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Moyen-Orient : aux origines du conflit opposant l’Occident à l’Iran contemporain (2)

By   /   22 janvier 2013  /   No Comments

Carte de l'IranPar Sami Shérif

D’aucuns sont tentés de répondre à la question de savoir à quel moment situer l’origine de la crise entre l’Iran et l’occident en disant que cette crise était née déjà avec le triomphe de la révolution qui avait renversé le régime pro occidental du Shah. Mais, si une telle réponse ne manque guère de pertinence, elle ne peut nullement échappée au jugement de réponse simpliste ne répondant assurément pas à la complexité de cette crise. C’est dire qu’elle appelle un certain nombre d’éclaircissements et qu’elle doit être complétée. Alors, il faudra expliquer d’abord l’antagonisme irano américain qui recouvre à la fois des aspects idéologiques et politiques. Puis, il va falloir évoquer la peur qu’inspire l’Iran d’aujourd’hui chez Israël et les monarchies pétrolières de la région, les faiblesses structurelles de l’Iran, et ce ressentiment qu’il manifeste à propos de l’obstruction qui lui est faite pour accéder à la technologie nucléaire.

 A / L’antagonisme irano américain

L’article 152 de la Constitution iranienne montre la voie d’une action en direction de l’ensemble des fidèles du monde musulman : la République islamique se doit de

Khomeyni le Guide Supprême vénéré et auréolé presque comme une divinité

Khomeyni le Guide Supprême vénéré et auréolé presque comme une divinité

défendre « les droits de tous les musulmans ». Dans cette optique, la théocratie iranienne s’est lancée, dès la fin du règne de Khomeyni, dans une politique qui visait à faire de l’Iran le leader du monde musulman ou tout au moins de plaire au plus grand nombre de croyants possible.

Théocratie révolutionnaire qui rêve d’exporter son modèle afin de faire triompher la vérité chiite dans le monde, la République islamique d’Iran a affronté l’Occident, dès le début de son existence, par la prise d’otages de l’ambassade américaine, sorte d’acte inaugural du nouveau pouvoir. La tentative échouée des Marines américains de les libérer avait marqué le début d’une époque d’affrontement violent entre la République Islamique d’Iran et les Etats-Unis d’Amérique.

Depuis trente ans, l’establishment américain n’en finit pas de digérer le traumatisme de la révolution iranienne. Pièce par pièce, il a bâti une démonologie où la République islamique est dépeinte sous les traits d’une dictature maléfique, dont le comportement erratique ferait peser sur la planète les menaces les plus folles. Ce régime honni qui figure en bonne place sur la liste des « Etats voyous », les faucons de Washington rêvaient depuis longtemps de le soumettre à la sévère thérapie des missiles de croisière et des bombardiers furtifs : la crise du nucléaire leur en offre l’occasion, et ils sont désormais décidés à passer à l’acte.

Avec l’avènement des néo conservateurs à la Maison  Blanche, cet affrontement gagna en ampleur et menaça de se transformer en un conflit armé aux conséquences désastreuses pour tout le Moyen-Orient et pour l’économie moniale. C’est une nouvelle époque qu’inaugure l’arrivée au pouvoir en  2000 de George W. BUSH, celle de la lutte ouverte de deux messianismes, iranien et américain, dont chacun vise à éliminer l’autre.

Messianisme néoconservateur1 Chiisme et néo-conservatisme : deux messianismes opposés

a / Le messianisme mythique  du Chiisme : le Mehdi attendu pour islamiser et délivrer le monde

Le Chiisme est la principale branche dissidente de l’Islam. Les causes de cette dissidence sont liées à un problème de succession plus qu’à des divergences d’ordre doctrinal. Le Chiisme, comme le sunnisme majoritaire, se caractérise en effet par la croyance en un Dieu unique et une même référence au message du prophète Mahomet.  Des problèmes de succession se sont fait jour dès la mort de ce dernier. Il convenait alors de confier la direction de la communauté musulmane dans le domaine politique comme dans le domaine religieux. Les premiers califes, qui combinaient, à l’instar de Mahomet, les deux fonctions de chef religieux et de chef politique, furent désignés parmi les compagnons du Prophète. Ils furent appelés les « bien Guidés » (Al Khoulafaa Arrachidoune). Mais les califes suivants furent choisis par élection à l’extérieur de la famille du Prophète. Les chiites dans leur ensemble considèrent que la fonction califale aurait dû revenir à Ali, cousin et gendre du Prophète, mari de Fatima. La Chi’a, le parti d’Ali,  défendait de fait un certain légitimisme dynastique.

