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Alg茅rie : la mascarade de la succession, l’arm茅e fait tout!

By   /   3 juin 2013  /   No Comments

Bouteflika avec les g茅n茅raux de l'arm茅e

Bouteflika avec les g茅n茅raux de l’arm茅e

Par Boualem SANSAL (茅crivain)

Franchement, je ne suis pas particuli猫rement excit茅 脿 l’id茅e d’茅crire un papier sur l’Alg茅rie. Il ne se passe rien dans le pays, je veux dire聽de neuf, de piquant, quelque chose qui date de ce si猫cle, qui interroge l’avenir聽et fait vibrer聽les jeunes. Des articles pour dire聽qu’il ne se passe rien de neuf, j’en ai 茅crit des tas ces douze derni猫res ann茅es, ils n’ont jamais rien appris 脿 personne. Toujours les m锚mes vieilleries, du r茅chauff茅, des rumeurs de harem, les sempiternels trucages, des rodomontades d’anciens combattants, des discours creux, des successions poussi茅reuses entre vieux de la vieille. Pff, c’est ennuyeux 脿 mourir. Je voudrais pouvoir parler聽de choses belles et neuves, mais 莽a n’existe pas, 莽a me rend triste.

Il y a trois raisons 脿 cette mis猫re lancinante : l’arm茅e, l’islamisme et Bouteflika. Il faut les voir聽un 脿 un et les consid茅rer ensemble dans leur relation intime. Nocifs, ils le sont pareillement, mais leur rapprochement est atomique, c’est la r茅action en cha卯ne, l’apoth茅ose du 芦聽Mal聽禄, et une radioactivit茅 install茅e pour des si猫cles. Cela, chacun le sait, depuis toujours. Je l’茅crivais d茅j脿 en 2000. Je n’茅tais pas le premier. En 1964, deux ann茅es 脿 peine apr猫s l’ind茅pendance, Mohamed Boudiaf, opposant lumineux au r茅gime noir d’Alger, r茅fugi茅 au Maroc, publiait un livre,聽O霉 va l’Alg茅rie ?聽(Editions Librairie de l’茅toile), dans lequel pr茅cis茅ment il s’interrogeait sur l’avenir聽du pays qui pourtant avait fait de la planification socialiste et de l’h茅ro茂sme au travail sa ligne de conduite. Il n’a rien vu de rassurant. Boudiaf est le premier r茅volutionnaire alg茅rien : en 1954, il a cr茅茅 le Front de lib茅ration nationale (FLN) et d茅clench茅 la lutte arm茅e聽contre la France.

A l’ind茅pendance, 茅c艙ur茅 par les agissements des nouveaux dirigeants de l’Alg茅rie, enivr茅s par le pouvoir, il les d茅non莽a et dut fuir聽脿 l’茅tranger pour 茅chapper 脿 leurs tueurs. Ils le rattrap猫rent trente-huit ans plus tard, l’attir猫rent dans un guet-apens et l’assassin猫rent d’une rafale dans le dos, sous le regard effar茅 du public et des cam茅ras. C’茅tait le 29 juin 1992, il avait 73 ans. Crime parfait, on conna卯t les assassins, trois g茅n茅raux, on sait o霉 ils habitent, o霉 ils travaillent, mais aucune justice聽ne peut les atteindre. M锚me le diable a peur d’eux.

Ces messieurs ont vieilli, ils ont tous le cancer聽et des cirrhoses carabin茅es, mais leurs enfants sont l脿, beaux, brillants, polyglottes, efficaces comme des managers deABDELAZIZ eL morrakouchi 2 multinationale, ils trafiquent avec le monde entier ; ces derni猫res ann茅es ils le font avec les Chinois, les Russes, les hindous, les Turcs, et l’incontournable Duba茂. On travaille en confiance avec eux, ils ne collaborent jamais avec la justice internationale. L’argent, ils le gagnent l脿 mais le d茅pensent en Occident, o霉 la d茅mocratie sait prot茅ger les riches et les voleurs. Ils y retrouvent leurs copains, les fils de dictateurs, les Kadhafi, les Moubarak, les Trabelsi, les Wade, les Bongo… avec qui ils font du business et prennent du bon temps dans les bo卯tes 脿 la mode. Pour eux, le pays de papa n’est qu’une planche 脿 billets.

