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Maroc : deux constitutions en une, ou les dessous de la commanderie des croyants

By   /   9 septembre 2012  /   No Comments

Par聽Mohammed MELLOUKI

Lorsque, le 1/11/1922, le g茅n茅ral Mustapha Kamal, futur 鈥 Ataturk鈥, d茅tr么na le sultan Mehmet VI, il l鈥檃vait fait avec l鈥檃ppui d鈥檜ne bonne partie de ses compagnons d鈥檃rmes, 脿 leur t锚te son bras droit et successeur, le g茅n茅ral Ismet Inonu. Mais lorsqu鈥檌l voulut abolir le Califat, il se heurta 脿 l鈥檕pposition farouche du m锚me Ismet Inonu pour qui les inepties commises dans l鈥檈xercice du pouvoir temporel ne devaient pas forc茅ment rejaillir sur le volet spirituel de l鈥檌nstitution monarchique. Ataturk se r茅signa au diktat de son second et transf茅ra le titre califal 脿 Aldelmajid, l鈥檃卯n茅 de la maison ottomane. Il s鈥檃ccommoda de cette intransigeance encore un an avant de proclamer, officiellement, la r茅publique le 29/10/1923, et d鈥檃bolir d茅finitivement le Califat le 3/3/1924. Ainsi, la Turquie v茅cut un cas sui generis durant presque deux ans, en tant qu鈥橢tat engag茅 dans la voie de la la茂cit茅, coiff茅 spirituellement par un Calife, en attente de 鈥榙茅l茅gitimation鈥.

