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Monde arabe: Printemps d茅mocratique ou hivers islamiste ambrageux hypoth茅quant l’avenir?

By   /   19 janvier 2013  /   No Comments

芦聽La face cach茅e de la r茅volution tunisienne
islamisme et Occident, une alliance 脿 haut risque聽禄

de Mezri Haddad, pr茅fac茅 par Samir Amin, Apopsix, Nonancourt (Eure), Parution : janvier 2012

Livre La face cach茅 de la r茅volution tunisiennePar Sami SHERIF

聽Le titre choisi pour ce livre, r茅v猫le d茅j脿 l鈥檃llure d鈥檜n r茅cit et d鈥檜ne analyse d鈥檜n philosophe devenu aussi politologue pr茅curseur et visionnaire. Mais c鈥檈st l鈥檋istoire qui le confirmera ou l鈥檌nfirmera. D猫s les premi猫res pages, le lecteur sentira une odeur un peu naus茅abonde qui n鈥檃 rien avoir avec celle du 芦聽Jasmin聽禄 auquel l鈥檕n a voulu m锚ler une 茅meute sociale qui a d茅g茅n茅r茅 en 芦聽r茅volution聽禄 sans projet social et sans supporters conscients et dont l鈥檃uteur a tir茅 la substance, celle 聽d’une vaste 芦聽escroquerie politico-m茅diatique聽禄.

聽Pour cet auteur averti, il ne s鈥檃git surtout pas d鈥檜ne 茅tape d鈥檜n quelconque 芦聽printemps arabe聽禄, mais plut么t celle d鈥檜n remake du Grand Moyen-Orient cher aux n茅oconservateurs am茅ricains. Ce n鈥檈st surtout pas 脿 comparer avec la r茅volution polonaise qui avait eu un effet de boule de neige ayant marqu茅 un processus de lib茅ration de tous les pays de l鈥橢urope de l鈥橢st et qui avait d茅bouch茅 sur la naissance de v茅ritables d茅mocratie sans aucune violence, ni tergiversation.

Sans n茅gliger les causes objectives qui ont balay茅 le r茅gime de Ben Ali, M. Haddad d茅voile les dessous 芦聽la r茅volution tunisienne聽禄 et ceux du soi-disant 芦printemps arabe禄 dans son ensemble : propagande de la cha卯ne de t茅l茅vision Al-Jazira, initiation des jeunes 脿 la cyber-r茅volution par des officines am茅ricaines, pressions des Etats-Unis, etc.

L鈥檃nalyse argument茅e permet ais茅ment de r茅futer la spontan茅it茅 de cette r茅volution dont l’effet domino sur l’Egypte, la Lybie, le Y茅men et la Syrie a 茅t茅 si rapide qu’il suscite nombre d鈥檌nterrogations incontournables. Par tous les moyens, l鈥檕n a voulu d茅guiser cette 茅meute sociale revendicative en r茅volution politique. Comment 莽a aurait pu arriver et r茅ussir聽? L’auteur est cat茅gorique 脿 ce propos, c鈥檈st 聽l’Administration am茅ricaine qui en 茅tait l鈥檌nstigatrice. L鈥檈scroquerie o霉 sont tomb茅 nombre de franges de la population dans le monde arabe rel猫ve fort bien d’un plan strat茅gique am茅ricain qui a 茅t茅 repris d猫s l’arriv茅e d’Obama 脿 la Maison blanche et dont l鈥櫭゜auche fut pr茅par茅e; semble-t-il, par les n茅oconservateurs au temps de l鈥橝dministration Bush Junior. Le but clair du plan 茅tait de faire revenir les islamistes en force et de leur permettre ainsi de reprendre une popularit茅 s鈥檃menuisant jour apr猫s jour. Non sans audace intellectuelle et courage politique, Mezri Haddad est le premier auteur 脿 rompre le mur du silence en r茅v茅lant la face cach茅e de la 芦r茅volution 2.0禄. Plus troublant encore, il dresse la liste des diff茅rentes ONG-茅crans tributaires de la CIA, qui ont format茅 et manipul茅 un certain nombre d’internautes tunisiens et arabes. L’auteur tire la sonnette d’alarme sur un monde arabo-musulman plus que jamais fragilis茅 et expos茅 aux app茅tits boulimiques des 芦n茅o-colonialistes禄, avec leur cheval de Troie : l’Emirat du Quatar, qui voit dans ce changement, l’opportunit茅 d’imposer son id茅ologie wahhabite. Si ce changement radical dans les rapports de l’Occident 脿 l’islamisme permet aux am茅ricains de raffermir leur leadership mondial, il devrait inqui茅ter l’Europe en g茅n茅ral, et la France en particulier.

Au moyen de ces extraits tir茅s du livre de Mezri Haddad et rapport茅s par le journal web 芦聽Tunisie News聽禄, nous essayerons avec vous, de d茅couvrir l鈥檜ne des plus cr茅dibles th猫ses sur les 茅v猫nements ayant secou茅 la Tunisie puis nombre d鈥檃utres pays arabes dont la plus part 茅taient tenus plut么t par des r茅gimes nationalistes ayant vers茅 dans la dictature et le despotisme.

Sami Sh茅rif

Mezri Haddad, journaliste, 茅crivain, philosophe et diplomate tunisien.

Mezri Haddad, journaliste, 茅crivain, philosophe et diplomate tunisien.

Extraits Introduction

(鈥) Malgr茅 les 茅preuves subies et la cruaut茅 de la situation, j鈥檃i fait le choix de me relever et de marcher. Marcher, m锚me si je ne vois pas ma route, car la route n鈥檈xiste que par sa propre marche. Et j鈥檈sp猫re qu鈥檈n lisant ce livre, tous les grands serviteurs de l鈥橢tat qui ont 茅t茅 honn锚tes et int猫gres dans l鈥檈xercice de leur fonction, tous les anciens ministres qui ont loyalement servi la Tunisie et les Tunisiens depuis l鈥檌nd茅pendance, tous les destouriens qui 茅taient probes et fid猫les 脿 l鈥檈sprit des fondateurs de ce grand parti nationaliste qu鈥檕n a d茅capit茅, tous les chefs d鈥檈ntreprise et hommes d鈥檃ffaires qui ont contribu茅 脿 l鈥檈ssor 茅conomique du pays en d茅pit du client茅lisme et de la corruption, tous les opposants sinc猫res qui ont pr茅f茅r茅 la l茅galit茅 en composant avec le r茅gime, tous les intellectuels ou journalistes dont la r茅sistance passive ou le m茅contentement r茅el n鈥檕nt pas 茅t茅 jusqu鈥櫭 l鈥檌mmolation par le feu 脿 芦聽Sidi Bou Sa茂d聽禄, comme Mohamed Bouazizi 脿 Sidi Bouzid鈥ue toutes ces personnes qui ont 茅t茅 humili茅es apr猫s le 14 janvier, qu鈥檕n a complex茅es, culpabilis茅es, menac茅es, stigmatis茅es, d茅sign茅es 脿 la vindicte populaire, vont redresser la t锚te et se dire聽: nous n鈥櫭﹖ions ni sous le nazisme d鈥橦itler, ni sous le fascisme de Mussolini, ni sous le totalitarisme de Staline, ni sous la th茅ocratie de Khomeyni, ni m锚me sous l鈥檃utocratie du Shah. Nous 茅tions sous une dictature banale que nous n鈥檃vons pas su ou pu abolir聽; une dictature qui 茅tait la moins sanguinaire du monde arabe, 茅conomiquement la plus prosp猫re du continent africain, m锚me si elle 茅tait les dix derni猫res ann茅es l鈥檜ne des plus m茅diocres sur le plan politique (鈥..).

(鈥.) Je dis cela car, dans cette nouvelle Tunisie que j鈥檕bserve de pr猫s depuis janvier 2011, je vois que la passion d茅mocratique s鈥檈xprime aux d茅pens de la passion patriotique, et dans certains cas m锚me, contre elle. C鈥檈st que le moment par lequel la Tunisie passe est, en effet, tr猫s grave. Et je ne parle pas encore de la crise politique que traverse l鈥檈nsemble du monde arabe. Ce qui sentait le jasmin les premiers jours apr猫s la chute du r茅gime tunisien, d茅gage depuis quelques mois une odeur naus茅abonde, celle du tribalisme et de l鈥檕bscurantisme en Tunisie聽; celle des cadavres par milliers en Libye, en Syrie et au Y茅men, sans parler des autres pays qui sont cibl茅s par les strat猫ges am茅ricains, ceux-l脿 m锚mes qui avaient con莽u le projet n茅oconservateur du Grand Moyen-Orient. Et on veut faire croire aux peuples que toutes ces r茅volutions sont spontan茅es聽! Que cette Grande Discorde (Fitna Koubra) est une bonne chose pour le monde arabe聽!

Que je vous le dise tout de suite聽: derri猫re cette ivresse de la libert茅 et ce triomphe de la d茅mocratie, se profilent trois poisons mortels聽: la tentation de l鈥檌nt茅grisme, la sublimation de l鈥檃narchisme et l鈥檃bandon de la souverainet茅. Au cas o霉 mes compatriotes ne le sauraient pas encore, il y a pire que la dictature聽: l鈥檃narchie. Et il y a plus tragique que l鈥檃narchie聽: la guerre civile. Et il y a plus affligeant que la guerre civile聽: le retour du colonialisme (鈥.).

Extraits 芦聽Aux sources de la conscience politique聽禄

Est-il besoin de rappeler qu鈥檃ucun ministre, aucun ambassadeur, aucun consul, aucun autre responsable tunisien, 脿 quelque niveau que ce soit, n鈥檃 os茅 d茅missionner, ni dans les premiers jours qui ont suivi le d茅part de Ben Ali, ni encore moins avant sa chute ne serait-ce que d鈥檜ne heure聽? Cet acte unique et de conscience, et non point cynique et politicien, est pass茅 sous silence聽; mes ennemis de tous bords ont m锚me r茅ussi, sur la Toile en g茅n茅ral et Facebook en particulier, 脿 vampiriser cette d茅mission historique par cet extrait de mon interview sur BFM.TV, en face d鈥檜n Jean-Jacques Bourdin qui avait, comme toujours avec ses invit茅s, le beau r么le du d茅fenseur de la veuve et de l鈥檕rphelin, du redresseur de torts. Rama Yade et Rachida Dati en savent quelque chose聽! (鈥).

(鈥) On l鈥檃ura compris, je n鈥檃i pas la pr茅tention d鈥櫭ヽrire ici l鈥檋istoire d鈥檜ne r茅volution tunisienne que de myst茅rieux 茅trangers, toujours par exotisme, ont baptis茅 芦 r茅volution du jasmin聽禄, alors que les Tunisiens voulaient l鈥檃ppeler par son v茅ritable nom聽: la 芦聽r茅volution de la dignit茅聽禄. J鈥檃i juste l鈥檌ntention de montrer sa face cach茅e, ses implications g茅opolitiques sur le reste du monde arabe聽; de r茅v茅ler ce que la majorit茅 ignore et ce qu鈥檜ne minorit茅 sait d茅j脿, mais n鈥檕se rien dire pour des raisons faciles 脿 deviner.

Cette histoire, comme celle de toutes les r茅volutions, il faut plusieurs ann茅es avant de l鈥櫭ヽrire. Il faut beaucoup de documents, plusieurs t茅moignages et d鈥檈nqu锚tes, des preuves irr茅futables, des confidences que seuls les principaux protagonistes 鈥搇es Tunisiens comme les 茅trangers- peuvent livrer. Rien de tout cela n鈥檈st totalement accessible pour le moment. Et pour cause聽: l鈥檋eure est pour certains 脿 la dissimulation de certaines archives compromettantes, pour d鈥檃utres, au mensonge, 脿 la course aux postes, au partage du pouvoir, 脿 la d茅sinformation et 脿 la manipulation de l鈥檕pinion publique. Il faudrait attendre la s茅quence postr茅volutionnaire pour pouvoir porter un regard lucide et objectif sur cette 芦聽r茅volution du jasmin聽禄 salu茅e par Obama et b茅nie par Qaradhawi聽et Oussama Ben Laden, avant son 茅limination bien synchronis茅e ! (鈥).

