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Dialogues avec les toiles de Shafic Abboud, le grand artiste libanais

By   /   15 mai 2012  /   No Comments

Un monde color茅 et chaleureux, habit茅 de r锚ves et de scintillements. Une centaine de toiles et d鈥檃utres cr茅ations (c茅ramique, sculpture, livre d鈥檃rtiste, tapisserie, bo卯te 脿 cin茅ma) sign茅es Shafic Abboud retra莽ant le long p茅riple, de 1942 脿 2001, sont au Beirut Exhibition Center. Gr芒ce 脿 l鈥檌nitiative de Claude Lemand et sous la f茅rule des deux commissaires d鈥檈xposition, Nadine Begdache et Saleh Barakat, ainsi que le concours sc茅nographique inspir茅 de Karim Bekdache, voil脿 un regard en arri猫re qui ne ressemble 脿 aucun autre. Visite guid茅e pour un monde enchant茅 et enchanteur.

L鈥檌mmense photographie en noir et blanc de Shafic Abboud, s鈥檃ppuyant sur sa table de travail, chemise aux manches retrouss茅es, front d茅j脿 d茅garni, sourire aux l猫vres et moustache fournie, accueille en toute bonhomie les visiteurs. D鈥檈mbl茅e, une mise au point s鈥檌mpose: il ne s鈥檃git pas d鈥檜ne r茅trospective banale, conventionnelle. Karim Bekdache explique: 芦J鈥檃i rencontr茅 Shafic Abboud dans son atelier en 1987. Nous avons partag茅 un d茅jeuner dans son appartement situ茅 au-dessus. Apr猫s le caf茅, il est rapidement retourn茅 au travail. Dans cet atelier long et 茅troit, 茅tonnamment petit et o霉 il produisait de tr猫s grands formats sans aucun recul. Des tableaux qui ne sont autres, 脿 mes yeux, que des paysages vus d鈥檃vion. Des images satellites dessin茅es le nez coll茅 脿 la toile. Cette exposition respecte cette distance en laissant au visiteur la libert茅 de parcours, mais en favorisant un certain point de vue, 脿 trois m猫tres de la toile, et sans regarder tout ensemble, de mani猫re 脿 mieux appr茅cier ce travail unique.禄 Par cons茅quent, par-del脿 les murs o霉 sont accroch茅es les toiles de Shafic Abboud, de grands panneaux espac茅s, en courbe convexe, portant les 艙uvres picturales de l鈥檃rtiste, permettent de mieux retrouver l鈥櫭ヽheveau et le fil d鈥橝riane de la cr茅ativit茅. On saisit davantage, par cette mise en place en miroir, la palette du peintre dans son tourbillon de couleurs et d鈥檌mages.

Astucieuses correspondances que le regard capte, caresse et d茅couvre gr芒ce 脿 une installation qui braque les projecteurs sur une 艙uvre d茅j脿 d茅bordante de vie et de lumi猫re. Six d茅cennies de travail et d鈥檈ngagement intellectuel ininterrompus pour cette fastueuse c茅l茅bration pour (re)d茅couvrir un des artistes libanais qui, par la diversit茅 et l鈥櫭ヽlat de son talent, a su porter bien loin et haut le rayonnement culturel du Liban au sein du monde arabe et occidental. D茅j脿 en 1961, Michel Ragon 茅crivait 脿 son propos (dans la revue Cimaises) les lignes suivantes: 芦聽Abboud est un peintre que l鈥檕n pourrait qualifier de 鈥渘aturaliste abstrait鈥 en raison du souffle tourment茅 de ses compositions aux beaux coloris rouges et jaunes, tr猫s chauds, comme une campagne luxuriante 茅cras茅e de soleil.禄 En se promenant dans les all茅es de cet espace tout en blanc, illumin茅 par les couleurs et l鈥檜nivers tout en d茅tail invitant 脿 la r茅flexion, la r锚verie, la lecture multiple ou l鈥櫭﹙asion, v茅ritable dialogue avec les toiles, l鈥檕n en arrive 脿 s鈥檌nterroger en toute simplicit茅, finalement: peindre, c鈥檈st quoi? Est-ce que peindre est forc茅ment raconter des histoires? D茅voiler et partager sensations et 茅motions? Recr茅er la nature en variantes ou fusions figuratives et abstraites ? Jouer avec les couleurs, les formes et les volumes? De toute fa莽on, peindre, c鈥檈st forc茅ment narrer l鈥檃mour de la vie, et en 莽a, Shafic Abboud 茅tait un as, un champion. S鈥檌l aimait la po茅sie (Sch茅had茅 et Adonis furent parmi ses nombreux livres de chevet), il n鈥檈n pin莽ait pas moins pour la musique, quatuors de Beethoven et musique arabe se partageant ses faveurs.