Trois d茅cennies plus tard, le Maroc connut une situation, elle aussi, in茅dite. Comme Ataturk, sous pression d鈥橧nonu, le g茅n茅ral Guillaume, 脿 d茅faut de pouvoir exaucer le souhait de Paris d鈥檜n changement radical du r茅gime, a cru, lui aussi, devoir m茅nager la lign茅e dynastique, en proc茅dant 脿 un transfert de la B茅茂芒 au sein de la m锚me famille. Le Maroc se retrouva durant cinq jours, du 15 au 20 ao没t 1953, avec deux sultans : Mohamed Ben Youssef, 脿 Rabat, l茅gitime, d茅tr么n茅 manu militari et en attente d鈥櫭﹙acuer les lieux ; et Mohamed Ben Arafa, fantoche, intronis茅 malgr茅 lui 脿 Marrakech, et en attente d鈥檕ccuper les lieux du pr茅c茅dent. Ce jeu de chaises musicales ne doit, s没rement, pas 锚tre 茅tranger au fait que si la B茅茂芒 est maintenue 脿 titre rituel, folklorique pour certains, elle n鈥檃 jamais figur茅 dans aucune Constitution et n鈥檌ntervient plus dans la l茅gitimit茅 de la succession au tr么ne, assur茅e, d茅sormais, h茅r茅ditairement par ordre de primog茅niture. Hassan II avait la m茅moire longue et une sensibilit茅 脿 fleur de peau. Il ne pouvait pas facilement oublier la trahison des Ul茅ma qui ont bascul茅 du c么t茅 de Ben Arafa. Pas plus, aussi, que les pr茅tentions de Allal El Fassi de tirer la couverture 脿 lui, lorsqu鈥檌l a d茅clar茅 脿 partir du Caire, aussit么t apr猫s la d茅position du sultan Ben Youssef :< En tant que leader du parti de l鈥橧stiqlal et membre du coll猫ge des Ul茅ma de la Karaouiyine, qui seuls poss猫dent le droit de proclamer les rois, je鈥> ou encore : < Nous tenons 脿 souligner que le r茅gime du Maroc sera celui que nous b芒tirons en accord avec notre peuple et notre Roi鈥> Hassan II avait, aussi, 茅tudi茅 l鈥橦istoire, notamment la p茅riode des papes faiseurs et 鈥榙茅faiseurs鈥 de rois ; et il n鈥櫭﹖ait, surtout, pas revenu six ans auparavant d鈥檜n exil qui e没t pu 锚tre d茅finitif et l鈥檃urait envoy茅 rejoindre la cohorte des princes d茅sargent茅s, pour se retrouver chambr茅 par des Ul茅ma faiseurs de sultans. Mieux encore, c鈥檈st lui qui s鈥檈st fait faiseur de Ul茅ma. D鈥檌nitiative ou sur proposition du Dr Khatib, il d茅cide de les marginaliser en mati猫re de succession dynastique. 脌 une hypoth茅tique proclamation transf茅rable, reposant sur la seule conscience d鈥檜ne poign茅e d鈥檋ommes officiant sur le moment, sujette 脿 des pressions et tentations, il substitua la clause constitutionnelle de la Commanderie des Croyants l茅gitim茅e par r茅f茅rendum cens茅 traduire l鈥檃dh茅sion de toute la nation. N茅anmoins, dans toutes les Constitutions de l鈥檃ncien r猫gne, la disposition relative 脿 la Commanderie des Croyants ne semblait pas assez lisible, ne pr茅sentait pas d鈥檌nt茅r锚t vital dans la quintessence du texte. Certains n鈥檡 croyaient absolument pas, ne lui reconnaissant aucun caract猫re r茅ellement spirituel, l鈥檃ssimilant, tout au plus, 脿 une formulation s茅mantique pour renforcer, un peu plus, la sacralit茅 du Roi dans l鈥檈sprit de ses 鈥 sujets鈥 et, 脿 l鈥檌nternational, rehausser, 脿 la fois, politiquement, sa stature au diapason des 鈥 Grands鈥 de l鈥櫭﹑oque tels que Nasser, Tito, Nehru, Bourguiba, Sukarno, le shah d鈥橧ran, et aussi sa repr茅sentativit茅 spirituelle au niveau du Pape et de reine Elisabeth, chef de l鈥櫭ゞlise anglicane . D鈥檃utres, par contre, y voyaient une affirmation naturelle de l鈥檈xceptionnalit茅 d鈥檜n souverain de droit divin. La Constitution en cours, de 2011, semble, elle, charrier une autre port茅e de la Commanderie des Croyants. Depuis le 鈥楶rintemps arabe鈥, et ouverture d茅mocratique interne et pression internationale obligeant, le Pouvoir se sait confront茅 脿 une situation in茅dite, susceptible d鈥檃mener 脿 la gouvernance des formations peu loyales et peu soumises, qui seraient tent茅es de lui disputer des pr茅rogatives fondamentales et lui contester certains privil猫ges et passe-droits. Des la茂cs, d鈥檃bord, pourraient s鈥檌nspirer de la c茅l猫bre r茅plique de Abderrahim Bouabid < monarchiste, oui ; mais d茅mocrate d鈥檃bord >, et exiger l鈥檌nstauration d鈥檜n syst猫me constitutionnel sur le mod猫le britannique ou espagnol. La profusion