(鈥) Je craignais les r茅volutions parce que, bien souvent et aussi loin que l鈥檕n remonte dans l鈥檋istoire, elles ont conduit 脿 des r茅gimes encore plus r茅pressifs voire plus sanguinaires que les tyrannies qu鈥檈lles ont abattues. Il faut relire la R茅publique de Platon pour se rendre compte que la succession des r茅gimes ne va pas toujours dans le sens du pire vers le meilleur. Bien au contraire, chez Platon, c鈥檈st souvent la d茅mocratie qui enfante la tyrannie. Et il n鈥檡 a pas pire tyrannie que celle de la multitude. Polybe d茅signait le pouvoir de la foule par un concept que Platon n鈥檜tilisait pas, celui d鈥檕chlocratie. Malgr茅 la fermet茅 r茅publicaine et l鈥檃udace politique de B茅ji Ca茂d Essebsi, c鈥檈st sous un r茅gime ochlocratique (soumis 脿 la versatilit茅 de Facebook) que la Tunisie vit depuis janvier 2011, en attendant un retour 脿 la normale, mais sous la norme d茅mocratique, apr猫s les 茅lections du 23 octobre 2011 (..).

(鈥) Toute l鈥櫭﹍ite intellectuelle et politique avait donc encens茅 Ben Ali et salu茅 son arriv茅e au pouvoir. Mais pas moi. J鈥櫭﹖ais en effet l鈥檜n des rares 脿 ne pas faire de d茅claration et 脿 ne pas publier d鈥檃rticle, ni en sa faveur, ni contre lui. Ce n鈥櫭﹖ait gu猫re par clairvoyance ou pr茅monition, mais par subjectivit茅 et fatalisme. Par subjectivit茅, car le peu que je savais de lui par quelques rares archives et surtout par les t茅moignages de certains ministres de Bourguiba que je fr茅quentais 脿 Paris, ne m鈥檈ncourageait pas 脿 lui faire confiance. Par fatalisme, car je pr茅f茅rais que ce soit lui plut么t qu鈥檜n autre putschiste de l鈥檃rm茅e, ou islamiste du MTI car, et quoique l鈥檕n dise aujourd鈥檋ui, cette double menace n鈥櫭﹖ait pas virtuelle mais bien r茅elle.

Il est bon de rappeler cette v茅rit茅 historique car, maintenant que le r茅gime de Ben Ali s鈥檈st effondr茅, certains 芦聽grands t茅moins de l鈥檋istoire聽禄 ont tendance 脿 r茅adapter le pass茅 au go没t du jour et 脿 r茅ajuster les positions au gr茅 des circonstances. En novembre 1987, il y a bien eu une conspiration islamiste contre la R茅publique finissante de Bourguiba. Le 芦聽Groupe s茅curitaire聽禄 du commandant Mansouri avait bien l鈥檌ntention de renverser le r茅gime pour lui substituer un Etat purifi茅 et conforme aux lois coraniques. Que les services de police aient infiltr茅 ce groupe, que Ben Ali ait par la suite exploit茅 politiquement et m茅diatiquement ce complot, cela ne fait aucun doute. De l脿 脿 vouloir arranger l鈥檋istoire au profit d鈥檜n mouvement islamiste profond茅ment 芦聽pacifique聽禄 et qui n鈥檃 jamais recouru 脿 la violence dans son 芦聽combat d茅mocratique聽禄, il y a un pas que seuls les imposteurs et les opportunistes ont os茅 franchir (鈥).

Extraits 芦聽Mes quatorze mois 脿 l鈥橴NESCO聽禄

(鈥) Le lendemain, j鈥櫭﹖ais convoqu茅 au minist猫re des Affaires 茅trang猫res pour rencontrer Abdelwahab Abdallah. Ne lisant sur son visage aucun signe de joie pour moi, j鈥檃vais tout de suite compris que Ben Ali ne l鈥檃vait pas consult茅 avant de prendre sa d茅cision de me nommer. Je pense d鈥檃illeurs que, pour une fois, il n鈥檃vait consult茅 personne鈥γ l鈥檈xception peut-锚tre de son 茅pouse聽! Je n鈥檃vais en effet plus aucun doute sur le fait que Ben Ali ne d茅cidait plus de rien et que c鈥櫭﹖ait Leila Ben Ali qui dirigeait d茅j脿 le pays. Je pense aussi que, m锚me devant ce fait accompli, Abdallah avait essay茅 une ultime man艙uvre, par le biais de l鈥櫭﹑ouse pr茅cis茅ment, pour faire revenir Ben Ali sur sa d茅cision. En tout cas une chose est certaine, et c鈥檈st le Maghreb Confidentiel qui l鈥檃 clairement 茅crit聽脿 l鈥櫭﹑oque : la nomination de Mezri Haddad 芦serait intervenue contre l鈥檃vis du ministre des Affaires 茅trang猫res, Abdelwahab Abdallah聽禄(鈥)

(鈥) Si le d茅part d鈥橝bdelwahab Abdallah du minist猫re des Affaires 茅trang猫res fut pour moi d鈥檜n grand soulagement, l鈥檃rriv茅e 脿 la t锚te de ce minist猫re de Kamel Morjane provoqua en moi une joie immense. Pour une fois, la chance me souriait. Avec Abdallah comme ministre, je n鈥檃urais sans doute pas tenu un semestre. La nomination de Kamel Morjane, le 14 janvier 2010 茅tait un bon pr茅sage, pas seulement par rapport 脿 mon avenir imm茅diat, mais surtout par rapport au devenir du pays. Tous les observateurs tunisiens, l鈥檈nsemble des sp茅cialistes 茅trangers de la politique tunisienne savaient et disaient que Kamel Morjane faisait partie des successeurs tr猫s probables 脿 Ben Ali. Certains disaient m锚me qu鈥檜ne telle rel猫ve avait l鈥檃ssentiment des Am茅ricains et l鈥檃pprobation des Fran莽ais. Je ne connaissais pas personnellement Kamel Morjane, mais j鈥檃vais une tr猫s grande estime pour lui. Et pour cause (鈥).

(鈥) En quatorze mois pass茅es 脿 l鈥橴NESCO, je n鈥檃i jamais 茅t茅 invit茅 au moindre d卯ner organis茅 par mon coll猫gue Raouf Najar, jamais mis les pieds dans sa r茅sidence. Tout ambassadeur que j鈥櫭﹖ais, je n鈥櫭﹖ais pas plus important qu鈥檜n Fran莽ois Bennaceur, un Hosni Jemmali, un Pierre Besnainou, un Hakim Karoui,聽 un Ely猫s Jouini (deux brillants universitaires), un B茅chir Mana, un Ely猫s Ben Chedli, une Sonia Mabrouk, une Sonia Maktouf鈥ans parler des personnalit茅s fran莽aises qui sont connues dans les milieux des affaires, celui de la politique ou encore des m茅dias. Tel un paria, je devais rester 脿 l鈥櫭ヽart de la jet-set franco-parisienne. Un ex-opposant comme moi n鈥檃vait pas sa place parmi les 芦聽vrais acteurs du lobbying tunisien en France聽禄聽! Je devais rester 脿 l鈥櫭ヽart de ces cercles bien cadenass茅s dont la plupart des membres ont ralli茅 le mouvement r茅volutionnaire et sont m锚me devenu ministres au sein du gouvernement int茅rimaire.

Parmi les personnes que je viens de nommer, je n鈥檃i rencontr茅 qu鈥橢ly猫s Jouini, une seule fois lors de la remise de la L茅gion d鈥檋onneur qu鈥檌l a obtenue en 2010, Sonia Mabrouk, deux fois dont une au S茅nat, et Fran莽ois Bennaceur, que je n鈥檃i pas rencontr茅 chez Raouf Najar dont il est le voisin, mais chez Eric Besson. Plus exactement au minist猫re 脿 l鈥檌nterminable appellation, lors du premier 芦聽D卯ner citoyen聽禄, organis茅 par ce minist猫tre le 4 mai 2009, en l鈥檋onneur de l鈥檌ntelligentsia tunisienne ou franco-tunisienne en France. Il y avait quarante invit茅s dont Tarek Ben Ammar, Jean-Paul Fitoussi, Serge Moatti, Michel Boujenah, Claudia Cardinale, Albert Memmi, Hatem Ben Arfa, Sonia Mabrouk, Ely猫s Jouini, Moncef Cheikrouhou, Mehdi Houas, Samira Labidi, 鈥 l鈥櫭﹑oque, je n鈥櫭﹖ais pas encore ambassadeur, mais un intellectuel en bon terme avec le r茅gime, comme tous les tunisiens que je viens de citer(鈥).

Extraits 芦聽Les secrets de ma d茅mission de l鈥橴NESCO聽禄

(鈥) Avec la crise 茅conomique mondiale, je m鈥檃ttendais bien 脿 des remous sociaux en Tunisie, mais pas de cette ampleur. Fortement d茅pendante du syst猫me mondial, l鈥櫭ヽonomie tunisienne devait t么t ou tard en subir les contres coups. La Gr猫ce, le Portugal, l鈥橧rlande, l鈥橢spagne et d鈥檃utres pays n鈥檡 ont pas 茅chapp茅. A plus forte raison la Tunisie. Mais la sant茅 茅conomique de notre pays 茅tait nettement meilleure que celle de la Gr猫ce, pays europ茅en qui 茅tait en faillite totale et dont les deux plans de sauvetages d茅ploy茅s par l鈥橴nion europ茅enne et le FMI, 脿 coup de millions d鈥檈uros, n鈥檕nt pratiquement servi 脿 rien. Le Qatar, qui n鈥檃 pas donn茅 un dollar 脿 la Tunisie pour qu鈥檈lle r茅siste 脿 la crise, a offert 5 milliards d鈥檈uros 脿 la Gr猫ce, le 24 septembre 2010. Il a d茅bloqu茅 des milliards de dollars pour armer les 芦聽r茅volutionnaires聽禄 Libyens.(鈥)

(鈥) A l鈥檕rigine de ce qui n鈥櫭﹖ait encore qu鈥檜ne crise sociale et pas du tout une r茅volution, il y avait deux raisons majeurs聽: un ch么mage end茅mique qui touchait particuli猫rement les jeunes et un ras-le-bol g茅n茅ral des familles r茅gnantes, principalement des Trabelsi. Bien moins que Ben Ali, c鈥檈st cette famille qui catalysait tous les ressentiments et toutes les haines, pas seulement d鈥檃illeurs des classes d茅favoris茅s mais de toutes les couches sociales, des plus pauvres aux plus fortun茅es. C鈥檈st le moment d鈥檈xpliquer aux lecteurs l鈥檋istoire du 芦聽contre complot聽禄 dans laquelle je me sentais partie prenante (鈥).

(鈥) Ben Ali n鈥檃vait certainement pas l鈥檌ntention de l芒cher le pouvoir avant sa disparition naturelle聽; comme tous les chefs d鈥橢tat arabes, il s鈥檌nqui茅tait beaucoup plus de la vie apr猫s le pouvoir que de la vie apr猫s la mort. Cette d茅cision stupide d鈥檃ppeler, d猫s 2010, Ben Ali 脿 se repr茅senter en 2014, avait pour objectif de faire taire cette rumeur insens茅e selon laquelle son 茅pouse prendrait sa succession. Mais, 茅tait-ce seulement une rumeur聽?(鈥).

(鈥) D猫s lors, tout devait 锚tre entrepris pour faire avorter ce complot contre la R茅publique. Silencieusement mais r茅solument contre cette 芦聽alternance聽禄 humiliante, certains cadres et militants du RCD 鈥搎u鈥檕n accuse tous aujourd鈥檋ui de trahison- 茅taient conscients du danger. Il en va de m锚me de certains hauts fonctionnaires du minist猫re de l鈥橧nt茅rieur, comme de certains hommes d鈥檃ffaires influents, dont principalement Kamel Elta茂ef. Craignant les foudres du palais et d鈥櫭﹙entuelles purges, je suis persuad茅 qu鈥檌ls attendaient tous le moment opportun pour agir contre cette succession voulue par Leila et approuv茅e par un Ben Ali compl猫tement envo没t茅 par son 茅pouse et diminu茅 par la maladie (鈥).

(鈥) Les Tunisiens ne doivent jamais oublier qu鈥檃vant la r茅volution dite du jasmin, le choix 茅tait entre le comique (Sakhr el-Matri) et le tragique (Leila Ben Ali), entre un leurre qui surfait d茅j脿 sur la vague de l鈥檌slamisme 芦聽mod茅r茅聽禄 et une inculte qui a fait le r锚ve d鈥橢va Peron apr猫s avoir d茅velopp茅 les vices d鈥橧melda Marcos. A mon petit niveau d鈥檌ntellectuel engag茅, puis d鈥檃mbassadeur, j鈥檃vais fait le choix politique de soutenir Kamel Morjane. J鈥檃vais l鈥檌ntime conviction qu鈥檃vec un tel diplomate 脿 la pr茅sidence, rien ne serait plus jamais comme avant. A mes yeux, il 茅tait porteur de cette transition pacifique et authentiquement d茅mocratique 脿 laquelle aspirait la soci茅t茅 tunisienne. En une ann茅e 脿 la t锚te des Affaires 茅trang猫res, il avait rendu 脿 ce minist猫re le dynamisme, l鈥檈fficacit茅 et le prestige qu鈥檌l avait 脿 l鈥櫭﹑oque de Bourguiba, notamment sous le minist猫re de Mohamed Masmoudi, Habib Chatti, Hassen Belkhodja, Mahmoud Mestiri, B茅ji Ca茂d Essebsi, H茅di Mabrouk (鈥).

