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Corée du Sud : les soucis de la défense imposent des mesures contre les smartphones espions

Par Frédéric OJARDIAS

Le ministère sud-coréen de la Défense a décidé de prendre le contrôle des smartphones de ses employés. Depuis la semaine dernière, ces fonctionnaires ministériels sont obligés de télécharger une application qui censure les activités de leur téléphone portable. La Corée du Sud craint en effet des fuites d’informations confidentielles, alors que l’ennemi nord-coréen multiplie les cyberattaques.

Cette application « anti-fuites » (Mobile Management Device) consiste en un petit programme qui bloque la plupart des fonctions du smartphone : la caméra ne fonctionne plus, l’accès à Internet est interdit, on ne peut plus enregistrer de son… La seule chose qui demeure autorisée est d’envoyer des textos et de téléphoner. Pour les malheureux possesseurs d’iPhone, le contrôle est encore plus drastique : ils ne peuvent que recevoir appels et messages, mais ne peuvent plus en envoyer. Ces fonctions ne sont bloquées qu’à l’intérieur de l’enceinte du ministère et l’application « libère » en quelque sorte le téléphone dès que l’utilisateur s’éloigne du périmètre sécurisé. Si cette application n’est pas installée, les fonctionnaires n’ont pas le droit d’entrer dans leur bureau. Selon le ministère, si l’expérience s’avérait satisfaisante, le petit programme pourrait devenir obligatoire pour tous les militaires du pays !

L’armée a peur des espions

La Corée du Sud a décidé de prendre de telles mesures de protection afin d’éviter les fuites d’informations confidentielles. Des fuites qui peuvent être facilitées par un smartphone connecté en permanence à Internet. L’armée a peur des espions et ses inquiétudes sont aggravées par le fait que la Corée du Nord, le frère ennemi, a orchestré ces dernières années des vagues d’attaques informatiques de plus en plus sophistiquées qui visent les réseaux sud-coréens. La dernière a eu lieu fin juin. Ainsi, on peut imaginer que si un pirate informatique parvenait à prendre le contrôle du smartphone d’un militaire sud-coréen, il pourrait alors récolter de nombreuses informations très sensibles.

Un conflit entre besoin de sécurité et protection de la vie privée

Mais cette application soulève des inquiétudes concernant le respect de la vie privée. Ainsi une partie des fonctionnaires du ministère de la Défense aurait refusé d’installer cette application de sécurité, arguant du fait qu’elle était trop intrusive. Cette question du conflit entre besoin de sécurité et protection de la vie privée risque de se poser avec de plus en plus d’acuité, dans un pays où 70% de la population possède un smartphone.

Dans le secteur privé par exemple, ce genre de programme existe déjà, pour lutter contre l’espionnage industriel. Certaines entreprises sud-coréennes obligent ainsi les visiteurs qui entrent dans leurs centres de recherche avec un ordinateur à installer des programmes de sécurité très intrusifs, qui leur donnent accès à tout le contenu de leur ordinateur !

Frédéric Ojardias

Un commentaire

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  1. Merci pour cet article. Ce genre de mesure drastique était à prévoir face à l’ampleur de la menace en termes de sécurité informatique. Dans cette lutte, tout est encore à apprendre y compris la gestion du juste équilibre entre sécurité et respect de l’individu.

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