芦聽Une grande envie de regarder la peinture聽禄 Mais pour l鈥檈nfant de Mha茂dseh, c鈥檈st sans nul doute la peinture qui l鈥檃 emport茅 haut la main depuis que les 茅tudes d鈥檌ng茅nierie furent arr锚t茅es net en 1946. Il embrasse alors, en toute fougue et passion, chevalet et tubes de peinture 脿 l鈥橝cad茅mie des beaux-arts cr茅茅e en 1937 par C茅sar Gemayel. Et depuis, de Beyrouth sous l鈥檌nfluence de Georges Cyr aux ateliers de la Grande Chaumi猫re et d鈥橝ndr茅 Lhote, ainsi que les cours de Fernand L茅ger 脿 Paris, le 芦d茅sordre clair禄 et 芦le d茅r猫glement syst茅matique禄 (pour rester en terre de po茅sie entre Sch茅had茅 et Rimbaud) de la grande aventure picturale, avec ses multiples d茅dales, d茅couvertes, coup de c艙ur et innombrables techniques, avec toujours la libert茅 au bout du pinceau, se saisissent, en emprise totale, de la vie de Shafic Abboud. Et c鈥檈st 脿 cette ronde fabuleuse, ce sabbat de f茅erie, que le public est invit茅. Ronde d鈥檜ne 艙uvre o霉, par-del脿 portes et fen锚tres ouvertes 脿 tous les possibles, la vie, dans ses plus insoup莽onnables facettes, est mise en bo卯te. Une vie vers茅e, d茅licatement, mais aussi 脿 profusion, en petit ou grand flacon, comme l鈥檈ssence d鈥檜n parfum rare et pr茅cieux… Et dont on sent et respire avec ivresse aujourd鈥檋ui l鈥檕deur p茅n茅trante. V茅cu et 茅motions font vibrer ces toiles qui accusent en tons pacifiques les moments pleins d鈥檜n parcours humain. Des radieuses images de l鈥檈nfance (le 芦bouna禄) aux rencontres d茅cisives du c艙ur (mariages, couples, sensualit茅 des corps), en passant par la noirceur de la guerre 鈥 celle d鈥檜n 5 juin 1967 o霉 les Arabes perdent, un nuage bien sombre dans un horizon plomb茅 鈥 dans cette 艙uvre, quand m锚me domin茅e par le bonheur d鈥櫭猼re et, par-del脿 glacis et matit茅, 茅merge, victorieux et vibrant, le chant des couleurs vives et joyeuses. Gr芒ce soit rendue 脿 cette technique qui tourne souvent le dos aux huiles lourdes tir茅es en masse des officines et lieux de vente pour artistes press茅s. Shafic Abboud, fin esth猫te et sans nul doute 茅picurien, avait aussi le go没t des pigments, des 茅mulsions et des liants naturels. Chimiste et alchimiste, il avait le don de faire m茅lange et dosage, 脿 sa guise, au gr茅 de l鈥檌nspiration. D鈥檕霉 l鈥櫭﹎erveillement devant la singularit茅 et la complexit茅 de ces couleurs intenses, amorties ou savamment estomp茅es. Dans cette exposition qui suit 脿 la lettre les souhaits de Shafic Abboud qui avait 茅pingl茅 dans ses carnets cette phrase: 芦Une grande envie de regarder la peinture tout pr猫s, tout pr猫s, 脿 bas le recul禄, le visiteur est royalement servi. Sans oublier non plus les jeunes 茅coliers, amateurs en herbe, qui auront le plaisir d鈥檃voir lors de leur tourn茅e un jeu 茅ducatif sur carton ind茅pendant pour situer l鈥櫯搖vre 脿 travers devinettes artistiques, puzzle et diff茅rences de d茅tails d鈥檜ne m锚me photo de l鈥檃rmoire de rangement de l鈥檃rtiste… 脌 regarder de pr猫s cette 艙uvre fourmillante de vie, le visiteur reste enti猫rement sous le charme de l鈥櫭﹖ourdissante palette abboudienne. Si certaines toiles, marqu茅es d茅j脿 par le temps (presque soixante ans!), risquent d鈥檃ccuser certaines rides, le nerf moteur de cette production est intact et d鈥檜ne saisissante modernit茅. Une fois de plus, c鈥檈st Shafic Abboud qui 茅lude le myst猫re. Pour le mot de la fin, on se r茅f猫re volontiers 脿 ses carnets noircis de sa belle calligraphie, serr茅e et r茅guli猫re. On puise trois citations successives: 芦Mes affirmations les plus p茅remptoires sont questions… Il y a deux sinc茅rit茅s, celle du peintre et celle de la peinture… Penser, c鈥檈st fatalement peindre…禄

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