(鈥) Le discours de Ben Ali le 13 janvier aurait pu me convaincre et me faire renoncer 脿 la d茅mission. Apr猫s tout, il avait fait toutes les concessions possibles et il 茅tait suffisamment fragilis茅 pour provoquer, dans la panique, le processus d茅mocratique qu鈥檌l pouvait, depuis longtemps, amorcer dans la s茅r茅nit茅, s鈥檌l avait 茅cout茅 les bons conseils. Bochra Belhadj Yahia, Mustapha Ben Jaafar, Ahmed N茅jib Chebbi et bien d鈥檃utres聽 leaders politiques, syndicalistes ou intellectuels ont salu茅 ce 芦聽discours historique聽禄 qui 芦聽ouvre des perspectives聽禄. Ces deux derniers, pour lesquels j鈥檃i toujours eu une grande estime, avaient d茅clar茅 dans la matin茅e du 14 janvier, au moment m锚me o霉 ma d茅mission 茅tait d茅j脿 publique, qu鈥檌ls prenaient acte du discours 芦聽positif聽禄 de Ben Ali et qu鈥檌ls 茅taient pr锚ts 脿 composer avec lui pour entamer tout de suite les r茅formes n茅cessaires. C鈥櫭﹖ait une position responsable,聽 courageuse et patriotique de la part de ces deux opposants -cit茅s dans ma lettre de d茅mission-, qui 茅taient conscients de la gravit茅 du moment et soucieux des int茅r锚ts sup茅rieurs de l鈥橢tat. Mais pour moi, ce que Ben Ali avait d茅clar茅 dans son discours n鈥櫭﹖ait pas suffisant et ne tenait pas compte de mes conseils聽: il n鈥檃vait pas dit un seul mot, pas fait une seule allusion aux Trabelsi, encore moins 脿 son 茅pouse bien aim茅e. En d鈥檃utres termes, l鈥檕rigine du mal 茅tait 茅pargn茅e (鈥).

(鈥) Je sais qu鈥檃pr猫s la chute de Ben Ali, plusieurs de ses proches collaborateurs, ou certains聽 communicants arriv茅s de Paris, ont pr茅tendu lui avoir conseill茅 de l芒cher les Trabelsi. Je n鈥檈n sais rien du tout. Je sais par contre que ma d茅claration en six points, au premier rang desquels l鈥檃rrestation d鈥橧med et Belhassen Trabelsi, a 茅t茅 rendue public dans les m茅dias fran莽ais une demi-journ茅e avant le d茅part de Ben Ali. Aujourd鈥檋ui, avec le recul, je ne suis m锚me plus certain qu鈥檌l aurait pu sauver son pouvoir en mettant les Trabelsi en prison. Pourquoi聽? Parce que la d茅cision de l芒cher Ben Ali avait d茅j脿 茅t茅 prise par Washington et que plus rien ne pouvait arr锚ter l鈥檌mplacable et discr猫te machine am茅ricaine聽! Ainsi finissent les valets de la Maison Blanche (鈥).

(鈥) En d茅missionnant avant la chute de Ben Ali, je n鈥檃i pas pens茅 脿 ma carri猫re diplomatique, ni 脿 mon avenir politique, ni m锚me 脿 la s茅curit茅 de mes proches. Six jours apr猫s cette d茅mission, 脿 la sortie de l鈥檌mmeuble pour se rendre 脿 son coll猫ge, ma fille a卯n茅e (13 ans) a 茅t茅 d鈥檃illeurs interpell茅e par trois individus de 芦聽type maghr茅bin聽禄, comme on dit en France, qui lui ont demand茅 si elle 茅tait 芦聽la fille de Haddad聽禄. C鈥櫭﹖ait dans la matin茅e du 20 janvier 2011. Le lendemain, j鈥檃i d茅pos茅 plainte aupr猫s du parquet du procureur de la R茅publique. C鈥檈st ainsi que nous avons 茅t茅 plac茅s sous la protection des services sp茅ciaux de la police fran莽aise 24h sur 24h, durant un mois. (鈥)

(鈥) C鈥檈st que ma d茅mission a 茅t茅 consid茅r茅e par Ben Ali, par certains membres de son gouvernement, par les miliciens du RCD et par certains 芦聽diplomates de carri猫re聽禄, comme un acte de haute trahison. Ma d茅mission, qui avait aussi mis en danger ma famille en Tunisie et dont on peut s鈥檌maginer les cons茅quences si Ben Ali n鈥檃vait pas 茅t茅 chass茅 du pouvoir le 14 janvier, exprimait mon aveu d鈥櫭ヽhec聽: celui de n鈥檃voir pas r茅ussi 脿 convaincre Ben Ali de cesser le massacre des manifestants et de se d茅barrasser d茅finitivement de cette racaille de Trabelsi. Elle signifiait aussi que ma pr茅sence au sein de l鈥橴NESCO n鈥檃vait plus aucun sens et pas la moindre utilit茅. Parce que beaucoup ne l鈥檕nt pas lu, en voici le texte int茅gral tel qu鈥檌l a 茅t茅 reproduit par le quotidien Le Monde (鈥)

(鈥) C鈥檈st dans la nuit du 13 janvier 2011 que j鈥檃i r茅dig茅 cette lettre de d茅mission, et c鈥檈st le lendemain 脿 7h20 que je l鈥檃i envoy茅e par t茅l茅faxe, de mon bureau 脿 l鈥橴NESCO, au pr茅sident Ben Ali. Mon ami S.K. 鈥搎ui est libre de r茅v茅ler son identit茅 ou de se taire- 茅tait pr茅sent. J鈥檃i d鈥檃bord appel茅 le standard de Carthage (71742911) et demand茅 脿 parler au pr茅sident. A ma grande surprise, on me l鈥檃 pass茅 tout de suite. Surpris, car g茅n茅ralement, le standardiste ou le cabinet vous r茅pond 芦聽on vous rappellera plus tard聽禄. S.K. a 茅cout茅 toute cette conversation entre Ben Ali et moi. Le pr茅sident ne me semblait pas du tout stress茅 ou paniqu茅. Bien au contraire, il 茅tait calme et avait l鈥檃ir serein et confiant. En ne pronon莽ant pas le mot d茅mission, je lui ai dit聽:聽芦聽J鈥檃i deux feuilles 脿 vous envoyer d鈥檜rgence monsieur le pr茅sident. Je vous prie de ne pas en confier la lecture 脿 vos conseillers mais de le faire vous-m锚me聽禄. Sans perdre son calme, il m鈥檃 r茅pondu聽: 芦J鈥檈sp猫re qu鈥檌l n鈥檡 a rien de grave (in challah qu卯r). J鈥檃i d茅j脿 cong茅di茅 ceux auxquels vous pensez. Je vais personnellement lire votre message聽禄. 芦聽Puis-je avoir votre num茅ro personnel聽?聽禄, lui ais-je alors demand茅. 芦聽Mais vous ne l鈥檃vez pas聽?禄 m鈥檃-t-il r茅pondu. 芦聽Non Monsieur le Pr茅sident, je ne l鈥檃i jamais eu聽禄. Je l鈥檃i alors entendu demander 脿 quelqu鈥檜n de lui rappeler le num茅ro en question. C鈥檈st le 芦聽71聽997聽737聽禄, m鈥檃-t-il dit en ajoutant 芦聽j鈥檃ttends votre t茅l茅faxe. De toute fa莽on, je comptais vous appeler aujourd鈥檋ui m锚me pour vous dire de rentrer, car j鈥檃i des choses importantes 脿 vous dire聽禄 (鈥).

Extraits 芦聽La chute de Ben Ali 茅tait programm茅e聽禄

(鈥) Certains responsables Tunisiens 茅taient tout 脿 fait conscients de la col猫re sociale qui se profilait, mais personne n鈥檃 vu venir la 芦聽r茅volution聽禄 du 14 janvier. A l鈥檈xception des deux pays qui ont tr猫s largement contribu茅 脿 sa provocation 鈥 c鈥檈st-脿-dire 脿聽 transformer une r茅volte sociale en r茅volution politique-, et des ren茅gats qui 茅taient 脿 leur solde, aucun autre pays du monde, aucun centre de g茅opolitique, aucun strat猫ge n鈥檃 pr茅vu l鈥櫭ヽroulement de 芦聽l鈥檌nvuln茅rable聽dictature polici猫re聽禄 avec une rapidit茅 aussi d茅concertante. Pour moi, ces deux pays sont les Etats-Unis et la royaut茅 du Qatar (鈥).

(鈥) Comme je vais le d茅montrer dans les chapitres prochains, la reconfiguration du monde arabe est un plan g茅ostrat茅gique qui a 茅t茅 con莽u par les n茅oconservateurs sous la pr茅sidence de George W. Bush, et qui a 茅t茅 int茅gralement repris par Obama d猫s son arriv茅e 脿 la Maison Blanche. Barack Hussein Obama, la colombe aux ailes de faucon, et sa Secr茅taire d鈥橢tat Hillary Rodham Clinton, l鈥檋irondelle du 芦聽printemps arabe聽禄, n鈥檃ttendaient que le moment opportun pour provoquer le 芦聽chaos cr茅atif聽禄 dans le monde arabe (鈥).

(..) Ce n鈥櫭﹖ait donc pas une r茅volution de la mis猫re, comme on a voulu le faire croire, mais une r茅volution de la prosp茅rit茅 et de la croissance mal r茅partie entre les diff茅rentes couches sociales et entre les diff茅rentes r茅gions du pays. Ce n鈥櫭﹖ait pas une 芦聽r茅volution du jasmin聽禄, mais de la libert茅 et de la dignit茅. Plut么t que la fausse gifle de Mohamed Bouazizi, c鈥檈st le soul猫vement des ouvriers du bassin minier de Gafsa, au d茅but de l鈥檃nn茅e 2008, qui aurait d没 d茅clencher la r茅volution tunisienne. Mais 脿 ce moment-l脿, les plans de Washington 茅taient encore 脿 l鈥櫭﹖ude聽et l鈥檃rm茅e n鈥檃vait pas d鈥櫭﹖at d鈥櫭e pour r茅tablir l鈥檕rdre ! (鈥)

(鈥) Ainsi, lorsque le pacifisme subversif ne produit pas les effets escompt茅s (Tunisie, Egypte), on passe alors au plan B聽: le bellicisme graduel (Libye, Syrie, Y茅men), qui consiste 脿 payer des mercenaires, y compris les barbares d鈥橝l-Qa茂da, pour attaquer d鈥檌nnocents civils et en faire endosser la responsabilit茅 aux forces de l鈥檕rdre qui ont d茅j脿 beaucoup de sang sur les mains. Tout cela pour l茅gitimer ensuite une intervention militaire de l鈥橭TAN, au nom de l鈥檌ng茅rence humanitaire, pour employer une expression ch猫re 脿 Bernard Kouchner. L鈥檌ntervention militaire fran莽aise en Libye, sous le 芦聽commandement聽禄 philosophique du nouveau Clausewitz fran莽ais, Bernard-Henri L茅vy, co没te 脿 la France 1 millions d鈥橢uros par jour. A moins que la facture soit pay茅e par le Qatar, on esp猫re un retour sur investissement apr猫s la chute de Kaddafi. Mais qui a mandat茅 BHL pour se substituer au Quai d鈥橭rsay聽? Par qui a-t-il 茅t茅 茅lu pour entra卯ner la France dans une guerre qui n鈥櫭﹖ait pas dans son int茅r锚t mais dans celui des Etats-Unis聽? Monsieur Sarkozy a fait en Libye ce que Jacques Chirac a toujours refus茅 de faire en Irak. Les forces de l鈥橭TAN ne se sont pas gendarm茅es pour prot茅ger les civils libyens de leur dictateur, qui est effectivement un sanguinaire, mais pour d茅truire l鈥檃rm茅e nationale au profit des groupes qui ne sont pas des r茅volutionnaires mais des r茅actionnaires et des int茅gristes 脿 la solde du Qatar, des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France et de la Turquie. L鈥檈njeu est 茅videmment la d茅mocratie chez Kaddafi, c鈥檈st-脿-dire le partage 茅quitable des richesses de la Libye entre ces cinq pays, plus exactement entre les multinationales qu鈥檌ls contr么lent. La France ne s鈥檈st engag茅e dans cet exaltant combat pour les 芦聽droits de l鈥檋omme聽禄 qu鈥檃pr猫s avoir eu l鈥檃ssurance du CNT qu鈥檜ne fois la Libye 芦聽ind茅pendante聽禄, c鈥檈st-脿-dire mise sous protectorat occidental, elle aura sa part 芦聽l茅gitime聽禄 du p茅trole libyen (鈥).

