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Maroc : signe d’ouverture démocratique effective, un ancien colonel de gendarmerie ose critiquer le régime

By   /   7 juin 2012  /   No Comments

Jamais un militaire n’aurait osé au temps de feu Hassan II, faire une entrée politique à la fin de sa carrière en écrivant un “Manifeste politique” où il critique d’une manière assez virulente les structures de l’Etat et la façon dont il est géré. D’aucuns diront que s’il n’y avait pas une marche effective vers une démocratie non amputée à l’heure du jeune Souverain marocain, une telle entreprise aurait été vue comme une aventure aux conséquences imprévues.

L’initiative de cet ancien militaire devenu romancier (il a déjà signé en 2000 son premier essai), est des plus originale. L’homme aux multiple expériences, sécuritaires, politiques et littéraires…surprit le lecteur et le laisse captif d’abord par sa connaissance profonde de son pays et de son histoire, ensuite par sa franchise; parce qu’il ne mâche pas ses mots, et puis par son écriture très simple mais très expressive. Suivons cet entretien original qu’il avait accordé à Maroc Hebdo International il y a quelque temps, en attendant qu’il nous soit possible de vous livrer le contenu de son “Manifeste Politique”!

C’est en scrutant les réponses qu’il avait formulées lors de cet entretien, qu’il nous est permis de comprendre pourquoi un ancien colonel de gendarmerie avait pris la décision d’écrire, puis de publier un manifeste politique où il  tire la sonnette d’alarme sur les conséquences du “langage hypocrite et les réajustements superficiels à l’heure où le chantier des réformes est engagé au Maroc”.  L’objectif est noble et serein : engager le débat conséquent autour d’un projet sociétal pouvant faire sortir le pays du marasme et de la mauvaise gestion. Nous publions l’entretien en question en ayant l’accord formel de Mr. Mellouki que nous remercions fort bien.

ENTRETIEN

Mohamed Mellouki: “Le rafistolage ne suffit plus”

MHI : En tant qu’officier de l’armée, vous dérogez à la règle en publiant un manifeste politique virulent envers les institutions étatiques du Maroc, qu’est-ce qui vous a poussé à rompre le silence?

Colonel Mohamed Mellouki: Tout au long de ma carrière, quarante-deux ans, dans la Gendarmerie, j’ai respecté l’obligation de réserve qui s’impose à ma fonction. Je me suis contenté d’observer tout en bouillonnant à l’intérieur. J’ai toujours voulu m’exprimer, donner mon avis, participer au débat public mais j’étais dans l’impossibilité de le faire compte tenu ma position. Aujourd’hui que je suis à la retraite, je romps, enfin, le silence. L’écriture et la politique sont mes deux grandes passions. La première, je l’ai vécue en écrivant le roman Les Amarres du Destin, paru aux éditions Eddif en 2000, et la deuxième, je suis en train de la vivre en publiant ce manifeste sur Facebook et surtout en engageant le débat.

MHI : Publier ce manifeste dans la conjoncture actuelle peut paraître comme une action opportuniste, qu’en dites-vous?

Colonel Mohamed Mellouki: Si je vous dis que c’est un pur hasard, personne ne croira alors que c’est la vérité. Ce manifeste, j’ai pris tout mon temps pour le préparer. Depuis ma mise à la retraite, il y a dix ans, j’y ai pensé. J’ai élaboré plusieurs ébauches avant d’arriver à cette version finale que je comptais publier sous forme de livre au printemps 2011.

MHI : Et il ya eu le discours du 9 mars…

Colonel Mohamed Mellouki: Le hasard du calendrier a accéléré le cours des événements. Le discours royal du 9 mars, qui a amorcé le chantier des réformes, m’a poussé à contribuer au débat politique et à apporter une pierre à l’édifice. J’ai privilégié l’édition électronique parce que le “Printemps arabe” a démontré l’efficacité de l’internet, particulièrement les réseaux sociaux, dans la diffusion de l’information. Si j’avais publié ce manifeste sous forme de livre, il n’aurait pas eu autant d’impact. Ceci dit, je n’exclus pas le recours à l’édition papier dans l’avenir. Pour revenir à votre question, je ne suis pas un opportuniste. Je suis juste un citoyen marocain qui a envie de changements, de voir son pays aller de l’avant et de sortir de l’emprise de gouvernants incompétents.

