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Maroc : Un hommage au Dr Omar Khattabi

By   /   24 d茅cembre 2012  /   No Comments

Courbis, mon chemin vers la v茅rit茅 et le pardonPar le Dr Mhamed LACHKAR聽 (extrait de mon livre : Courbis, mon chemin vers la v茅rit茅 et le pardon, Edilivre, 2010)

C鈥櫭﹖ait au cours d鈥檜ne nuit de Ramadan (octobre 1973) que j鈥檃vais pu apercevoir de ma cellule le Dr Khattabi sortant de la porte des toilettes. Je ne le connaissais pas physiquement, mais l鈥檃spect particulier de ce d茅tenu n鈥檃llait pas me laisser indiff茅rent. C鈥櫭﹖ait plut么t sa tenue blanche et correcte (un polo et un pantalon) qui allait attirer l鈥檃ttention de tout le monde. Un homme de tr猫s grande taille, les cheveux correctement coiff茅s, qui pourtant 茅tait menott茅 et portait le bandeau. Il titubait en marchant. C鈥櫭﹖ait Mrabet qui avait 茅t茅 le premier 脿 m鈥檌nformer de la pr茅sence du Dr Khattabi avec nous au Derb Moulay Chrif. Plus tard au Courbis, certains jeunes du groupe de Bni Ahmed qui partageait avec lui la cellule qui 茅tait voisine 脿 la notre, m鈥檃vaient racont茅

Feu Docteur Omar KHATABI

Feu Docteur Omar KHATABI

comment les gardes lui r茅servaient un traitement tr猫s particulier. Il 茅tait tr猫s respect茅 et avait m锚me droit 脿 un livre du Coran. Il passait tout son temps 脿 lire.

Plusieurs ann茅es plus tard, exactement vers la fin de 1976, quand nous 茅tions devenus de grands amis 脿 K茅nitra, il m鈥檃vait parl茅 脿 plusieurs reprises de son s茅jour au Derb Moulay Chrif. Il 茅tait trait茅 avec beaucoup d鈥櫭ゞard par le patron de ce centre secret, un certain commissaire Youssfi Kaddour qui l鈥檌nvitait souvent les soirs du mois de ramadan 脿 monter avec lui dans un bureau situ茅 au premier 茅tage et l脿 on lui donnait 脿 manger des sandwichs, 脿 boire du th茅 et 脿 fumer des cigarettes. En m锚me temps on lui faisait 茅couter 脿 la radio les informations sur la guerre d鈥檕ctobre tout en lui

demandant de leur faire des commentaires sur la strat茅gie de l鈥檃rm茅e 茅gyptienne qui a pu traverser la mythique ligne Bar-Lev dans les premiers jours de la guerre faisant ainsi d茅mentir la r茅putation de l鈥檌nvincibilit茅 de l鈥檃rm茅e isra茅lienne.

Le Dr khattabi 茅tait un homme tr猫s cultiv茅, en plus, pour avoir v茅cu longtemps en Egypte exil茅 avec toute sa famille, il connaissait sur les bouts de ses doigts tous les d茅tails du conflit du Moyen orient.

Dr Khattabi sera transf茅r茅 avec nous au Courbis, par erreur. Il n鈥檡 s茅journera que 24 heures avant qu鈥檌l ne soit retourn茅 de nouveau

au Derb MoulayChrif. Il sera lib茅r茅 脿 son tour avec Mrabet et Touha quelques semaines apr猫s moi vers d茅but avril 1974.

A sa lib茅ration il avait perdu beaucoup de poids et il 茅tait incapable de marcher. Pendant sa torture, on lui avait bris茅 sa hanche et sa colonne vert茅brale. Il en gardera des s茅quelles d茅finitives avec une d茅marche particuli猫rement balanc茅e et d茅s茅quilibr茅e et dont il ne se remettra jamais. Il continuera 脿 en souffrir pendant tout le reste de sa vie