(鈥) A la suite du second congr猫s, tenu 脿 Mexico du 15 au 16 octobre 2009, o霉 Hillary Clinton s鈥檈st personnellement d茅plac茅e, et auquel ont assist茅 beaucoup d鈥檌nternautes arabes y compris des Tunisiens, Eva Golinger a 茅crit ce commentaire on ne peut plus clair聽: 芦聽Ce sommet a鈥assembl茅 des experts en nouvelles technologies et r茅seaux sociaux, comme Facebook, Twitter et YouTube, ainsi que des fonctionnaires des agences de Washington, sp茅cialistes dans la subversion et la d茅stabilisation de gouvernements non inf茅od茅s 脿 l鈥檃genda de Washington. Le but 茅tait de former ces jeunes 脿 l鈥檜sage des r茅seaux sociaux pour promouvoir des actions politiques contre leur gouvernement聽禄. En d鈥檃utres termes, former les leaders de la blogosph猫re aux techniques des renversements de r茅gimes par la non-violence (鈥).

(鈥) Si puissants soient leurs moyens financiers et technologiques, je ne pense pas que ce soient les Etats-Unis qui aient fait la 芦聽r茅volution du jasmin聽禄. Ils l鈥檕nt juste conjectur茅e, provoqu茅e et accompagn茅e. Celle-ci a 茅t茅 faite par mes jeunes compatriotes, qui y 茅taient psychologiquement et moralement pr茅dispos茅s tant l鈥檌njustice, la pr茅varication et le ch么mage 茅taient intol茅rables. R茅duits 脿 des Moutons de Panurge ou 脿 des idiots utiles, certains jeunes Tunisiens, intellectuellement vuln茅rables et politiquement inexp茅riment茅s, ont 茅t茅 芦聽pavlovis茅s聽禄, hypnotis茅s m锚me par des groupes et des individus qui 茅taient tout sauf des Tunisiens聽! Faire que le sentiment d鈥檃ppartenance 脿 la communaut茅 Facebook soit plus fort que le sentiment d鈥檃ppartenance 脿 la communaut茅 nationale, tel est le g茅nie des strat猫ges de la mondialisation, cet autre nom de l鈥檌mp茅rialisme. Ce qui s鈥檈st pass茅e en Tunisie est sans doute la premi猫re cyber-r茅volution de l鈥檋istoire, mais c鈥檈st aussi la toute premi猫re r茅volution cosmopolite et multinationale. Je ne parle 茅videmment pas du moment physique de la r茅volution mais de sa s茅quence virtuelle et de son accompagnement logistique et politico-m茅diatique. Pour 锚tre clair, des conseillers am茅ricains dirigeaient les actions en temps r茅el, notamment Alec Ross, l鈥檃rchitecte de la 芦聽diplomatie digitale 2.0聽禄 (鈥).

(鈥) En Tunisie, les premi猫res images des manifestants impitoyablement tu茅s par balles, notamment dans la ville de Kasserine, 芦聽ont sans doute repr茅sent茅 le point de non-retour pour cette crise sociale devenue r茅volution politique, et c鈥檈st incontestablement l鈥檈ffet Facebook聽禄, 茅crit 脿 juste titre Pierre Haski. On sait maintenant qui a film茅 ces sc猫nes et, surtout, qui les a exploit茅es pour envoyer聽 la jeunesse tunisienne se faire tuer. De m锚me que l鈥檕n sait qui a menti sur les raisons du suicide de Mohamed Bouazizi, qui a invent茅 la gifle, qui a fait de lui un bac plus 4, qui a invent茅 le mythe du 芦聽G茅n茅ral qui a os茅 dire non 脿 Ben Ali聽禄 et qui a lanc茅 l鈥檌ntox des 芦聽snipers聽禄 qui visaient les manifestants鈥tc. Par contre, on ne sait toujours pas ce que sont devenu les 芦聽5 snipers isra茅liens聽禄聽 arr锚t茅s en plein Tunis. On n鈥檃, en effet, plus jamais parl茅 de 芦聽l鈥檃rrestation de 5 snipers isra茅liens聽禄, une 芦聽information聽禄 diffus茅e le 19 janvier 2011 sur dailymotion et reprise en boucle par Al-Jazeera聽? Pourquoi聽? Tout simplement parce qu鈥檌ls n鈥櫭﹖aient pas des isra茅liens mais des occidentaux. Ce n鈥檈st pas Ben Ali qui les a sollicit茅s, mais leur gouvernement qui les a envoy茅s en mission pour semer la panique et la pagaille en Tunisie聽; un avant-go没t de ce qui se passera plus tard en Syrie et en Libye, o霉 on a d鈥檃illeurs parl茅 d鈥檃rmes isra茅liennes livr茅es 脿 Kaddafi, une d茅sinformation lanc茅e 脿 partir de l鈥檕fficine anglo-am茅ricain 脿 Doha聽: Al-Jazeera (鈥).

Extraits 芦聽T茅moignage embarrassant d鈥檜n cyberdissidant聽禄聽

(鈥) Ces jeunes sont le produit de 23 ans de politique d鈥檃brutissement g茅n茅ralis茅e, de nivellement par le bas, d鈥檈nseignement 茅cul茅, de d茅politisation syst茅matique, de d茅culturation,聽de laxisme moral. Ils sont la g茅n茅ration Ben Ali (18 脿 30 ans)聽: une jeunesse accultur茅e, globalis茅e, d茅cervel茅e, format茅e, jouisseuse, mat茅rialiste, opportuniste, sans rep猫res identitaires, politiquement vuln茅rable, intellectuellement superficielle鈥out le contraire des g茅n茅rations pr茅c茅dentes聽: de l鈥橴GET 脿 Perspectives, en passant par Al-Choul芒, Al-Amal Attounsi, Al-Watad, les panarabes, les nass茅riens鈥tc. Je parle de cette jeunesse embourgeois茅e et branch茅e et non pas de la majorit茅 des jeunes Tunisiens de conditions moyenne ou modeste聽; cette jeunesse bosseuse, ambitieuse, enracin茅e, qui s鈥檌dentifie au patrimoine civilisationnel et culturel du pays, aux causes arabes, aux h茅ros du combat pour l鈥檌nd茅pendance, aux fondateurs de l鈥橢tat post-colonial qui ont conduit la lutte contre l鈥檌gnorance et le sous d茅veloppement. Cette jeunesse l脿, qui a 茅t茅 脿 la bonne 茅cole du patriotisme, a 茅t茅 manipul茅e par une minorit茅 agissante, une poign茅e d鈥檌nternautes-leaders, qui ont 茅t茅 脿 la bonne 茅cole de CANVAS, de l鈥橴SAID, de la NED, de la NDI, de l鈥橧RI, de la Freedom House et de l鈥Open Society Institute. (鈥)

Extraits 芦聽Al-Jazeera, une cha卯ne pour esclaves聽禄聽聽聽聽聽

(鈥) En moins de cinq ans, Al-Jazeera est devenue pour le public arabe une cha卯ne sacr茅e. C鈥檈st quasiment la voix d鈥橝llah qui s鈥檈xprimait par Al-Jazeera. Pour des spectateurs habitu茅s depuis toujours 脿 leurs t茅l茅visions nationales inconsistantes et soumises au pouvoir, la v茅rit茅 ne pouvait venir que de la cha卯ne qatarie. C鈥檈st en disant les v茅rit茅s que nulle autre t茅l茅vision n鈥檕sait dire, que cette cha卯ne a r茅ussi 脿 se constituer un capital confiance et une cr茅dibilit茅 comme nulle part ailleurs. La m茅thode d鈥橝l-Jazeera est d鈥檜ne redoutable efficacit茅聽: sur dix informations, on glisse une intoxe聽; sur dix v茅rit茅s, on fait passer un mensonge. Ainsi, tout ce que r茅v茅lait Al-Jazeera 茅tait parole biblique, parole coranique pour 锚tre plus pr茅cis. Al-Jazeera avait un pouvoir hypnotique sur ses t茅l茅spectateurs. C鈥檈st par addiction qu鈥檕n regardait cette cha卯ne – dans le double sens du terme-, comme si l鈥檕n rendait un culte 脿 une idole. Depuis Mohamed, que la paix soit sur lui, les Arabes n鈥檃ttendaient plus de proph猫te. Mais celui-ci s鈥檈st r茅incarn茅 en la 芦聽personne聽禄 d鈥橝l-Jazeera, la nouvelle Kibla des musulmans.(鈥)

(鈥) D猫s sa naissance, Al-Jazeera a men茅 sans cesse une campagne d鈥檌ntimidation et de d茅sinformation contre la Tunisie, sous le pr茅texte fallacieux de d茅fendre la d茅mocratie et les droits de l鈥檋omme, dont le Qatar est l鈥檌ncarnation parfaite, comme chacun sait. Non point que toutes les informations sur la Tunisie 茅taient fausses. Bien au contraire et bien malheureusement, elles correspondaient souvent 脿 la r茅alit茅. Mais elles 茅taient toutes id茅ologiquement orient茅es selon un plan politique imparable聽: jeter syst茅matiquement le discr茅dit sur un pouvoir diabolis茅, en se livrant 脿 la sanctification continuelle d鈥檜ne opposition martyris茅e. Tout le monde savait que les vrais patrons de cet Etat-T茅l茅vision, le roitelet Hamad Ibn Khalifa Al Thani et son cousin et beau-fr猫re, qui lui sert de Mazarin, Hamad Ibn Jassim Ibn Jaber Al Thani, faisaient chanter la Tunisie selon leurs propres int茅r锚ts financiers et leur propre agenda politique. Ils usaient de la m锚me m茅thode et de la m锚me tactique vis-脿-vis de l鈥橝rabie Saoudite, de l鈥橢gypte et de l鈥橝lg茅rie, pays qu鈥檌ls voulaient faire plier 脿 leur volont茅, notamment en cherchant 脿 r茅duire la libert茅 de l鈥橢tat alg茅rien 脿 n茅gocier sur le march茅 international les prix du gaz. L鈥檕pposition tunisienne, arbitrairement priv茅e de parole en Tunisie, comme les autres opposants des pays arabes, n鈥檃vait pas d鈥檃utres choix que de se pr锚ter 脿 ce jeu dont elle n鈥櫭﹖ait pas dupe. Quant 脿 l鈥檕pposition islamiste, les locaux d鈥橝l-Jazeera 茅taient pour elle une r茅sidence secondaire.(鈥)

(鈥) La mort du jeune Bouazizi, le 4 janvier, ne sera pas pour les journalistes-pr茅dicateurs d鈥橝l-Jazeera聽 une trag茅die mais du pain b茅ni, l鈥檕ccasion r锚v茅e pour d茅stabiliser la Tunisie. Qaradhaoui appelait publiquement au martyr et 脿 芦聽la guerre sainte contre le tyran聽禄, comme il lancera quelques semaines plus tard une fatwa pour tuer Kaddafi. Mais au sujet des manifestations au Bahre茂n, cet imam pharisien d茅clarera qu鈥檈lles sont 芦聽sectaires et anti-islamiques聽禄聽! Il faut savoir que depuis le coup d鈥橢tat de l鈥櫭﹎ir Ubu contre son propre p猫re, Qaradhaoui est devenu la caution id茅ologique du r茅gime qu鈥檌l pr茅sente comme 芦聽wahhabiste-r茅formiste聽禄, par opposition au wahhabisme saoudien, l鈥檈nnemi 脿 abattre. Non point pour concurrence id茅ologique, mais parce que le Qatar est pour l鈥橝rabie Saoudite ce que le Koweit a 茅t茅 pour l鈥橧rak聽: une cr茅ation artificielle anglaise.

