Ainsi la place de l鈥檃rm茅e dans l鈥櫭ヽhelle des institutions et dans la repr茅sentation des valeurs collectives s鈥檈st invers茅e par rapport 脿 ce qu鈥檈lle 茅tait avant (et encore plus pendant) la guerre, o霉 le pays avait fait de la faiblesse et de la marginalit茅 de ses forces arm茅es la condition de la paix civile et de la s茅curit茅 dans la r茅gion, tandis que la population nourrissait une grande m茅fiance, signal茅e plus haut, envers les services de s茅curit茅.(22) Soit dit en passant, on a l脿 un nouveau t茅moignage du fait que l鈥檋istoire politique du Liban s鈥檈st souvent d茅velopp茅e 脿 contre-temps de celle de la plupart des autres pays du Moyen-Orient. La mise en oeuvre du service militaire obligatoire a largement contribu茅 脿 illustrer et renforcer la position des forces arm茅es dans la soci茅t茅. On se rappelle que, decr茅t茅 une premi猫re fois le 1er juin 1974, il n鈥檃vait gu猫re eu le temps d鈥櫭猼re mis en place 脿 l鈥檃ube de la guerre. Lors de l鈥檃ccalmie de 1979, sa dur茅e pr茅vue 茅tait de 18 mois et, en 1983, sous la pr茅sidence de Amin Gemayel, le commandement avait r茅ussi, durant quelques mois, 脿 faire venir sous les drapeaux quelque 2 000 recrues. La Loi 97 du 21 septembre 1991 r茅tablissant le service ouvrait la possibilit茅 du badal, le rachat, pour 1 500 000 LL, entre autres parce que l鈥檃rm茅e, en phase d鈥櫭﹑uration et de r茅int茅gration des ex-miliciens, n鈥檃urait pas 茅t茅 en mesure de prendre en charge de nouvelles recrues, malgr茅 sa volont茅 affich茅e de lever simultan茅ment plusieurs classes d鈥櫭e et de les garder dix-huit mois. Lors de la mise en place d茅finitive du service militaire, en 1993, le badal fut supprim茅 (23). Appel茅s vers l鈥櫭e de 20 ans, les jeunes gens restent une ann茅e sous les drapeaux. Th茅oriquement, ils font six mois de classes, dont trois de sp茅cialisation, et six mois de service proprement dit. Le chiffre du recrutement annuel est de l鈥檕rdre de 3 000 et nombreux sont ceux qui sont casern茅s loin de leur r茅gion d鈥檕rigine. Est-ce 脿 dire que l鈥檃rm茅e libanaise est embarqu茅e dans la grande entreprise de transmission de codes, de valeurs et de normes vant茅e par les partisans de l鈥檃rm茅e de conscription ? Des intellectuels, des universitaires sont convaincus de la contribution de l鈥檃rm茅e 脿 la r茅conciliation nationale et 脿 la naissance d鈥檜ne culture civique.

Ils participent 脿 la r茅daction d鈥檜n manuel destin茅 脿 l鈥檃rm茅e et 脿 l鈥櫭﹍aboration des programmes de formation. Il est trop t么t encore pour mesurer les effets profonds du syst猫me et, en l鈥檃bsence d鈥櫭﹖ude sociologique, on ne peut que sp茅culer sur le fonctionnement d鈥檜ne organisation lourde, co没teuse et encore balbutiante, dans une phase o霉 l鈥檃rm茅e de m茅tier elle-m锚me, qui doit encadrer ces jeunes, est en restructuration. On peut aussi rappeler les doutes que l鈥檕n avait 茅mis voici quelques ann茅es quant aux valeurs 茅thiques et nationalistes transmises 脿 travers une telle exp茅rience de service militaire obligatoire, dans un pays arabe 脿 la structure sociale voisine de celle du Liban. Certes, les interactions d茅j脿 nombreuses entre l鈥檃rm茅e et la soci茅t茅 en sont multipli茅es et la confiance de la seconde dans la premi猫re en sort renforc茅e. Mais l鈥檈xp茅rience montre que ces relations entre arm茅e et soci茅t茅 passent plut么t par des canaux familiaux et client茅listes en contournant les voies hi茅rarchiques et administratives officielles. De plus, l鈥檌nculcation d鈥檜ne 茅thique n茅cessiterait un environnement politique favorable et le partage d鈥檜ne exp茅rience positive – dans ce cas en mati猫re militaire de pr茅f茅rence.

