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Maroc : l’茅conomie invisible

By   /   8 novembre 2012  /   No Comments

le Colonel en retraite Mohamed Mellouki, l’authentique auteur de ce valeureux article

Par Mohamed MELLOUKI(nous nous excusons aupr猫s de l’auteur authentique de cet article de valeur pour l’avoir attribu茅 par erreur 脿 un irresponsable qui se l’avait attribu茅 arbitrairement).

J’ai entendu parler, pour la premi猫re fois, de 鈥 l鈥櫭塩onomie invisible鈥, en 1957, au coll猫ge, en classe de 鈥 Brevet鈥, au cours d鈥檜ne le莽on de g茅ographie sur la Grande Bretagne. Nous avions auparavant 茅tudi茅 les USA, la Russie et la Chine. Nous avions compris que ces pays 茅taient assez vastes et renfermaient diverses potentialit茅s naturelles qui en faisaient des puissances, ce qui n鈥櫭﹖ait pas le cas de la Grande Bretagne qui paraissait minuscule g茅ographiquement et de ressources moins abondantes, mais s鈥檌mposait comme puissance 茅conomique. Le professeur nous expliqua, alors, que la richesse de base de ce pays reposait sur son 鈥 茅conomie invisible鈥. Il nous donna quelques exemples, en citant notamment les banques et les compagnies d鈥檃ssurances r茅alisant des profits colossaux sans, pour autant, qu鈥檈lles disposent d鈥檌nfrastructures visibles de production. Nous n鈥檃vions pas encore abord茅, au plan de l鈥橦istoire, l鈥櫭﹖ude de l鈥橢mpire britannique dont le pillage des ressources de ses colonies lui fournissaient, en r茅alit茅, cette 茅conomie pas aussi invisible.

Chez nous aussi, le concept de l鈥櫭ヽonomie invisible n鈥檃vait pas tard茅 脿 faire son apparition. Malheureusement, d茅j脿, de mani猫re illicite d猫s l鈥檃ube de l鈥橧nd茅pendance. En quelques ann茅es des mis茅reux se sont transform茅s, comme par enchantement, en poss茅dants insolents qu鈥檕n allait, en plus, appeler 鈥 les grandes tentes鈥, jetant ombrage sur les quelques ancestrales familles qui incarnaient une bourgeoisie majoritairement commer莽ante et globalement modeste, aux c么t茅s de quelques f茅odaux terriens se comptant sur les doigts de la main dont les propri茅t茅s 茅taient en grande partie incultivables ou consacr茅es 脿 la culture des c茅r茅ales et un maigre p芒turage.

La premi猫re vague des 鈥 new bourgeois鈥 marocains fut r茅v茅l茅e par l鈥檃rrestation d鈥檜ne brochette de dignitaires du r茅gime, en 1971, dans la foul茅e de la tentative du putsch de Skhirat. Elle en fut, semble-t-il m锚me, la cause. Le cas semblait, n茅anmoins, isol茅, circonscrit 脿 une poign茅e d鈥檌nd茅licats pris la main dans le sac, dont le Pouvoir tenait 脿 faire un exemple rigoureux de sa d茅termination 脿 appliquer la loi pour tous et maintenir l鈥檕rdre moral 脿 tous les niveaux de l鈥櫭塼at.

Nous savons ce qu鈥檌l en est advenu de ces dignitaires. Log茅s dans des fermes, ils continuaient 脿 tenir salon et 脿 engrosser leurs 茅pouses. 脌 l鈥櫭﹑oque d茅j脿 apparaissait le concept de 鈥榗ertains plus 茅gaux que d鈥檃utres鈥. L鈥櫭ヽonomie invisible, elle, a vu ses contours se dessiner avec clart茅 au fil du temps, s鈥檈st laiss茅e pousser des ailes, a 茅volu茅 au nez et 脿 la barbe d鈥檜n 脡tat de plus en plus impuissant et complice, activement ou passivement, et a fini, m锚me, par devenir l鈥櫭ヽonomie dominante, bousculant de plus en plus l鈥檃utre, celle honn锚te et l茅gale, qui se voyait progressivement r茅duite en peau de chagrin, croulant sous les coups de boutoir du Fisc. Ses strat猫ges se sont taill茅s un habit de notabilit茅. Ont fait des 茅mules et des jaloux.