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 Dans la 芦聽couverture聽m茅diatique 禄 des 茅v茅nements en Egypte, en Libye, au Y茅men et en Syrie, Al-Jazeera proc茅dera exactement de la m锚me fa莽on et selon le m锚me agenda politique. Pire encore, dans le cas libyen et syrien, la cha卯ne qatarie va carr茅ment se transformer en QG de propagande des services anglo-am茅ricains, en inventant de toute pi猫ce des horreurs pour susciter l鈥檌ndignation populaire et provoquer l鈥檌nsurrection. Nous le savons depuis Sun Tzu, en temps de guerre, tous les moyens sont bons pour d茅truire l鈥檈nnemi.(鈥)

(鈥) Ce n鈥檈st pas en regardant ce qui s鈥檈st pass茅 en Tunisie qu鈥檕n comprendra ce qui va plus tard se produire en Egypte, en Libye, au Y茅men et en Syrie, mais plut么t le contraire聽: il s鈥檃git d鈥檕bserver ce qui s鈥檈st pass茅 en Egypte, en Libye, au Y茅men et en Syrie, pour comprendre ce qui s鈥檈st r茅ellement pass茅 en Tunisie. Autrement dit, d鈥檃nalyser le traitement m茅diatique de ces quatre pays par la cha卯ne de t茅l茅vision Al-Jazeera. L鈥檈rreur analytique de mes compatriotes, c鈥檈st qu鈥檌ls ont jug茅 leur r茅volution 脿 partir du prisme tuniso-tunisien. Erreur analytique et non gu猫re politique, car le d茅part de Ben Ali et de la mafia qu鈥檌l prot茅geait fut une mesure d鈥檋ygi猫ne politique salutaire pour le pays, je dirais m锚me une mesure d鈥檋ygi猫ne tout court. Mais c鈥檈st en pla莽ant le cas de la Tunisie dans son contexte g茅opolitique maghr茅bin et arabe en g茅n茅ral, que l鈥檕n saisira l鈥檌mpact r茅el et toute l鈥檃mpleur g茅ostrat茅gique de la r茅volution tunisienne.(鈥)

Extraits 芦聽Divinit茅 am茅ricaine et proph茅tie islamiste聽禄

(鈥) C鈥檈st dans un long article paru dans Le Monde (26 avril 2009) sous le titre de la 芦聽Vampirisation de l鈥檌slam聽禄, que j鈥檃i clairement exprim茅 la tentation am茅ricaine de composer avec l鈥檌slamisme, y compris dans sa version la plus hideuse, 脿 savoir les Talibans. J鈥櫭ヽrivais alors聽: 芦聽Puisque l鈥橝m茅rique de Bush a 茅t茅 incapable de d茅sint茅grer la secte barbare des talibans, celle d鈥橭bama s鈥檃ppr锚terait-elle 脿 la r茅int茅grer鈥? Jour apr猫s jour, cette tentation de l鈥檌nt茅grisme int茅gr茅 semble probante聽禄. J鈥檃i 茅t茅 frapp茅 脿 l鈥櫭﹑oque d鈥檈ntendre Hillary Clinton invoquer la n茅cessit茅 de dialoguer avec 芦聽les talibans mod茅r茅s聽禄聽(avril 2009) ! En lisant le livre de Madeleine Albright, Dieu, l鈥橝m茅rique et le monde, j鈥檃i compris que la volont茅 am茅ricaine d鈥檌nt茅grer l鈥檌nt茅grisme 茅tait d鈥檃utant plus forte qu鈥檈lle existait d茅j脿 dans les choix strat茅giques de Bill Clinton. J鈥檃i r茅alis茅 que madame Albright d茅fendait implicitement cette position qu鈥檕n peut r茅sumer ainsi聽: au nom de la d茅mocratie et de la sp茅cificit茅 culturelle des peuples, si les musulmans sont majoritairement pour l鈥檌slamisme au pouvoir, il faut les laisser faire, 脿 condition de les contenir dans leurs limites g茅ographiques. Apr猫s tout, si ces peuples l脿 choisissent les islamistes, c鈥檈st leur affaire (islam), pas la n么tre (business). En d鈥檃utres termes, sortir du Choc des civilisations, non point par un processus inclusif des civilisations, avec pour id茅al et rep猫re une Civilisation humaniste et universelle dans laquelle se reconna卯traient tous les peuples de la terre, ni d鈥檃illeurs par un processus exclusif, mais par une esp猫ce de d茅marcation positive. Eux c鈥檈st eux et nous c鈥檈st nous. Ou, comme l鈥櫭ヽrivait d茅j脿 Kipling, 芦聽L鈥橭rient c鈥檈st l鈥橭rient et l鈥橭ccident c鈥檈st l鈥橭ccident, jamais ils ne se rencontreront聽禄.(鈥)

(鈥) Parce qu鈥檌ls ont 茅t茅 pr茅alablement brief茅s par des communicants anglo-saxons, tous parlent d鈥檃ppliquer un islamisme 芦聽mod茅r茅聽禄 脿 l鈥檌mage de l鈥橝KP聽! Mais cet islamisme 芦聽light聽禄 ne risque pas de voir le jour en Egypte ou en Tunisie, pour la simple raison que l鈥橝KP n鈥檃 pas choisi d鈥櫭猼re ce qu鈥檌l est聽! Il y a 茅t茅 contraint聽et forc茅 : par une R茅publique r茅solument la茂que, par une arm茅e qui veille 脿 l鈥檋茅ritage du franc ma莽on Mustapha Kemal, et par une soci茅t茅 civile dynamique et fortement politis茅e. De plus, l鈥橝KP s鈥檈st adapt茅 脿 une tradition d茅mocratique qui existait d茅j脿 en Turquie, ce qui n鈥檈st pas le cas de la Tunisie ou de l鈥橢gypte. L鈥橝KP est 脿 l鈥檕rigine un rassemblement de plusieurs tendances politiques, des plus conservatrices aux plus progressistes, ce qui n鈥檈st pas le cas d鈥橢nnahda. Les ambitions h茅g茅moniques de l鈥橝KP sont par ailleurs constamment battues en br猫che par le puissant CHP, le Parti r茅publicain du peuple que Mustapha Kemal a fond茅 en 1923. Le parti fond茅 par Bourguiba en 1934, et qui aurait pu jouer, face 脿 Ennahda, le m锚me r么le du CHP face 脿 l鈥橝KP, a 茅t茅 tout simplement d茅capit茅.(鈥)

(鈥) Ce qui suscite ma crainte, ce n鈥檈st pas seulement la horde pr茅cis茅ment聽 talibanesque qui sillonne la Tunisie et d茅figure jusqu鈥櫭 sa capitale. Ce qui m鈥檌nqui猫te davantage, c鈥檈st l鈥檌slamisme new look, l鈥檌slamisme 芦聽Lacoste聽禄, comme l鈥檃 un jour ironiquement appel茅 Salah Karkar, par allusion 脿 cette grande marque d鈥檋abit. C鈥檈st le nouveau prototype de l鈥檌slamiste bien ras茅 et bien d茅guis茅 en costume-cravate anglais. C鈥檈st l鈥檌slamisme d茅caf茅in茅 qui m鈥檈mp锚che de dormir. J鈥檃i toujours pens茅 et 茅crit qu鈥檃vant d鈥櫭猼re une tenue vestimentaire ou un discours politico-religieux, l鈥檌slamisme est d鈥檃bord un 茅tat d鈥檈sprit. C鈥檈st pour cela que je consid茅rais, et que je consid猫re toujours, que la Tunisie et le monde arabe en g茅n茅ral, pouvaient faire l鈥櫭ヽonomie d鈥檜ne r茅volution politique, mais s没rement pas d鈥檜ne r茅volution culturelle. 芦聽L芒 youbaddilou Allahou bi qaymin hatt芒 youbaddilou m芒 bi anfousihim聽禄, enseigne le Coran (Sourate XIII, verset 2).

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 Les Etats-Unis ont d茅cid茅 de jouer la carte islamiste, pas seulement pour la Tunisie, la cellule m猫re du 芦聽printemps arabe聽禄, le laboratoire d鈥檈ssai, la rampe de lancement, mais pour l鈥檈nsemble des pays vis茅s par ces 芦聽r茅volutions 2.0聽禄 et qui 茅taient d茅j脿, sous George W.Bush, s茅lectionn茅s pour configurer le Grand Moyen Orient (GMO). En termes de g茅opolitique, les Am茅ricains cherchent 脿 constituer en M茅diterran茅e un Arc g茅ostrat茅gique sunnite, qui partirait du Maroc jusqu鈥檈n Turquie, en passant par l鈥橝lg茅rie, la Tunisie, la Libye, l鈥橢gypte, le Liban, la Syrie et le futur Etat jordano-palestinien聽! Avec le Pakistan, l鈥橝fghanistan, l鈥橝rabie Saoudite et les autres p茅tromonarchies, l鈥橧ran chiite sera ainsi d茅finitivement isol茅e, le p茅trole sera bien gard茅 et la foi des musulmans, bien conserv茅e.(鈥)

(鈥) Cette strat茅gie n鈥檈st pas le fruit d鈥橦untington mais de Bernard Lewis, le c茅l猫bre islamologue qui d茅testait Edward Sa茂d et qui a commenc茅 sa carri猫re universitaire en tant que conseiller des services secrets britanniques pour les affaires turques, dont il est un fin connaisseur. C鈥檈st ainsi qu鈥檌l est devenu, jusqu鈥櫭 ce jour, l鈥檜n des meilleurs amis de la Turquie. De nationalit茅 anglaise, am茅ricaine et isra茅lienne, il a 茅t茅 le conseiller de Netanyahou 脿 l鈥櫭﹑oque o霉 il 茅tait ambassadeur d鈥橧sra毛l 脿 l鈥橭NU (1984-1988). Au sein de l鈥櫭﹒uipe de George W. Bush, il 茅tait l鈥檜n des strat猫ges n茅oconservateurs les plus influents pour 芦聽d茅mocratiser聽禄 le monde arabe. C鈥檈st d鈥檃illeurs lui, et non pas Huntington, qui a 茅t茅 le premier 脿 employer l鈥檈xpression 芦聽choc des civilisations聽禄. Il y a quelques ann茅es, des analystes am茅ricains ont 茅crit que 芦聽l鈥檕ccupation de l鈥橧rak est une mise en application de la doctrine Lewis聽禄. En 2002, peu de temps apr猫s l鈥檌nvasion de l鈥橝fghanistan par les troupes am茅ricaines, Bernard Lewis a d茅clar茅 au journal isra茅lien Yediot Aharonot, que 芦聽les manifestations de joie dans Kaboul auront l鈥檃ir de cort猫ges fun猫bres compar茅es aux manifestations de joie qui 茅clateront 脿 Bagdad, T茅h茅ran et peut-锚tre m锚me 脿 Damas si l鈥橭ccident provoque l鈥檈xpulsion de ces r茅gimes despotiques inefficaces qui dirigent ces pays聽禄. Nous y voil脿.(鈥)

Extraits 芦聽L鈥檌slamisme triomphera parce que c鈥檈st 茅crit聽禄

(鈥) Je pense en effet qu鈥檈n Egypte, les Fr猫res Musulmans qui viennent de rebaptiser leur mouvement 芦聽Libert茅 et justice聽禄, vont d茅mocratiquement acc茅der au pouvoir avec une pr茅sence cosm茅tique des forces la茂ques. Idem pour la Syrie, si Bachar al-Assaad tombe. Je pense que la Libye et le Y茅men seront, ou bien des monarchies plus ou moins wahabites, ou bien des th茅ocraties r茅solument salafistes. Au moment o霉 ce livre sera en librairies, le pouvoir de Kaddafi sera d茅j脿 effondr茅, ce qui est une bonne chose en soi apr猫s quarante deux ans de r茅gime tragi-comique. Mais la Libye va devoir conna卯tre l鈥檜ne des p茅riodes les plus sombres de son histoire avant de retrouver la paix civile. On sait comment finissent les 芦聽r茅volutions聽禄 qui commencent par Allah Akbar. Il y a ainsi des musulmans qui ne con莽oivent la grandeur de Dieu que par des hurlements hyst茅riques. Et plus Allah est grand 脿 leur yeux, plus la dignit茅 des Arabes est r茅duite 脿 celle d鈥檜n esclave heureux de sa condition humaine. Il y a effectivement un signe de Dieu lorsque des Libyens tuent des Libyens avec des armes am茅ricaines et fran莽aises pay茅es par le Qatar. Il y a un signe de Dieu lorsque les insurg茅s n鈥檃vancent qu鈥檃pr猫s le passage des forces a茅riennes et terrestres franco-anglo-am茅ricaines. Il y a un signe de Dieu lorsque des troupes du Qatar et des Emirats Arabes Unis y sont jointes pour donner une apparence 芦聽islamique聽禄 脿 cette Croisade imp茅rialiste. Il y a un signe de Dieu lorsque les forces de l鈥橭TAN bombardent 脿 l鈥檜ranium appauvri la Libye, comme autrefois l鈥橧rak, en tuant des civils qu鈥檌ls sont cens茅s prot茅ger de leur tyran.(鈥)