Au service de l鈥橢tat

L鈥檈ffet de mod猫le et d鈥檈ntra卯nement que peut avoir l鈥檃rm茅e sur une soci茅t茅 en recomposition d茅pend en grande partie de son mode de relations avec le pouvoir et de l鈥檃d茅quation entre l鈥檜nivers de sens de la classe politique civile et celui du groupe des officiers sup茅rieurs. Il existe en effet une tension entre la d茅finition de l鈥檃rm茅e comme bras arm茅 de l鈥橢tat, et donc subordonn茅e au pouvoir ex茅cutif, et la n茅cessaire autonomie de l鈥檌nstitution militaire. C鈥檈st entre ces deux p么les que se joue le r么le des forces arm茅es dans la reconstruction politique. Pour r茅soudre la tension, l鈥檈xamen des textes juridiques, en particulier de la loi de D茅fense, se r茅v猫le parfois 茅clairant (24). Mais, le plus souvent, les institutions portent leur propre dynamique et les acteurs y d茅ploient leur propre strat茅gie, sans compter que le contexte domestique et international les conduit 脿 certaines adaptations (25). Dans le contexte libanais de restriction de l鈥檌nitiative militaire et de fragilit茅 de la s茅curit茅, l鈥橝ccord de Ta鈥檌f a apport茅 deux 茅l茅ments nouveaux 脿 la mission de l鈥檃rm茅e et aux conditions de son exercice. D鈥檃bord, 鈥 lorsque le danger est tel qu鈥檌l d茅passe les capacit茅s des Forces de s茅curit茅 int茅rieure d鈥檡 faire face 脿 elles seules, l鈥檃rm茅e doit prot茅ger l鈥檕rdre public et appuyer les FSI dans le maintien de la s茅curit茅 dans les circonstances d茅termin茅es par le Conseil des ministres 鈥, et ce n鈥檈st que 鈥渓orsque les FSI seront en mesure d鈥檃ssurer leur mission s茅curitaire鈥 qu鈥檈lle regagnera ses casernes (26). Ensuite, cette mission d鈥檈xtension de l鈥檃utorit茅 doit 锚tre exerc茅e avec l鈥檃ide des Forces syriennes pour une dur茅e ind茅termin茅e. On ne compte pas, depuis sept ans, les op茅rations de s茅curit茅 int茅rieure auxquelles l鈥檃rm茅e a particip茅 dans toutes les r茅gions, souvent contre des forces miliciennes ou politiques, mais aussi face 脿 des acteurs que nous pourrions appeler 鈥渄e la soci茅t茅 civile鈥.