En effet, les chiites attribuent à Ali une sainteté éminente et un rôle presque égal à celui du Prophète. Ils lui confèrent un droit absolu à la direction spirituelle de la communauté, ainsi qu’à ses descendants en ligne directe, les imams, choisis selon un principe héréditaire. Leur place est centrale pour le chiisme, puisqu’ils continuent le cycle des prophètes qui, pour les sunnites, est clos avec Mahomet.

La rupture définitive entre chiites et sunnites fût consacrée par un événement historique : ce fut le meurtre de Hussein, l’un des fils d’Ali et troisième imam selon lesKhomeyni 2. chiites. Poursuivi par le calife Omeyyade Yazid, il fut cerné à Kerbala en octobre 680. Malgré la soif, il résista longtemps avec ses soixante-douze compagnons, mais il fut finalement tué. Kerbala est devenu depuis une des villes saintes du chiisme. La résistance et le martyre de  Hussein jouent un rôle crucial dans la mythologie chiite. La fête annuelle d’Ashura, avec ses cérémonies expiatoires et spectaculaires, célèbre le geste de Hussein.

Le chiisme, par son culte des saints et des martyres, est une religion du désespoir, dont l’approche du sacré le distingue du sunnisme : le croyant ne se retrouve pas seul face à un Dieu lointain. Il dispose d’intermédiaires, soit le représentant du magistère religieux sur terre, soit le Saint lui-même à qui les croyants viennent porter leurs prières dans les mausolées. Yann Richard, dans son livre sur “l’Islam chiite”, précise : « si le massacre de l’imam a pris une telle place dans la sensibilité religieuse de ces musulmans qui furent mis en minorité, puis persécutés par les sunnites et qui durent pendant des siècles –hormis quelques intermèdes – vivre dans la clandestinité, c’est qu’il correspondait à l’attitude d’échec qui était la leur. Il justifiait le fait d’être vaincu et permettait une revanche morale dont l’achèvement était rejeté jusqu’à la fin des temps ». Les minorités chiites se retrouvent autour d’une même sensibilité, d’une même lutte pour la justice sur cette terre née du sentiment partagé de faire partie des pauvres persécutés. « Le monde chiite, après des siècles d’assoupissement, se réveille » comme le note François Thual, et il a soif de reconnaissance et de justice. Dans ce contexte, la solidarité chiite devrait pouvoir, au moins en théorie, s’exprimer pleinement.

Pour les chiites duodécimains, dont font partie les iraniens, le douzième Imam, Mohamed al Mahdi, a disparu du monde des vivants. Les chiites disent qu’il s’est « occulté ». Depuis, les fidèles attendent les fins dernières et le retour de « l’Imam caché ». En l’absence de ce dernier, aucun pouvoir  n’a  de  vraie légitimité  à  gouverner  les  hommes. Mais une partie des clercs se sont estimés les plus qualifiés pour savoir ce que ferait l’imam disparu et vérifier que le régime en place gouverne conformément aux préceptes religieux. C’est dans cet esprit que l’ayatollah Khomeyni a transposé en terme politique le concept d’autorité suprême : il défend l’idée d’une tutelle (velâyat) au plus haut sommet de l’Etat d’un « jurisconsulte religieux » (faqih) désigné parmi ses pairs comme étant le plus compétent et le plus capable des religieux. L’Assemblée constituante de 1979 respecta le concept édicté par Khomeyni du velâyat-el faqih et décida de placer à la tête de la nation un guide religieux, chargé d’assurer une sorte de régence en attendant le retour, toujours espéré, du dernier Imam légitime. L’ayatollah Khomeyni fut évidemment ce premier Guide de la révolution. A sa mort en 1989, c’est Ali Khamenei qui fut alors désigné. Si dans les pratiques politiques occidentales, le rôle du président de la République est souvent prépondérant, il ne faut pas se méprendre dans le cas de l’Iran : l’essentiel du pouvoir est dans les mains du Guide en attendant l’imam Al Mahdi qui resurgira pour mener une islamisation du monde et obtenir sa délivrance.

b / Le messianisme mythique  du néo conservatisme: le Messie attendu pour christianiser l’humanité

les 3 ténors du messianisme néoconservateur américain

les 3 ténors du messianisme néoconservateur américain

Dans le protestantisme américain, il faut distinguer la tendance progressiste dite libérale (Mainline ou Liberal Protestantism) et la tendance conservatrice (dite évangélique). Les évangéliques représenteraient 23 % de la population totale des Etats-Unis et seraient la deuxième force religieuse après les catholiques (27 % environ). La majorité d’entre eux sont blancs. C’est la culture religieuse majoritaire du Sud.