(鈥) Je pense aussi qu鈥橢nnahda sera le premier parti du pays, mais qu鈥檈lle aura l鈥檌ntelligence de gouverner d鈥檃bord avec une coalition vaguement nationale et ornementale. Ennahda aura le choix entre tous les partis progressistes ou de gauche qui ont 茅tabli avec elle une alliance tactique ou strat茅gique depuis la fin des ann茅es 1990. Dans cet 茅ventail assez large, Ennahda aura l鈥檈mbarras du choix pour s茅lectionner un pr茅sident de la R茅publique qui jouera exactement le m锚me r么le que Bani Sadr 脿 l鈥檃ube de la r茅publique islamique. Rasched Ghannouchi est sinc猫re lorsqu鈥檌l d茅clare qu鈥檌l n鈥檈st candidat 脿 rien. Khomeiny aussi d茅daignait les postes politiques. Il voulait 锚tre au-dessus du Pr茅sident, l鈥檃utorit茅 supr锚me (al-murchid al-芒l芒) sans le consentement de laquelle rien ne peut-锚tre fait.(鈥)

(鈥) Je ne me r茅jouis pas de voir notre croissance gravement d茅cliner, notre PIB s鈥檈ffondrer et le taux de ch么mage exploser. Je ne me r茅jouis pas de constater, avec horreur, la vendetta tribale et l鈥檃tavisme clanique ressurgir dans certaines r茅gions tunisiennes. Je ne me r茅jouis pas du retour au r茅gionalisme stupide. Je ne me r茅jouis pas de voir mon peuple m茅priser les lois qui r茅gissent la vie en soci茅t茅. Je ne me r茅jouis pas de voir de jeunes 茅tudiantes autoris茅es 脿 porter la burka 脿 l鈥檜niversit茅, un jour d鈥檈xamen. Je ne me r茅jouis pas de voir se promener dans les avenues de Tunis des individus surgis du Moyen Age, avec leur accoutrement afghan et leur barbe d鈥檜n m猫tre. Je ne me r茅jouis pas de voir ces 芦聽hordes fanatis茅es聽禄 s鈥檃ttaquer 脿 des artistes et 脿 des cin茅astes pour les ramener dans le 芦聽droit chemin聽禄 de la 芦聽vertu聽禄. Je ne me r茅jouis pas de voir nos fr猫res alg茅riens, nos seuls v茅ritables fr猫res, se faire agresser, 脿 Gafsa, Tabarka, Hammamet et Tunis, par des sauvages retomb茅s dans l鈥櫭﹖at pr茅social. Je ne me r茅jouis pas de voir l鈥檃rgent 茅tranger couler 脿 flot dans les caisses de certains nouveaux partis d鈥檕pposition. Beaucoup d鈥檃rgent qui aurait pu servir au d茅veloppement des r茅gions d茅favoris茅es, si ses b茅n茅ficiaires avaient un souci r茅el pour les pauvres, et non pas une obsession pathologique pour le pouvoir. Je ne me r茅jouis pas de voir notre Tunis ressembler sociologiquement aux capitales des p茅tromonarchies du Golfe. Je ne me r茅jouis pas d鈥檃ssister, avec effroi, 脿 la 芦聽hambalisation聽禄 de la modernit茅 tunisienne. Je ne me r茅jouis pas de voir le pays de Bourguiba se qatariser. Je ne me r茅jouis pas de voir certains obscurantistes prendre possession des mosqu茅es pour souiller ces lieux de pri猫re et de m茅ditation par leur pr锚che salafiste qui est une injure 脿 l鈥橧slam spirituel. Je ne me r茅jouis pas de voir mes compatriotes s鈥檋abituer progressivement 脿 des discours, des attitudes, des tenues vestimentaires, qui ne sont ni dans notre culture, ni dans notre culte, ni dans le legs spirituel de nos anc锚tres, d鈥橭ukba Ibn Naf芒, aux cheikhs Fadhel Ben Achour, Salem Bouhajib, Kidr Hassine, Ben Mrad, Dja茂t, Nakhli,聽 en passant par Ibn Rach卯k et l鈥檌mam Sahnoun鈥鈥檌slam n茅cros茅 d鈥橝hmed Ibn Hambal, d鈥橧bn Taymiyya et de Mohamed Ibn Abdelwahab n鈥檈st pas le n么tre.(鈥)

(鈥) Ni le r茅gime de Bourguiba, ni encore moins celui de Ben Ali n鈥檃 pr茅par茅 la soci茅t茅 tunisienne 脿 la dure et p茅rilleuse 芦聽茅preuve聽禄 de la d茅mocratie. Au contraire, tous les deux, chacun 脿 sa fa莽on, ont cherch茅 脿 exploiter le sentiment religieux 脿 des fins politiques, faute de l茅gitimit茅 d茅mocratique. Ce n鈥檈st donc pas le temps plus ou moins long que les Tunisiens vont mettre avant d鈥檌nstaurer leur Etat d茅mocratique et moderne qui est inqui茅tant, mais le temps tr猫s rapide que certaines forces de r茅gression ont mis pour emporter d茅j脿 quelques victoires symboliques et pour persuader les Tunisiens que l鈥檌slamisme est l鈥檃venir. Non, l鈥檌slamisme n鈥檈st pas notre avenir, mais juste un pr茅sent qui refuse de devenir un pass茅.(鈥)

(鈥) Le 15 janvier 2011, soit une journ茅e apr猫s la chute de Ben Ali, j鈥檃i rencontr茅 David Killion, mon coll猫gue am茅ricain 脿 l鈥橴NESCO. L鈥檈ntrevue a dur茅 pr猫s d鈥檜ne heure en pr茅sence de cinq membres de son cabinet ainsi que d鈥檜n agent de l鈥檃mbassade des Etats-Unis en France. Dans un langage plus amical et plus diplomatique, je lui ai tenu les m锚mes propos et la m锚me th猫se que je soutiens dans ce livre. Sa r茅ponse r茅sonne encore dans mes oreilles聽: 芦聽Vous avez tout compris, Monsieur l鈥橝mbassadeur聽禄聽! En effet, j鈥檃vais tout compris, et pas seulement depuis le 14 janvier 2011, mais depuis la r茅daction de mon livre Carthage ne sera pas d茅truite. (鈥)

(鈥) Afin que la France saisisse parfaitement les enjeux des r茅voltes arabes, j鈥檃i racont茅 cet 茅norme聽 芦聽petit d茅tail聽禄 脿 Henri Guaino, Conseiller sp茅cial du pr茅sident Sarkozy, lorsqu鈥檌l m鈥檃 re莽u 脿 l鈥橢lys茅e le 2 f茅vrier 2011. Je garde pour moi l鈥檃utre partie de cet 茅change 芦聽amical聽禄 avec le Conseiller sp茅cial de monsieur Nicolas Sarkozy, qui ne savait pas encore que son pr茅sident allait tr猫s bient么t s鈥檃ligner sur la politique r茅solument philo-islamiste de l鈥檃dministration am茅ricaine et que sous l鈥檌nfluence pernicieuse de Bernard-Henri L茅vy, il allait m锚me envoyer ses forces sp茅ciales instruire les talibans de Benghazi et combattre les troupes loyalistes de Kaddafi, aux c么t茅s des mercenaires d鈥橝l-Qa茂da聽! Si, d鈥檃pr猫s les r茅v茅lations de Wikileaks, Sarkozy est d茅crit comme 芦聽le pr茅sident le plus pro-am茅ricain depuis la Seconde Guerre mondiale聽禄, Obama, toujours selon Wikileaks, est pr茅sent茅 comme le pr茅sident am茅ricain qui 芦聽n鈥檃 pas de sentiment pour l鈥橢urope聽禄聽!(鈥)

Extraits 芦聽La horde, ce n鈥檈st pas le peuple, mais ce sont鈥β犅

(鈥) Les casseurs, les incendiaires et les meurtriers qui ont 茅t茅 t茅l茅guid茅 pour mettre la Tunisie 脿 feu et 脿 sang. Ceux qui auraient tu茅 30 agents parmi les forces de s茅curit茅 (info ou intox聽?), dont personne ne parle, comme s鈥檌ls n鈥櫭﹖aient pas des Tunisiens. Ceux-l脿 m锚mes qui continuent encore aujourd鈥檋ui 脿 piller, 脿 d茅truire les biens publics et priv茅s, 脿 susciter le tribalisme, le clanisme et le r茅gionalisme, et qui n鈥檋茅siterons pas demain 脿 commettre des attentats pour que la d茅mocratie et la paix civile ne voient jamais le jour en Tunisie (鈥).

(鈥) Mon intention n鈥檈st pas de vous culpabiliser, vous les jeunes internautes, mais de vous 茅veiller, en vous disant la v茅rit茅聽; de vous faire prendre conscience des nouveaux p茅rils qui menacent la Tunisie et l鈥檈nsemble du monde arabe. Mon devoir est de vous mettre devant votre immense responsabilit茅 脿 d茅jouer les pi猫ges que certains opportunistes vous tendent pour phagocyter le processus r茅volutionnaire ou le faire d茅vier de sa v茅ritable finalit茅. Les jeunes tunisiens n鈥檕nt pas fait la r茅volution pour fumer du cannabis, regarder des films pornographiques ou, le pire de tout, subir une 芦聽d茅mocratie islamique聽禄 . Ils ont fait la r茅volution pour retrouver leur libert茅, pour arracher leur droit au travail, pour prendre en main le destin de leur pays et pour mettre 脿 l鈥檃bri des pr茅dateurs et des mercenaires les acquis de la Tunisie.

Mon devoir est de vous dire la v茅rit茅, m锚me si elle vous blesse, et de vous appeler 脿 la vigilance. Cette v茅rit茅 que personne n鈥檕sera vous dire parce que tout le monde vous craint, parce que tout le monde redoute vos attaques sur Internet, parce que tout le monde a besoin de vous, parce que tout le monde vous flatte et vous courtise, vous les 芦聽vaillants soldats聽禄 de la 芦聽glorieuse r茅volution聽禄.聽 Parce que tout le monde est candidat 脿 quelque chose聽: pr茅sident, ministre, d茅put茅, s茅nateur, ambassadeur, consul, directeur, chef de service, concierge, gardien, jardinier, ma莽on鈥oi, je ne suis candidat 脿 rien, et c鈥檈st pour cela que je vous tiens le langage de la v茅rit茅 et non point celui de la d茅magogie. Je n鈥檃ttends rien de vous. Ni votre soutien, ni vos voix au moment de la bataille 茅lectorale qui se profile, ni m锚me votre amiti茅. Je ne cherche pas 脿 锚tre populaire car, 茅crit Oscar Wilde, 芦聽Chaque fois qu鈥檕n produit un effet, on se donne un ennemi. Il faut rester m茅diocre pour 锚tre populaire聽禄. Mon royaume n鈥檈st plus de ce monde. Je n鈥檃spire plus 脿 la c茅l茅brit茅 mais 脿 l鈥櫭﹖ernit茅. Je ne me soumets pas 脿 votre opinion versatile, mais au jugement de l鈥橦istoire.(鈥)

Le 芦聽mal聽禄 est fait, mais le pire reste 脿 茅viter pour la Tunisie. Notre pays a 茅t茅 d茅barrass茅 des Trabelsi et c鈥檈st une tr猫s bonne chose pour la Tunisie et pour l鈥檃venir de sa jeunesse.(鈥)Mais la menace islamiste n鈥檃 jamais 茅t茅 sous Bourguiba et sous Ben Ali un simple 茅pouvantail. Cette menace est bien r茅elle, aujourd鈥檋ui plus que jamais鈥.