Plut么t qu鈥檜n r么le d鈥檃ppoint aux c么t茅s des FSI, elle a souvent tenu un r么le de premier plan, en particulier en deux circonstances qui 茅clairent la nature et les modes de fonctionnement du r茅gime libanais de l鈥檃pr猫s-guerre. Au lendemain de la signature des Accords d鈥橭slo de septembre 1993, l鈥檃rm茅e fut envoy茅e 脿 l鈥檈ntr茅e sud de Beyrouth pour r茅primer une vaste manifestation d鈥檕pposants 脿 ces accords et fit 13 morts parmi les rangs du Hizb Allah, inspirateur et organisateur de la protestation. Deux ans plus tard, le pr茅sident du Conseil Rafic Hariri prit la d茅cision le 27 f茅vrier 1996 de charger l鈥檃rm茅e – non la police – de la s茅curit茅 de certaines r茅gions du Liban apr猫s que le gouvernement eut interdit les manifestations suscit茅es par l鈥檃ppel 脿 la gr猫ve g茅n茅rale de la CGTL (27). Si les deux 茅v茅nements illustrent pareillement la soumission des forces arm茅es 脿 l鈥檈x茅cutif, ils livrent aussi des indications sur la proximit茅 du pouvoir politique et du pouvoir militaire dans les grandes orientations du pays. Le z猫le s茅curitaire montr茅 en 1993 para卯t indiquer que le gouvernement et l鈥檃rm茅e partagent la m锚me m茅fiance 脿 l鈥櫭ゞard de la force politique et militaire non 茅tatique la plus puissante du pays, et envers son projet pour le Liban, m锚me si depuis l鈥檃ttaque des 鈥淩aisins de la col猫re鈥 l鈥檃rm茅e se retrouve officiellement 鈥渄ans la m锚me tranch茅e鈥 que la R茅sistance islamique. En particulier, la perspective d鈥檃ssumer la s茅curit茅 dans le Sud et de faire respecter les engagements internationaux du Liban en cas d鈥檃ccord de paix pourrait amener le gouvernement et l鈥檃rm茅e 脿 durcir ensemble leurs exigences s茅curitaires. Dans l鈥櫭﹑isode de 1996, au contraire, il semble que l鈥檃rm茅e ait – conjointement avec la CGTL – choisi d鈥櫭﹙iter la confrontation en imposant un couvre-feu. On a, cette fois, l鈥檌ndication que l鈥檃rm茅e n鈥檈st pas loin de partager les revendications sociales de la masse des salari茅s 脿 l鈥櫭ゞard d鈥檜n pouvoir politique acquis 脿 la logique des entrepreneurs priv茅s, ou au moins qu鈥檈lle est dispos茅e 脿 se faire le champion du peuple, au point de marquer ses r茅ticences dans l鈥檈x茅cution de certaines directives gouvernementales. En retour, les allusions, d鈥檃bord de Rafiq Hariri, au fardeau financier que repr茅sente l鈥檃rm茅e pour le budget, ensuite l鈥櫭﹙entualit茅, apparue puis dissip茅e en 1997, d鈥檜n renforcement des FSI et d鈥檜n remaniement de leur direction, et enfin l鈥檃nnulation en janvier 1997 par le ministre de la D茅fense d鈥檜n train de promotions d鈥檕fficiers sup茅rieurs sont autant de critiques et de signes de d茅fiance du pouvoir civil 脿 l鈥櫭ゞard de l鈥檃rm茅e (28). M锚me si, 脿 y bien regarder, il n鈥檈st pas certain que la modernisation autoritaire entreprise par le premier soit si 茅loign茅e de la culture politique du second, dans une p茅riode o霉 l鈥檜n et l鈥檃utre sont pris dans la m锚me logique 茅conomique extravertie (29).

L鈥檃ffirmation croissante du commandement militaire allant de pair avec une d茅gradation de la vie politique, la question se pose de l鈥檃lternative que pourrait constituer l鈥檃rm茅e 脿 une classe politique d茅valu茅e, en particulier depuis l鈥檃ccession du commandant en chef le g茅n茅ral Emile Lahoud 脿 la magistrature supr锚me en novembre 1998. De quelle marge de man艙uvre, de quels atouts dispose-t-il dans ses choix sociaux et strat茅giques, qui lui permettent de modifier les grandes orientations politiques tenues depuis sept ans ? Quelle autonomie pourra-t-il sauvegarder par rapport 脿 une soci茅t茅 pr茅occup茅e surtout par la crise 茅conomique mais 茅galement travaill茅e par des revendications d茅mocratiques ?

Hubert Dupont

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