Feu le grand leader marocain et arabe Abdelkrim El Khattabi 脿 Al Hoceima

Feu le grand leader marocain et arabe Abdelkrim El Khattabi 脿 Al Hoceima

Dr Khattabi 茅tait n茅 en 1926 脿 bord du bateau qui transportait toute la famille d鈥橝bdelkrim, son cousin et h茅ros de la r茅volution du Rif, vers l鈥檈xil 脿 l鈥櫭甽e de la R茅union. Il avait fait ses 茅tudes secondaires aux c么t茅s du futur avocat, Me Verg猫s, et de Raymond Barre, celui qui deviendra premier ministre de France et avec qui il 茅tai trest茅 ami. Il termina ses 茅tudes sup茅rieures de m茅decine en Suisse et reviendra s鈥檌nstaller au Maroc au d茅but des ann茅es soixante en choisissant la ville de K茅nitra o霉 il va travailler comme chirurgien, d鈥檃bord 脿 l鈥檋么pital public avant d鈥檕uvrir une petite clinique priv茅e.

La derni猫re fois que je l鈥檃vais vu, c鈥櫭﹖ait en avril 2006, dans son lit de malade 脿 l鈥檋么pital militaire Mohamed V de Rabat. Physiquement il 茅tait affaibli et malgr茅 son 芒ge avanc茅, pr猫s de 80 ans, il continuait 脿 transmettre, par ses paroles et ses gestes, les m锚mes depuis toujours, le m锚me espoir qu鈥檌l avait toujours nourrit, de voir un jour le Maroc changer et devenir un pays o霉 il est digne de vivre.

Mais j鈥檃i vu aussi ce jour-l脿 en lui, un homme courageux, s没r de lui et s没r qu鈥檌l allait s鈥檈n sortir. Il m鈥檃vait promis que d猫s qu鈥檌l se r茅tablira, il viendra s鈥檌nstaller une fois pour toute 脿 Alhoceima 脿 c么t茅 de nous. Il savait que je ne le croyais pas beaucoup聽: cette promesse, il l鈥檃vait faite des dizaines de fois par le pass茅. Quand il venait dans le Rif, c鈥櫭﹖ait surtout pour passer au maximum deux ou trois jours. Alors il pr茅f茅rait s鈥檃dresser 脿 ma femme Soumaya pour laquelle il avait une grande estime, pour nous r茅p茅ter et nous rassurer qu鈥檌l en avait marre de K茅nitra et qu鈥檌l tenait 脿 passer les derni猫res ann茅es de sa vie au bord de la mer dans le calme et la qui茅tude pour 茅crire ses m茅moires.

Soumaya qui voyageait r茅guli猫rement 脿 Rabat 脿 cause de nos enfants qui y 茅tudiaient, avait continu茅 脿 lui rendre visite 脿 l鈥檋么pital et me tenait au courant de sa situation, jusqu鈥櫭 sa mort en ao没t 2006 et son enterrement 脿 Ajdir (脿 8 Km d鈥橝lhoceima), la terre natale de ses parents et de ses anc锚tres dont il 茅tait si fi猫re.

Le Dr Khattabi 茅tait un homme brave et un authentique opposant au r茅gime. Sur cette question, il 茅tait intransigeant et avait une position tranch茅e. Il ne s鈥櫭﹖ait jamais montr茅 complaisant. Il ne s鈥櫭﹖ait jamais pli茅 ni devant les menaces ni devant certaines opportunit茅s qu鈥檕n lui offrait pour le faire changer. Il n鈥檃vait jamais cach茅 ses id茅es, ils les r茅p茅taient 脿 haute voix.

Dr Khattabi 茅tait un homme d鈥檜ne grande culture, un passionn茅 de l鈥檋istoire contemporaine, un francophone qui parlait dans un fran莽ais impeccable, Il avait une riche biblioth猫que en livres d鈥檋istoire, de politique et de litt茅rature fran莽aise.

Il n鈥櫭﹖ait pas partisan mais il ne m芒chait pas ses mots quand il se mettait 脿 analyser et 脿 diss茅quer le syst猫me politique marocain, depuis la colonisation jusqu鈥 脿 nos jours en passant par la 芦聽mascarade聽禄 de l鈥檌nd茅pendance, les fameux accords d鈥橝ix les bains, en se r茅f茅rant souvent 脿 des historiens fran莽ais et en particulier 脿 Jean Lacouture. Il critiquait tous les partis politiques mais il en r茅servait une place particuli猫rement s茅v猫re aux dirigeants de l鈥橴SFP (socialiste) pour leur compromis avec le palais. Il 茅tait pourtant tr猫s proche de l鈥檃ile radicale de ce parti, en particulier de son dirigeant Fkih Basri dont il 茅tait un grand ami.