聽(鈥) Ce n鈥櫭﹖ait pas la premi猫re fois que j鈥檈mployais le mot 芦聽horde聽禄. Dans Carthage ne sera pas d茅truite, il figure en plusieurs occurrences聽: 芦聽Transcender, c鈥檈st se placer au-dessus de la horde, de la meute qu鈥檜n myst茅rieux Pavlov a programm茅e聽禄 (p. 36), et 芦 La reconnaissance du FIS 茅tait-elle une erreur fatale, aggrav茅e par la d茅cision de proc茅der 脿 des 茅lections l茅gislatives 脿 un moment o霉 le FLN 茅tait en chute libre et o霉 l鈥檕pposition d茅mocratique et la茂que n鈥櫭﹖ait pas encore politiquement bien organis茅e ni suffisamment sage pour transcender ses divisions, suffisamment forte pour affronter la horde int茅griste聽禄 (p. 258). Je l鈥檃i employ茅 dans mon article 芦聽Par-del脿 le bien et le mal聽禄, pour d茅noncer les attentats du 11 septembre 2001, lorsque j鈥檃i 茅crit聽: 芦聽Qui sont les talibans聽et qu鈥檈st-ce que le talibanisme ? J鈥檡 ai r茅pondu 鈥揺t on me l鈥檃 beaucoup reproch茅- il y a six mois lorsque cette horde fanatis茅e s鈥檈st attaqu茅e 脿 un haut symbole du bouddhisme聽禄. Je l鈥檃i employ茅 dans mon article 芦聽L鈥檌slam, otage des talibans聽禄, lorsque cette 芦聽horde fanatis茅e par le maximalisme wahhabite聽禄 a d茅truit les monuments bouddhiques en Afghanistan鈥

Je pourrais multiplier les exemples pour d茅montrer qu鈥櫭 chaque fois que j鈥檃i employ茅 le mot 芦聽horde聽禄 ou celui de 芦聽horde fanatis茅e聽禄, je ne le r茅servais qu鈥櫭 une cat茅gorie bien pr茅cise聽: l鈥檌nt茅grisme, cette fl茅trissure de ma religion, cette n茅crose de ma civilisation. Si on a si mal interpr茅t茅 mon propos sur BFM.TV, c鈥檈st bien en raison de la confusion que Jean-Jacques Bourdin a suscit茅e et, surtout, parce que les individus et les groupes que j鈥檃i l鈥檋abitude de gratifier de cette expression p茅jorative en ont profit茅 pour accentuer la confusion, en faire une large diffusion, dans le but de discr茅diter un adversaire qu鈥檌ls redoutent et qu鈥檌ls craignent. Ces individus l脿 ont eu raison de se sentir vis茅s. (鈥)

Extraits de 芦聽Retour sur le mouvement n茅o-bourguibiste聽禄

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 (鈥) D猫s le 24 janvier 2011, des amis de Tunis, dont un ancien ministre de Bourguiba, m鈥檕nt appel茅 pour m鈥檌nformer que, ce qu鈥檕n disait et 茅crivait sur Bourguiba 茅tait tr猫s grave, qu鈥檌l fallait faire quelque chose, cr茅er un 芦聽choc positif聽禄, et que de Paris, j鈥櫭﹖ais le mieux plac茅 pour entreprendre une telle action. Il est vrai que durant les premi猫res jours qui ont suivi le d茅part de Ben Ali, dans l鈥檋yst茅rie r茅volutionnaire, certains int茅gristes et staliniens appelaient 脿 juger le r茅gime et ses repr茅sentants, pas seulement depuis 1987 mais depuis 1956. Table rase du pass茅聽: c鈥櫭﹖ait un imp茅ratif pour ces extr茅mistes et autres adeptes de la 芦聽deuxi猫me ind茅pendance聽禄. Depuis 1956, les Tunisiens auraient v茅cu sous une imposture. Bourguiba-Ben Ali, c鈥檈st bonnet blanc et blanc bonnet. Le 14 janvier 2011, comme le 7 novembre 1987, c鈥檈st l鈥檃n 1 de la renaissance, c鈥檈st-脿-dire le degr茅 z茅ro de la politique.

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 J鈥檃i consid茅r茅 qu鈥檌l 茅tait de mon devoir de faire effectivement quelque chose, d鈥檃gir pour dissuader les nouveaux Hilaliens de s鈥檈n prendre au symbole de l鈥檌nd茅pendance et au fondateur de la R茅publique. Mais que faire et comment proc茅der聽pour cr茅er ce 芦聽choc positif聽禄 ? Lancer un parti聽! Je n鈥檃i jamais 茅t茅 un homme de parti, encore moins un chef de parti. Mes concertations avec les uns et les autres n鈥檕nt rien donn茅. La plupart ne savaient pas comment agir et sous quelle forme. L鈥檜n d鈥檈ux m鈥檃 communiqu茅 l鈥檃dresse email d鈥檜n certain Ka茂s Laouiti pour avoir son avis. Je lui ai 茅crit tout de suite, 脿 deux reprises, mais il n鈥檃 pas r茅pondu聽!

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 C鈥檈st alors que j鈥檃i d茅cid茅 de d茅clarer la naissance du Mouvement N茅o-Bourguibiste (MNB).聽 Mouvement intellectuel et id茅ologique, et pas du tout un parti politique, puisque je n鈥檃i jamais d茅pos茅 la moindre demande de visa aupr猫s du minist猫re de l鈥橧nt茅rieur, 脿 l鈥檌nstar des dizaines de partis d鈥檕pposition surgis de nulle part. Alors que l鈥檕p茅ration semblait avoir atteint son objectif -脿 savoir une prise de conscience collective- Ka茂s Laouiti a d茅cid茅 de lancer contre moi, via Facebook, une campagne de diffamation d鈥檜ne intensit茅 et d鈥檜ne haine jamais 茅gal茅es. J鈥檃vais pourtant expliqu茅, d猫s ma premi猫re d茅claration, les raisons profondes de lancer ce mouvement聽;聽聽 j鈥檃vais ensuite explicit茅 le sens de ma d茅marche. Rien n鈥檡 fit, et pour cause聽: ce qui exc茅dait ces goumiers du bourguibisme, ce n鈥櫭﹖ait pas tant l鈥檌nitiative elle-m锚me, que le fait que j鈥檈n sois le pr茅curseur (鈥).

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 (鈥) Voyez-vous messieurs, Ka茂s Laouiti, Moez Bourguiba, Jamil Sayah, Meftah Ayat, Dhiaeddine Souissi, Mohamed Habib Lemdani, Sadok Lejri, Habib Sa茂di鈥t tous les autres inconnus qui se sont gendarm茅s contre le MNB,聽 mon id茅e de cr茅er un mouvement n茅o-bourguibiste remonte exactement 脿 20 ans, 脿 l鈥櫭﹑oque o霉 vous rasiez les murs par crainte de Ben Ali et par souci de perdre vos privil猫ges de bourgeois. Comme disaient les latins, 芦聽Les paroles s鈥檈nvolent, les 茅crits restent聽禄. Je d茅fis quiconque de vous tous, et de bien d鈥檃utres encore, de sortir une seule ligne d茅fendant le bourguibisme, publi茅e dans la presse tunisienne ou 茅trang猫res 脿 cette 茅poque. Bourguiba, vous l鈥檃viez abandonn茅 脿 son triste sort par l芒chet茅 et pour pr茅server vos int茅r锚ts. Je l鈥檃vais d茅fendu, non seulement parce que je n鈥檃vais rien 脿 perdre, mais parce que les Tunisiens avaient tout 脿 gagner 脿 entretenir sa m茅moire. (鈥)

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 (鈥) Le bourguibisme, ce n鈥檈st pas une vieille chaussure qu鈥檕n exhume du sahara libyen pour flatter le prince et participer 脿 sa l茅gende, ni une carte de visite ou un site internet pour faire du marketing, ni m锚me un nom qu鈥檕n porte par le hasard de la filiation. Le bourguibisme est une philosophie non 茅crite, un testament l茅gu茅 脿 l鈥檈nsemble des Tunisiens, une fa莽on de penser et d鈥檃gir, une rationalisation de l鈥檋茅ritage arabo-musulman, une synth猫se de l鈥橭rient et de l鈥橭ccident, une projection dans la modernit茅, un ancrage dans la tunisiannit茅, un guide du bon patriote, un souffle de libert茅, un besoin de fiert茅. La fiert茅 de na卯tre sur cette belle terre tunisienne, de la labourer pour en extraire les plus beaux fruits, d鈥檈n jurer la protection de toute souillure et de toutes les trahisons. Il ne s鈥檃git donc pas de braire, 芦聽nous sommes des bourguibistes聽禄聽; il s鈥檃git d鈥檈n incarner l鈥櫭e et d鈥檈n perp茅tuer l鈥檈sprit. (鈥)

Extraits de la Conclusion聽: 芦聽O霉 va la Tunisie聽?聽禄

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 (鈥) Lorsqu鈥檌l 茅tait encore lucide et visionnaire, Bourguiba pr茅disait que 芦聽Les destin茅es d鈥檜ne nation ne sauraient d茅pendre d鈥檜n chef que le hasard a plac茅 脿 la t锚te du pays. Il est donc n茅cessaire que les cadres atteignent un niveau tel qu鈥檌l soit impossible aux m茅diocres d鈥檃ssurer les responsabilit茅s supr锚mes de la nation. Et si, par malheur, une conjoncture propice am猫ne au pouvoir un homme insuffisant, il ne devra pas pouvoir s鈥檡 maintenir longtemps. C鈥檈st le signe des peuples m没rs. Se heurtant aux forces vives du pays, il devra alors soit se soumettre, c鈥檈st-脿-dire gouverner en fonction de l鈥檌nt茅r锚t national, soit se d茅mettre聽禄.

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 Ben Ali est pourtant parvenu au pouvoir et il a pu s鈥檡 maintenir vingt-trois-ans. A qui en incombe la responsabilit茅聽? D鈥檃bord 脿 celui qui a fait de lui son Premier ministre, parce qu鈥檌l n鈥檃vait plus ses facult茅s de discernement compte tenu de son 芒ge. Ensuite aux bourguibistes qui se sont divis茅s et affront茅s par ambition et par obsession du pouvoir supr锚me. Aux islamistes aussi, qui ont contribu茅 脿 la chute de Bourguiba et qui, faute d鈥檈mpocher la r茅publique, esp茅raient partager le pouvoir avec Ben Ali, 脿 l鈥檌nstar des Fr猫res musulmans avec Nasser, les premiers mois de sa pr茅sidence. Egalement aux opposants, aux militants des droits de l鈥檋omme, aux composantes de la soci茅t茅 civile, qui ont d鈥檃bord vu en Ben Ali un sauveur, ensuite un rempart contre l鈥檌nt茅grisme. A la classe dirigeante qui, d猫s 1989, a contribu茅 脿 la d茅rive autoritaire du r茅gime et 脿 ses impulsions autocratiques. En somme, c鈥檈st toute la soci茅t茅 tunisienne qui soutenait Ben Ali, dont il 茅tait le reflet. 芦聽Qam芒 taqounouna youwalla alayqoum聽禄, dit un Hadith du Proph猫te et qui est la r茅plique exacte du dicton 芦聽Les peuples n鈥檕nt que les gouvernements qu鈥檌ls m茅ritent聽禄. En tant qu鈥檌ntellectuel 芦聽proche du r茅gime聽禄 (2002-2009), puis en tant qu鈥檃mbassadeur de la Tunisie aupr猫s de l鈥橴NESCO (2010), j鈥檃ssume ma propre responsabilit茅 dans cette d茅rive autoritaire qui a pr茅par茅 la r茅volte tunisienne et l茅gitim茅 la chute du r茅gime. 芦聽Que celui qui n鈥檃 jamais p茅ch茅 lui jette la premi猫re pierre聽禄, enseignent les Evangiles. (鈥)

聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽聽 (鈥) Je l鈥檃i dit au d茅but, je le r茅p猫te ici聽: je ne regrette pas du tout la chute de Ben Ali auquel je me suis oppos茅 d猫s sa prise de pouvoir et que j鈥檃i combattu les dix premi猫res ann茅es de son r猫gne, lorsqu鈥檌l 茅tait au fa卯te de sa puissance et lorsque la majorit茅 des Tunisiens se prosternait devant lui. Si Ben Ali l鈥檃vait voulu, s鈥檌l n鈥檃vait pas pr茅f茅r茅 l鈥檃mour de son 茅pouse 脿 celui de sa patrie, la Tunisie aurait relev茅 le d茅fi d茅mocratique sans chienlit et sans fragiliser le moindre acquis de ses cinquante-cinq ans d鈥檌nd茅pendance, au premier chef desquels cette coh茅sion nationale que le clanisme et le tribalisme menacent aujourd鈥檋ui. En d茅pit du conformisme actuel, je persiste 脿 croire, en effet, que les r茅formes graduelles sont toujours pr茅f茅rables aux r茅volutions radicales. C鈥檈st ce que je souhaite 脿 l鈥橝lg茅rie, que certains obscurantistes veulent replonger dans la guerre civile, et au Maroc que d鈥檃utres esp茅raient entra卯ner dans la 芦聽r茅volution 2.0聽禄. Les monarchies (Maroc, Jordanie, Bahre茂n) ne tombent pas aussi facilement que les r茅publiques, surtout lorsqu鈥檈lles trouvent un 芦聽gentleman鈥檚 agreement聽禄 avec l鈥櫭﹖at-T茅l茅vision du Qatar ! (鈥)

聽 聽聽聽聽聽聽聽聽聽 (鈥) Ce que je trouve triste et m锚me tragique, ce n鈥檈st pas la fin de ce r茅gime autoritaire et corrompu, mais le d茅but de celui qui pourrait sortir des urnes. Si la Libye ou le Y茅men ou m锚me l鈥橢gypte, sont pr茅dispos茅s 脿 porter au pouvoir l鈥檌slamisme, la Tunisie ne m茅rite pas une telle r茅gression. Malgr茅 tout ce que je viens d鈥櫭ヽrire dans ce livre, et si paradoxale que cela puisse para卯tre, je consid猫re que le devenir de la Tunisie ne sera de toute fa莽on jamais pire que ce que Ben Ali envisageait pour le pays聽: asseoir son 茅pouse sur le tr么ne de la R茅publique. (鈥)