des ob茅diences spirituelles -les zaouias- et l鈥檌ntrusion en force des th茅ologiens dans les m茅dias, sont, de leur c么t茅, de nature 脿 susciter 脿 terme une v茅ritable guerre de fatwas risquant d鈥檈ngendrer une br猫che dans la coh茅sion sociale et par ricochet des r茅percussions politiques au niveau de l鈥檕rganisation et du fonctionnement des institutions de l鈥橢tat. Et pour preuve, le 28 juillet dernier, pour ne pas remonter plus loin, M. Ra茂ssouni, 茅minent th茅ologien, a prof茅r茅 une philippique sans pr茅c茅dent contre l鈥櫭塼at l鈥檃ccusant d鈥檜tiliser le rite mal茅kite pour parasiter le Mouvement islamiste et le marginaliser, ajoutant que l鈥櫭塼at n鈥檈st pas tenu par l鈥檕bservance obligatoire de ce rite mais qu鈥檌l l鈥檌nstrumentalise sciemment 脿 des fins subjectives. L鈥檃v猫nement au gouvernement du PJD issu, avant transit par le MPDC, du Mouvement Unicit茅 et R茅forme que pr茅sidait auparavant M. Ra茂ssouni, pr茅cis茅ment, pourrait bien n鈥櫭猼re que le pr茅lude 脿 l鈥檃scension, plus tard, sur la sc猫ne gouvernementale de mouvements plus radicaux, du genre salafiste-jihadiste, qui pourraient, d猫s lors, faire valoir, eux aussi, leur droit d鈥檜tiliser la puissance de l鈥櫭塼at pour d茅cr茅ter officiellement en mati猫re religieuse, puisque leur fondamentalisme les astreint 脿 leur seule intime conviction.
J鈥檃vais d茅j脿 achev茅 la r茅daction du pr茅sent article et m鈥檃ppr锚tais 脿 le lancer lorsque au cours de la lecture du journal Al Massae du 7/9/2012, je suis tomb茅 par hasard sur un article de M. Idriss Al Ganbouri, intitul茅 鈥 Les Salafistes et la Chia芒鈥rincipaux d茅fis de l鈥橧slam politique apr猫s son accession au Pouvoir鈥, qui est venu conforter mon analyse. Il comporte une conclusion extr锚mement instructive selon laquelle <鈥i l鈥檌slamisme apparent茅 aux Fr猫res musulmans entrera forc茅ment en conflit avec le salafisme, ce conflit restera, n茅anmoins, circonscrit au niveau de l鈥橢tat ; mais il ne s鈥檃rr锚tera pas l脿 et 茅voluera en affrontement sunnito-chiite dont l鈥檈njeu sera la Oumma > ( sic).
Si l鈥檕n y ajoutait les dispositions de l鈥檃rticle 3 de la Constitution qui garantit 脿 tous le libre exercice des cultes, d鈥檃utant que le Chiisme est une composante islamique, le cas de figure ci-dessus pourrait bien, 脿 moyen ou long terme, se jouer au Maroc, aussi. C鈥檈st, pr茅cis茅ment, l脿 que la nouvelle Commanderie des Croyants prend son aspect d鈥檃rme politique. Elle dote le Roi d鈥檜n pouvoir exclusif lui permettant de l茅gif茅rer hors norme, par-dessus la t锚te du gouvernement et du parlement, dans des domaines o霉 seules comptent sa volont茅, sa vision et sa d茅finition de ce volet du pouvoir r茅galien. Ob茅issant 脿 son appr茅ciation discr茅tionnaire, cette pr茅rogative peut, du fait, aller au-del脿 du spirituellement correct pour servir de parapet contre tout d茅rapage dans une configuration politique complexe o霉 il serait difficile de faire le distinguo entre l鈥檃spect strictement spirituel et le politique. Il va de soi que dans l鈥檈sprit de la Constitution, la Commanderie des Croyants- article 41- prime sur la fonction de Chef de l鈥橢tat- article 42- et du fait, la Fatwa royale, symbole de cette pr茅茅minence du spirituel sur le temporel, pourrait, tout simplement, servir d鈥檃rme d鈥檈xcommunication pour d茅l茅gitimer au plan religieux une gouvernance s鈥檃ppuyant sur une majorit茅 parlementaire absolue difficilement r茅vocable par le jeu constitutionnel classique. Au passage, c鈥檈st une assurance pour l鈥橭ccident que la donne de la r茅alit茅 du pouvoir reste l脿 o霉 elle a toujours 茅t茅 : au Palais. Nos Constituants avaient-ils derri猫re la t锚te une id茅e bien arr锚t茅e au moment de la r茅daction de l鈥檃rticle 41 ? Ont-ils simplement voulu compenser le pouvoir r茅galien de la perte de quelques pr茅rogatives- somme toute mineures- en faveur du chef du gouvernement ou, au contraire, ont-ils volontairement 鈥 fabriqu茅鈥 une nouvelle mouture de la monarchie ex茅cutive ? La question est pos茅e au Pr Menouni.

Mohammed MELLOUKI

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