Combien sont-ils ? 脌 en croire un rapport du Cr茅dit Suisse paru tout r茅cemment, le nombre de milliardaires marocains a fait un bon fulgurant, en passant d鈥檜n millier, en 2011, 脿 14.000 en l鈥檈space d鈥檜n an. Du 1400 %, pardi, en un an. Surr茅aliste et 茅tourdissant. Dans un pays class茅 parmi les plus pr茅caires de la plan猫te, au 87猫me rang. Parole du 8猫me Rapport de l鈥橧ndicateur International des 脡tats pr茅caires, pour 2012, paraissant 脿 Washington. Et cela pendant que M.Benkirane se chamaille depuis 10 mois avec les th茅oriciens de la finance, les professionnels du secteur 茅conomique et autres interlocuteurs pour qu鈥檌ls souscrivent 脿 sa projection 茅conomique entre 3 脿 5 %, dans l鈥檈spoir qu鈥檜ne telle adh茅sion contribuerait 脿 lui assurer la paix sociale pour finir son mandat sans trop de chaos dans les rues et de chocs avec les syndicats.

Qui sont-ils? Les fortunes de ce niveau, acquises l茅galement ne doivent pas d茅passer quelques dizaines, 茅tant l鈥櫯搖vre d鈥檈ntrepreneurs laborieux et honn锚tes qui, pour la plupart, ont durement pein茅 dans l鈥檃dolescence, dans des t芒ches de mis猫re et conditions de vie insupportables, th茅saurisant sou par sou, 脿 la sueur du front et la force du poignet, jusqu鈥檃u premier modeste capital de d茅part. Cette classe, g茅n茅ralement imbue de valeurs morales, ne triche pas sur les bilans annuels et investit une partie des b茅n茅fices dans des 艙uvres caritatives. Elle m茅rite respect et consid茅ration.

Le probl猫me r茅side dans la v茅ritable n茅buleuse mafiosi dont certains membres viennent de fili猫res honorables, des universit茅s et grandes 茅coles. Des t锚tes bien faites, souvent mal pensantes. Ont fait de hautes 茅tudes et ont investi l鈥櫭塼at. Normalement pour le servir. Pratiquement pour s鈥檈n servir. Certains pillant directement ses caisses, accaparant ses moyens ; d鈥檃utres profitant des 茅tudes et prospectives men茅es par leurs d茅partements, s鈥檌nt猫grent 脿 d茅couvert ou par pr锚te-noms interpos茅s dans les circuits commerciaux lucratifs, ou leur bradent le patrimoine foncier public c茅d茅 脿 une bouch茅e de pain, loti m茅diocrement et revendu 脿 prix d鈥檕r. Une autre tranche, plac茅e 脿 la t锚te des organismes gestionnaires de capitaux sociaux, a pens茅 investir ces derniers dans des entreprises en essor, parfois familiales ou alli茅es, raflant, 脿 la mise, une participation au capital 脿 son profit personnel lui procurant annuellement de substantiels dividendes. Le 4猫me volet est constitu茅 de pr茅pos茅s de diff茅rentes administrations cens茅es approvisionner l鈥櫭塼at fiscalement, qui pratiquent une politique de chantage et s鈥檈n mettent plein les poches en taxant, 脿 dessein, outre mesure la majorit茅 des entreprises et professions lib茅rales pour leur octroyer, par la suite, des ristournes et d茅rogations sur les redevances de toutes natures, allant jusqu鈥櫭 50 pour cent, dont ils ponctuent la bonne part.