 « L’évangélisme, écrit Mokhtar Ben Barka, est un courant théologique et social conservateur qui puise ses origines profondes dans l’histoire et la théologie du calvinisme, du piétisme et du puritanisme.» Il y a quatre axes doctrinaux majeurs : « l’attachement à la Bible; l’insistance sur l’expérience personnelle de la conversion; la concentration sur la crucifixion; la nécessité de l’engagement militant et du témoignage personnel visant à convertir les autres. » Le « zèle missionnaire » se nourrit de l’histoire du mouvement et du sentiment présent d’une identité chrétienne menacée que seuls les Etats-Unis peuvent et doivent défendre.

La droite chrétienne est une «coalition conservatrice à dominante évangélique », centrée « sur les questions morales et familiales ». Parmi les groupes de pression les plus connus, il y a l’ex-Moral Majority (1979-1989) de Jerry Falwell, la Christian Coalition de Pat Robertson (qui a échoué à devenir le candidat républicain à l’élection présidentielle en 1987 face à George Bush père), Focus on the Family de James Dobson et le mouvement des Promise Keepers qui rassemble des hommes affichant leur volonté de restaurer le patriarcat. A l’échelon local, il existe une multitude de groupes plus ou moins actifs.

Il y a un retour en force de la droite protestante (évangéliques, pentecôtistes et fondamentalistes) depuis les années 1970. Longtemps discréditée voire ignorée par les « libéraux » et les médias, la “droite chrétienne”  (Christian Right) est désormais au cœur de l’échiquier politique et est devenue un allié précieux, souvent pressant, parfois encombrant de la droite conservatrice. Utilisant à merveille les nouvelles technologies de communication, les alliances avec les think tanks (centres de réflexion politique et intellectuelle), les grandes marches, le lobbying ou les campagnes de dénigrement, ses voix sont devenues essentielles lors des élections locales et nationales. Ainsi, Ronald Reagan a largement bénéficié de son soutien en 1980. Aux élections de 2000 et de 2004, la droite religieuse a prouvé qu’elle était la clef de la victoire du parti républicain et de George W. Bush. De l’autre côté de l’Atlantique, si l’incompréhension continue de dominer, aux Etats-Unis, les grands partis ont pris acte de son existence, adapté leurs discours et multiplié les contacts.

Craignant une remise en cause de « la liberté de conscience et l’intégrité de la nation américaine», une sorte de front populaire des associations libérales s’est constitué. Parmi elles, on peut citer la puissante National Organization for Women, l’American Civil Liberties union ou l’Americans for Religious Liberty. « Nous sommes nés dans une région du monde où les forces de Dieu luttent contre les forces du Mal » (Jerry Falwell, 1987).

La droite protestante provoque en effet le rejet d’une partie de l’opinion en raison de l’extrémisme de ses idées et de son refus du compromis. A ce titre, elle « effraie les libertaires, les élites intellectuelles et les défenseurs des droits de l’homme en raison de l’étroitesse d’esprit, de l’intolérance et du refus du pluralisme qui [la] caractérisent. »

Son manichéisme comme son « culte » de la peur, exploité à l’excès depuis le 11 septembre 2001, rappelant les pires années du maccarthysme, soulèvent réprobation et hostilité. Au sein même du protestantisme américain, des voix s’offusquent des dérives de la droite chrétienne qui éloigneraient les fidèles de la spiritualité ou s’inquiètent des manipulations des politiques qui risquent d’ensemencer les graines de la discorde religieuse.

Pour les évangéliques et les néo-conservateurs (majoritairement laïcs), il y a de toute évidence une « exception américaine » : la démocratie made in USA est le meilleur système politique et doit être exportée y compris par la force. Aujourd’hui, des associations religieuses comme World Vision ou The Samitaritan Purse tentent de diffuser aux Irakiens le message du Christ, version « évangélique ». Une guerre religieuse, peu médiatisée et moins spectaculaire que celle menée par les militaires, a pourtant lieu tous les jours.