Sur le plan de la politique internationale, il 茅tait 脿 jour sur tous les grands sujets du monde. Il passait beaucoup de temps 脿 lire le quotidien fran莽ais Le Monde et 脿 茅couter les radios France interne et RFI.

Je me rappelle encore de ces longues veill茅es dans le petit salon 脿 l鈥檈ntresol de sa clinique. C鈥櫭﹖ait vers la fin des ann茅es soixante dix. A l聽禄poque je le rempla莽ais souvent 脿 la clinique. J鈥檌nvitais beaucoup de mes amis de Rabat qui 脿 l鈥櫭﹑oque certains 茅taient encore 茅tudiants et tous marxistes, 脿 venir avec moi pour conna卯tre le Docteur Khattabi et discuter avec lui. C鈥櫭﹖ait un excellent orateur mais il avait le d茅faut de monopoliser la parole et de ne pas trop 茅couter ses interlocuteurs. Il avait beaucoup de sympathie pour la r茅volution islamique iranienne. Il soutenait ardemment son leader Khomeiny et les mollahs. De notre c么t茅, nous pr茅tendions que c鈥櫭﹖ait Toudeh, le parti communiste iranien, avec les fidaiins khalk (organisation d鈥檈xtr锚me gauche) qui 茅taient 脿 l鈥檃vant-garde de la r茅volution iranienne. Il avait aussi beaucoup de sympathie pour les moudjahiddines qui se battaient en Afghanistan alors que nous d茅fendions le parti communiste afghan et la pr茅sence de l鈥檃rm茅e sovi茅tique.

Le Dr Khattabi menait une vie aust猫re. De sa petite clinique o霉 il travaillait et habitait en m锚me temps, il ne sortait qu鈥檈xceptionnellement. Il portait toujours sa tenue blanche faite d鈥檜n polo, d鈥檜n pantalon et des mocassins. Il suivait r茅guli猫rement un r茅gime alimentaire s茅v猫re pour son diab猫te, il ne buvait jamais d鈥檃lcool mais il fumait beaucoup, des Gitanes et des Winston. Il 茅tait un bon croyant, il respectait les horaires de ses pri猫res.

Une foule immense de gens de tout bord et de tous les coins du Maroc passait le voir tous les jours et r茅guli猫rement. Il les recevait, pour la majorit茅, dans le petit et modeste salon situ茅 脿 l鈥檈ntresol de la clinique. Il a 茅t茅 toujours si accueillant, si vivant, mais aussi si franc, si intransigeant et si nerveux des fois. Tr猫s peu de personnes pouvaient oser le contredire, ce qui fait que souvent ces personnes incapables de dire ce qu鈥檈lles pensaient venaient plus pour 茅couter les discours interminables du Dr Khattabi et des fois, malheureusement, pour les rapporter.

C鈥櫭﹖ait aussi un homme g茅n茅reux, il apportait souvent un soutien mat茅riel 脿 certaines personnes en difficult茅s et notamment aux familles de certains prisonniers politiques.

Il 茅tait pour moi un homme exemplaire par sa perspicacit茅, sa grande culture et ses dons de visionnaire. Il 茅tait pour moi en m锚me temps l鈥檃mi fid猫le et le grand fr猫re que je respectais 茅norm茅ment, mais avec lequel je n鈥檃i pas toujours 茅t茅 d鈥檃ccord sur bien des points et j鈥檕sais le lui dire. Des fois, il se plaignait gentiment de moi aupr猫s de Soumaya, ma femme.

Depuis que je l鈥檃i connu, le Dr Khattabi 茅tait toujours le m锚me聽: un homme sobre qui d茅gageait une assurance sans pareille. Il jouissait d鈥檜n respect et d鈥檜ne estime incommensurable dans tout le Maroc.

Aujourd鈥檋ui encore je continue 脿 garder de lui l鈥檌mage de cette personnalit茅 forte, intelligente, complexe, un m茅lange 茅trange de m茅decin moderne, cultiv茅 et aimable et de politicien sinc猫re 脿 la limite de la na茂vet茅 mais noble et h茅ro茂que.

Que son 芒me repose en paix.

Dr Mhamed Lachkar,聽 Alhoceima (Maroc) le 24 mai 2010

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