MASSACRES AVEUGLES : apr猫s dix ann茅es de terrorisme et de massacres aveugles, les islamistes ont compris le sens de l’histoire, ils ont abandonn茅 les maquis des montagnes et int茅gr茅 les maquis des villes. Ils ont pignon sur rue, ils tiennent la quasi-totalit茅 du commerce de gros et demi-gros. Voici le deal que les g茅n茅raux ont conclu avec eux avant de signer聽la loi

G茅n茅ral de division Mohamed Medi猫ne dit Tawfik patron services secrets alg茅riens

G茅n茅ral de division Mohamed Medi猫ne dit Tawfik patron services secrets alg茅riens

d’amnistie g茅n茅rale, appel茅e 芦聽r茅conciliation nationale聽禄 : les g茅n茅raux tiennent le haut bout de la cha卯ne de l’argent 鈥 ils contr么lent la Sonatrach, les banques, d茅cident la聽politique聽茅conomique du pays, imposent les modalit茅s budg茅taires, fiscales et autres. Ainsi, ils connaissent d’avance ce qu’ils vont gagner聽et ce que le peuple va perdre; les barbus tiennent l’autre bout de la cha卯ne, ils r茅ceptionnent les conteneurs des g茅n茅raux, r茅partissent la cargaison entre leurs 茅mirs et leurs troupes. Avec les miettes, ils dotent les mosqu茅es et aident les pauvres 脿 survivre. En plus d’une portion de la rente, ils ont aussi leur quota de ministres, d茅put茅s, s茅nateurs, ambassadeurs, hauts fonctionnaires. De cette fa莽on, ils font le lien avec l’internationale islamiste pour leur compte et pour le compte des t锚tes pensantes de la junte militaire.

Et tout l脿-haut, repli茅 en son palais blockhaus, impr茅visible et redoutable, il y a Bouteflika. Sa maladie myst茅rieuse et son air hagard ajoutent 脿 la menace. En fait il faut dire聽芦聽les Bouteflika聽禄. Abdelaziz n’est rien sans sa fratrie autour de lui. C’est un peu les Borgia, ces gens, en plus fort. Le plus efficace est le cadet, Sa茂d, un g茅nie de l’intrigue. Il n’a pas de fonction officielle mais il d茅cide tout, surveille tout. On dit qu’il est f茅roce. Les ministres pissent dans leur froc quand il les convoque. Les g茅n茅raux le d茅testent, un jour ils le tueront.

D猫s qu’Abdelaziz rendra l’芒me, Sa茂d le suivra dans la tombe. Les dossiers qu’il a constitu茅s ne l’aideront pas, la justice les r茅futera. Le pr茅sident, qui a l’esprit dynastique, lui a confectionn茅 un puissant parti pour le soutenir, dirig茅 par des apparatchiks capables de faire聽茅lire n’importe qui 脿 n’importe quel poste ; ils feront barrage contre les g茅n茅raux et les islamistes, mais au final ils trahiront, c’est la r猫gle. Le pauvre Sa茂d aura du mal, voler聽dans l’ombre du fr猫re pr茅sident est une chose, voler聽de ses ailes sans bouclier ni parachute en est une autre. En attendant, tout ce beau monde amasse de l’argent par camions, c’est le carburant des guerres 脿 venir. Gr芒ce 脿 Dieu, le prix du baril tient la cote, l’argent coule 脿 flots, la r茅serve d茅borde de partout. Jusque-l脿, il a permis une cohabitation acceptable, personne n’est vraiment l茅s茅, les milliards qu’on nous chaparde le matin, on les refait l’apr猫s-midi. Et voil脿, nous avons tous les 茅l茅ments de la pi猫ce qui va se jouer聽d猫s l’annonce de la mort d’Abdelaziz Bouteflika聽: les acteurs, l’intrigue, le d茅cor, les figurants. Il y a les parrains des uns et des autres, fran莽ais, am茅ricains, russes, saoudiens, qataris, mais on ne les voit pas, ils sont derri猫re le rideau.

En v茅rit茅, la pi猫ce est 茅crite depuis longtemps et se joue d茅j脿 dans les coulisses, les trois coups ont 茅t茅 frapp茅s 脿 l’instant o霉 Bouteflika a 茅t茅 茅vacu茅 脿 Paris, dans son h么pital pr茅f茅r茅 du Val-de-Gr芒ce. Ombres, murmures et courants d’air. On pourrait se poser聽les questions qu’on se pose depuis le premier putsch en 1962, mais cela sert-il ? Nous recevrons les m锚mes fausses r茅ponses. Bouteflika mort, l’arm茅e fera le m茅nage et adoubera Tartempion VI. Le roi est mort, vive le roi et Allah est grand.

Boualem SANSAL

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  • Published: 9 ans ago on 3 juin 2013
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  • Last Modified: juin 3, 2013 @ 1:29
  • Filed Under: Actualit茅s, Maghreb

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