Ces quatre cat茅gories se sont constitu茅es chacune en sorte de 鈥 loges鈥 dont les membres appliquant la loi de l鈥檕merta au plan de chaque fili猫re, se retrouvent, n茅anmoins, dans une sorte de classe patricienne consid茅rant 锚tre la seule 脿 avoir droit aux privil猫ges et passe-droits. Il faut reconna卯tre qu鈥檈lles d茅tiennent, en fait, d鈥檜ne mani猫re ou d鈥檜ne autre, les principaux leviers de commande de l鈥橢tat. En superposition, et parfois en interaction, se d茅veloppe la 鈥 camarilla鈥 des narcotrafiquants et acolytes de tous genres, notoirement connus, vivant dans le luxe tapageur, roulant des m茅caniques et en limousines derni猫re main, avec la morgue des derniers parvenus en sus.
Parall猫lement, s鈥檃ctive la gent de racketteurs 脿 la petite semaine, devenue m锚me famili猫re, majoritairement constitu茅e de modestes fonctionnaires jetant souvent leur d茅volu sur les petites entreprises commerciales et immobili猫res o霉 ils blanchissent leurs rapines.
Mais il est une autre 茅conomie encore plus invisible, parce que loin des yeux du commun des mortels, o霉 l鈥檕n retrouve en bonne partie les plus 茅minents sp茅cimens des classes sus mentionn茅es. Elle se passe en haute mer o霉 toute une armada de bateaux usines rafle la richesse halieutique nationale pour la d茅verser dans les ports occidentaux et asiatiques. Ses revenus colossaux vont, 茅videmment, emplir les coffres forts de ces pays.

Tout ce beau monde garde bien les pieds ici, sur cette bonne et g茅n茅reuse terre marocaine tant qu鈥檈lle pond des 艙ufs d鈥檕r, mais la t锚te arrim茅e 脿 l鈥櫭﹖ranger pour le placement de ces derniers. En prime, ils se prennent pour les chantres du nationalisme et patriotisme. 脌 les entendre discourir sur ces th猫mes on attrape le tournis.

Le Cr茅dit Suisse, pour ceux qui ne le savent pas, est un groupement bancaire prestataire de services financiers 脿 l鈥櫭ヽhelle internationale, au diapason de la Banque mondiale et du FMI, qui a d没 enregistrer ces milliards dont il est question, ici, dans ses propres comptes ou les voir passer dans les coffres d鈥檌nstitutions consoeurs ; 脿 qui nos gouvernants vont, depuis des d茅cennies, leur qu茅mander de nous retourner notre propre argent sous forme de cr茅dits pour lesquels nous payons, en sus, des int茅r锚ts. Et ainsi s鈥檈st cr茅茅 le cycle infernal de fuites de nos capitaux qui nous reviennent en cr茅dits dont une bonne partie est de nouveau d茅tourn茅e et renvoy茅e sur l鈥櫭﹖ranger, et ainsi de suite 脿 l鈥檌nfini.

En tout 茅tat de cause, il y a dans la r茅v茅lation du Cr茅dit Suisse 14.000 crocodiles et a芒frit qui narguent Mr Benkirane – 14.000 dossiers qui doivent 锚tre ouverts par Mr Jettou et sa Cour des Comptes- 14.000 poursuites judiciaires qui doivent 锚tre enclench茅es par Mr Rmid et sa Justice- 14.000 intrigues financi猫res 脿 茅lucider par Mr Nizar et son Inspection g茅n茅rale des Finances- 14.000 fortunes que Mr Jaouahri et sa Banque du Maroc se doivent d鈥檈n expliquer au peuple la provenance- 14.000 fuites de capitaux pour l鈥橭ffice de changes qui se doit d鈥檈n identifier les auteurs- 14.000 interpellations parlementaires pour une Institution l茅gislative qui perd son temps et sa salive dans des joutes partisanes st茅riles- 14.000 trous dans la Loi de Finances 2013, et pour le strict minimum 14.000.000.000.000 de centimes qui se sont 茅vapor茅s du Maroc.

Une consolation, cependant, pour les coll茅giens marocains. Ils n鈥檕nt plus besoin d鈥櫭﹖udier la g茅ographie de la Grande Bretagne pour savoir ce qu鈥檈st l鈥櫭ヽonomie invisible. Ils y sont jusqu鈥櫭 la moelle 茅pini猫re, dans un Maroc qui peut se targuer d鈥櫭猼re devenu un cas d鈥櫭ヽole en la mati猫re. Un Maroc dont les gouvernants ont int茅r锚t, cependant, 脿 ne pas oublier que la tourmente du 鈥 Printemps arabe鈥 a dans une bonne proportion 茅t茅 motiv茅e par les effets n茅fastes, sur la soci茅t茅 et l鈥橢tat, des 茅conomies invisibles qui avaient largement contribu茅 脿 vicier et rendre impopulaires les r茅gimes renvers茅s.

Mohamed Mallouki

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