聽(鈥) Sans jouer les Cassandres, je pense que sous une forme ou sous une autre, l鈥檌d茅ologie islamiste va triompher en Tunisie. Mais je ne le souhaite pas car, en d茅pit de l鈥檜nanimisme actuel, une soci茅t茅 mature pour l鈥檌slamisme ne peut pas 锚tre une soci茅t茅 m没re pour la d茅mocratie. Je ne le souhaite ni pour la Tunisie, ni pour les Tunisiens, ni m锚me pour les islamistes. Je ne le souhaite pas aux islamistes, parce que 芦聽Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument聽禄. Je ne le leur souhaite pas car, beaucoup admettront alors avec Rousseau que, 芦S鈥檌l y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait d茅mocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas 脿 des hommes聽禄. Je ne leur souhaite pas car, l鈥檌slamisme en tant que politique d茅clenchera, 脿 son insu, le d茅clin de l鈥檌slam en tant que religion.(鈥)

(鈥) Tout autant que l鈥檌nt茅grisme, un autre fl茅au m鈥檌nqui猫te聽: l鈥檃narchisme, ce fameux 芦聽d茅mon Numide聽禄 dont parlait Bourguiba et dont se gargarisait Mohamed Sayah. Ce qui est 脿 craindre en effet, c鈥檈st ce m茅pris des lois qui s鈥檌nstalle, cette allergie 脿 l鈥檃utorit茅 qui se d茅veloppe, ce cancer du tribalisme qui se m茅tastase et qui d茅chire la coh茅sion nationale, ce vandalisme qui chasse la paix civile, cette 芦聽horde fanatis茅e聽禄 qui n鈥檃 laiss茅 derri猫re son passage que ruine et d茅solation, notamment 脿 Menzel Bourguiba et 脿 M茅tlaoui. Ce sont aussi ces mains criminelles, qui ont profit茅 du rel芒chement d鈥檜ne police culpabilis茅e et stigmatis茅e pour mettre le feu, le 21 juillet 2011, 脿 une for锚t plant茅e par un colon fran莽ais et, depuis, inlassablement entretenue par l鈥橢tat national. Une magnifique for锚t situ茅e entre Dar Chichou et le site arch茅ologique punique de Kerkouane, site dont on doit la restauration 脿 un 茅minent savant聽: Mhamed Hassine Fantar.

聽(鈥) Sept mois apr猫s la chute du r茅gime, o霉 va la Tunisie聽? C鈥檈st la question que tout le monde se pose. Les Tunisiens sont majoritairement soulag茅s d鈥檃voir mis fin 脿 vingt-trois ans de r茅gime n茅potique. Ceux qui commencent 脿 regretter le pass茅 parce qu鈥檌ls se sentent en ins茅curit茅, ou parce qu鈥檌ls souffrent de la r茅cession 茅conomique, ou parce qu鈥檌ls ont peur de l鈥檃venir, ne doivent jamais oublier qu鈥檌ls ont 茅vit茅 le pire聽: la transmission du pouvoir 脿 Leila Trabelsi.

La Tunisie ira, l脿 o霉 B茅ji Ca茂d Essebsi souhaite la conduire聽: 脿 la d茅mocratie et d鈥檃bord aux 茅lections du 23 octobre 2011. Il m猫ne ce processus avec patriotisme et d茅termination. Le passage d鈥檜ne situation d鈥檋ypertrophie de l鈥橢tat 脿 une autonomie r茅elle de la soci茅t茅 civile est toujours d茅licat et p茅rilleux. L鈥櫭﹍aboration de nouvelles formes de r茅gulation des conflits sociaux, la mise en 艙uvre d鈥檃utres modes de rapports entre pouvoir et soci茅t茅, Etat et religion, gouvernement et opposition, libert茅 et s茅curit茅, patronat et classe ouvri猫re, exigent de la r茅flexion, de la prudence, de l鈥檃utorit茅 et une bonne dose de sagesse politique. B茅ji Ca茂d Essebsi, 茅lev茅 脿 l鈥櫭ヽole bourguibienne, n鈥檈n manque pas et c鈥檈st en cela qu鈥檌l est l鈥檋omme de la situation. Je le dis sans flagornerie et sans rien attendre de lui. Il le sait tr猫s bien.(鈥)

(鈥) C鈥檈st contre ces forces obscurantistes et anarchistes, alli茅es dans le m锚me combat pour faire capoter la d茅mocratie, que la jeunesse tunisienne doit se mobiliser. Cette lutte est aussi d茅terminante pour l鈥檃venir du pays que celle qu鈥檈lle a men茅e contre Ben Ali et le clan des Trabelsi. Et que cette jeunesse ne compte pas beaucoup sur certains partis politiques pour vaincre les nouveaux Hilaliens. La plupart de ces partis sont dans les combinaisons 茅lectoralistes et dans les man艙uvres politiciennes. Le plus grand parti en Tunisie s鈥檃ppelle Facebook. Si ses leaders et ses acteurs, y compris Slim Amamou, Yassine Ayari, Aziz Amami, Haytham Mekki, Lamia Slim, Lina Ben Mhenni, Emna Ben Jemaa, Sofiane Belhaj, Far猫s Mabrouk, Maher Tekaya鈥, prennent garde aux manipulateurs et aux int茅gristes, s鈥檌ls mettent le patriotisme au-dessus de toutes consid茅rations, ils pourront peser de mani猫re d茅cisive sur l鈥檃venir de la Tunisie, qui est d鈥檃bord le leur.(鈥)

(鈥) Je ne me r茅jouis pas de voir notre croissance gravement d茅cliner, notre PIB s鈥檈ffondrer et le taux de ch么mage exploser. Je ne me r茅jouis pas de constater, avec horreur, la vendetta tribale et l鈥檃tavisme clanique r茅ssurgir dans certaines r茅gions tunisiennes. Je ne me r茅jouis pas du retour au r茅gionalisme stupide. Je ne me r茅jouis pas de voir mon peuple m茅priser les lois qui r茅gissent la vie en soci茅t茅. Je ne me r茅jouis pas de voir de jeunes 茅tudiantes autoris茅es 脿 porter la burka 脿 l鈥檜niversit茅, un jour d鈥檈xamen. Je ne me r茅jouis pas de voir se promener dans les avenues de Tunis des individus surgis du Moyen Age, avec leur accoutrement afghan et leur barbe d鈥檜n m猫tre. Je ne me r茅jouis pas de voir ces 芦聽hordes fanatis茅es聽禄 s鈥檃ttaquer 脿 des artistes et 脿 des cin茅astes pour les ramener dans le 芦聽droit chemin聽禄 de la 芦聽vertu聽禄. Je ne me r茅jouis pas de voir nos fr猫res alg茅riens, nos seuls v茅ritables fr猫res, se faire agresser, 脿 Gafsa, Tabarka, Hammamet et Tunis, par des sauvages retomb茅s dans l鈥櫭﹖at pr茅social. Je ne me r茅jouis pas de voir l鈥檃rgent 茅tranger couler 脿 flot dans les caisses de certains nouveaux partis d鈥檕pposition. Beaucoup d鈥檃rgent qui aurait pu servir au d茅veloppement des r茅gions d茅favoris茅es, si ses b茅n茅ficiaires avaient un souci r茅el pour les pauvres, et non pas une obsession pathologique pour le pouvoir. Je ne me r茅jouis pas de voir notre Tunis ressembler sociologiquement aux capitales des p茅tromonarchies du Golfe. Je ne me r茅jouis pas d鈥檃ssister, avec effroi, 脿 la 芦聽hambalisation聽禄 de la modernit茅 tunisienne. Je ne me r茅jouis pas de voir le pays de Bourguiba se qatariser. Je ne me r茅jouis pas de voir certains obscurantistes prendre possession des mosqu茅es pour souiller ces lieux de pri猫re et de m茅ditation par leur pr锚che salafiste qui est une injure 脿 l鈥橧slam spirituel. Je ne me r茅jouis pas de voir mes compatriotes s鈥檋abituer progressivement 脿 des discours, des attitudes, des tenues vestimentaires, qui ne sont ni dans notre culture, ni dans notre culte, ni dans le legs spirituel de nos anc锚tres, d鈥橭ukba Ibn Naf芒, aux cheikhs Fadhel Ben Achour, Salem Bouhajib, Kidr Hassine, Ben Mrad, Dja茂t, Nakhli,聽 en passant par Ibn Rach卯k et l鈥檌mam Sahnoun鈥鈥檌slam n茅cros茅 d鈥橝hmed Ibn Hambal, d鈥橧bn Taymiyya et de Mohamed Ibn Abdelwahab n鈥檈st pas le n么tre.

Pourquoi Ennahda remporterait-elle les 茅lections聽?聽 D鈥檃bord pour trois raisons objectives et qui ne souffrent aucun doute. Premi猫rement, nul autre parti de l鈥檕pposition ne peut avoir les moyens financiers dont dispose Ennahda et dont on se doute de l鈥檕rigine. Deuxi猫mement, avec toujours un cynisme et un savoir faire redoutables, Al-Jazeera, la Kibla du peuple tunisien, accordera son soutien m茅diatique 脿 Ennahda. Troisi猫mement, ce parti a d茅j脿 re莽u la b茅n茅diction des grands pr锚tres am茅ricains dans une mosqu茅e turque聽!

Ensuite pour des raisons de psychologie sociale 茅l茅mentaires聽: Ben Ali incarnait le vice et l鈥檌mpi茅t茅, Ghannouchi incarne la vertu et la d茅votion, le RCD 茅tait le Mal absolu, Ennahda repr茅sente le Bien int茅gral, l鈥檃ncien r茅gime 茅tait injuste, corrompu et 芦聽vendu聽禄 au Mossad, le nouveau sera juste, int猫gre, patriotique et antisioniste鈥aradoxalement, ce ne sont pas les islamistes qui sont responsables de cette propagande manich茅enne entre l鈥檃ncien r茅volu et le futur probable, entre l鈥檈nfer et le paradis, mais notre t茅l茅vision nationale, une partie de notre 茅lite progressiste et un certain nombre de journalistes 芦聽ind茅pendants聽禄. Ceux-l脿 m锚mes qui ressemblent 脿 des accusateurs publics et qui ont eu l鈥檋abilet茅 de s鈥檃bsoudre de leurs p茅ch茅s juste apr猫s la chute du r茅gime. Ce n鈥檈st pas bien p茅nible de devenir z茅lateur de l鈥檌slamisme lorsqu鈥檕n a 茅t茅 si longtemps les z茅lotes du b茅nalisme.

聽Ennahda pourrait gagner, parce que les Tunisiens sont psychologiquement et culturellement pr茅dispos茅s 脿 accueillir les islamistes comme des sauveurs providentiels, envoy茅s par Dieu pour restaurer l鈥檌slam et sauver de la damnation l鈥櫭e tunisienne. Sous Bourguiba et sous Ben Ali, nous 茅tions un peuple impie et blasph茅matoire. Avec Ennahda, nous allons revenir aux 芦聽v茅ritables聽禄 valeurs de l鈥檌slam. Nous quitterons ainsi la Jahiliyya et tournerons d茅finitivement la page du pouvoir des apostats qui offense l鈥檌slam depuis 1956. En somme, depuis l鈥檌nd茅pendance, sans m锚me nous en apercevoir, nous 茅tions des pa茂ens.

聽Ni le r茅gime de Bourguiba, ni encore moins celui de Ben Ali n鈥檃 pr茅par茅 la soci茅t茅 tunisienne 脿 la dure et p茅rilleuse 芦聽茅preuve聽禄 de la d茅mocratie. Au contraire, tous les deux, chacun 脿 sa fa莽on, ont cherch茅 脿 exploiter le sentiment religieux 脿 des fins politiques, faute de l茅gitimit茅 d茅mocratique. Ce n鈥檈st donc pas le temps plus ou moins long que les Tunisiens vont mettre avant d鈥檌nstaurer leur Etat d茅mocratique et moderne qui est inqui茅tant, mais le temps tr猫s rapide que certaines forces de r茅gression ont mis pour emporter d茅j脿 quelques victoires symboliques et pour persuader les Tunisiens que l鈥檌slamisme est l鈥檃venir. Non, l鈥檌slamisme n鈥檈st pas notre avenir, mais juste un pr茅sent qui refuse de devenir un pass茅.

Extraits du livre Mezri Haddad, tir茅s de son livre聽 芦聽La face cach茅e de la r茅volution tunisienne
islamisme et Occident, une alliance 脿 haut risque聽禄
et rapport茅s par 芦聽Tunisie News聽禄

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