MHI : Justement, vous condamnez avec véhémence les partis politiques marocains, qu’est-ce qui justifie tant de hargne?

Colonel Mohamed Mellouki: L’incompétence me met en colère. Malheureusement, le Maroc est conduit depuis des décennies par des hommes et des formations qui exploitent à leur seul profit nos aspirations, et s’enlisent dans des enjeux politiques stériles qui s’écartent continuellement de la volonté populaire, par une interminable série de manoeuvres politiques qui tendent toutes à assurer leurs positions, sécuriser leurs privilèges et aggraver la paupérisation des masses.

MHI : Vous parlez d’une refonte de fond en comble du champ politique marocain.

Colonel Mohamed Mellouki: Tout a fait. Car, l’échiquier politique marocain est miné par une élite dont le souci principal est d’ordre purement égoïste et mercantile, qui squatte les potentialités du pays et réduit l’idéologie et l’action politiques à une simple stratégie de combines et de combinaisons désastreuses pour le pays.

MHI : Pourtant, c’est avec ce même échiquier politique que le Maroc entreprend le chantier des réformes…

Colonel Mohamed Mellouki: L’une des raisons qui m’ont encouragé à publier ce manifeste, c’est de dire aux politiciens marocains que le temps de la langue de bois et des promesses non tenues est fini. Aujourd’hui, le temps est au langage franc et responsable. Le Maroc est à la croisée de chemins, il ne peut pas se permettre de rater son rendez-vous avec l’histoire. Dans le contexte institutionnel actuel, la révision constitutionnelle ne doit pas consister à quelques réajustements dans certains domaines de la vie nationale ou l’élargissement des prérogatives du Premier ministre, mais dans une totale refondation de l’Etat.

MHI : Dans quel sens?

Colonel Mohamed Mellouki: Vous savez, la Commission Consultative de la révision de la Constitution aura-t-elle suffisamment d’audace et d’honnêteté morale pour s’affranchir de la chappe psychologique qui tétanise les esprits dès qu’il s’agit de la “chose royale”? Saura-t-elle faire preuve de perspicacité nécessaire pour concilier cette “chose” avec la revendication nationale dans toute sa dimension? L’avenir nous le dira. Ce que je peux vous dire avec certitude, c’est que le rafistolage n’est plus de mise et que les réformes doivent aller au fond pour éviter que le Maroc ne tombe pas dans le chaos dans un futur proche.

MHI : Par quoi passe la refondation de l’Etat?

Colonel Mohamed Mellouki: Par une refondation en profondeur de l’échiquier constitutionnel à travers, d’une part, le réajustement du pouvoir régalien qui devra être identifié comme quatrième dimension institutionnelle, et, d’autre part, des innovations tant aux plans des trois autres institutions qu’au niveau régional, dans le contexte d’une assiette constitutionnelle inédite qui puisse assurer une pondération des pouvoirs, seule alternative pour renforcer, à la base, la souveraineté populaire et générer un nouvel Ordre moral imposant la prééminence de l’éthique, le règne de l’intégrité, du sens du devoir et de conscience dans la responsabilité et la gestion de la chose publique.

MHI : Après la publication du manifeste, quelle est votre prochaine démarche?

Colonel Mohamed Mellouki: Je suis en pleine préparation du Congrès national constitutionnel, qui aura un double objectif: pour le court terme, de s’inscrire dans le débat politique en cours, élaborer un contre-projet de constitution qui puisse être confronté au travail de la Commission royale, et accompagner le processus pré-référendaire; pour le moyen terme, de s’ériger en formation politique. J’espère que nous serons prêts pour les prochaines échéances électorales.

MHI : Un autre parti politique! Vous ne pensez pas qu’il y en a assez?

Colonel Mohamed Mellouki: Nous ne serons pas juste un autre parti politique mais nous serons un parti politique novateur qui a un réel projet de société, proche des citoyens, à l’écoute de leurs attentes, qui se fixe comme objectif de traduire la volonté du peuple.

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