Le soutien à l’Etat d’Israël trouve en partie ses explications dans la croyance que cette région du Proche-Orient verra un jour la réalisation du message de l’apocalypse. Le Christ réapparaîtra quand l’humanité et les juifs en particulier, réunis sur la Terre promise par Dieu à Abraham, le reconnaîtront comme le Sauveur. L’ennemi, c’est aujourd’hui l’Islam qui remplace à bon compte le communisme soviétique. Le 11 septembre a ouvert un nouveau chapitre du peuple élu américain.

La théocratie (totalitaire) ne relève pas d’une chimère. Elle est réellement le projet de la droite protestante qui a vu comme pain béni la tragédie nationale du 11 septembre. Pour Jerry Falwell, la séparation entre l’Etat et l’Eglise est une « violation de la Constitution » tandis que pour Pat Robertson, elle est «un mensonge ».

Aux Etats-Unis, les évangéliques sont au pouvoir, en contrôlent l’essentiel  et influencent désormais des rouages importants de la vie politique américaine.          «Une chose est sûre » pour ce nouveau messianisme, les conquêtes sont loin d’être terminées…Celles des Etats de l’ex Asie Centrale soviétique, de l’Afghanistan, de l’Irak sont déjà réalisées; restent celles de l’Iran et de la Syrie, qui augure d’un prochain et certain accomplissement.

Carte du moyen - orient 12 / Les visions politiques opposées du Chiisme et du néo-conservatisme

a / Le Chiisme veut changer la géopolitique du Moyen-Orient

Les communautés chiites occupent une des régions clé du monde contemporain. En effet, la zone du Golfe persique, où gisent les trois-quarts des réserves pétrolifères du monde, est peuplée par environ 70 % de chiites. La région du Hasa par exemple, située en Arabie Saoudite, région qui concentre l’essentiel des gisements de pétrole du Royaume, est principalement peuplée de chiites. Ces populations, très souvent constituées par les prolétariats urbains ou ruraux de cette zone,  sont un défi permanent pour les pays du Golfe, tous à majorité sunnites. Le chiisme constitue une donnée géopolitique centrale par le nombre de ses fidèles et leur localisation dans une région vitale pour l’économie des grandes puissances.

La République islamique, dès les premières années qui suivirent son instauration, ne pouvait que provoquer un phénomène de rejet chez les occidentaux par son intransigeance sur la question palestinienne et sa volonté d’exporter son modèle révolutionnaire. Seul Etat chiite au monde, modèle unique de théocratie islamique, l’Iran est un pays qui fait peur. Au regard de la posture anti-impérialiste et de la condamnation irréductible de l’Etat d’Israël adoptées par Téhéran, certains observateurs vont même jusqu’à faire de l’Iran le « Cuba du Moyen-Orient ».

Le choix pour l’acquisition de la technologie nucléaire, le soutien aux mouvements radicaux du Moyen-Orient et l’utilisation avérée de ses armes et méthodes par la résistance libanaise au cours des années 1980 et récemment encore lors de l’attaque israélienne contre le Liban en juillet 2006, ont conduit les occidentaux à classer l’Iran comme faisant partie du fameux “axe du mal”.

Les appels répétés de l’Ayatollah Khomeyni  à destination des fidèles afin de les encourager à rejoindre l’élan révolutionnaire et faire triompher la cause imamite ne peuvent que faire trembler à la fois les pouvoirs nationalistes arabes du Moyen-Orient et Israël. Le concept de la nation est vu du côté du chiisme comme un risque de fracture importante de la communauté musulmane. En effet, comme l’explique François Thual, « les penseurs politiques du chiisme se sont toujours méfiés du fait national. Comme dans le communisme, l’Etat-nation, à leurs yeux, est appelé à se dissoudre un jour dans la victoire finale du chiisme et le triomphe de l’Islam ».

L’avènement de l’Iran des Ayatollahs est un phénomène géopolitique majeur lié à l’évolution du monde musulman : il s’agit du réveil du Chiisme. Hier religion de minorités persécutées et pauvres, sans pouvoir politique, le chiisme connaît un renouveau général qui lui permet de devenir une donnée géopolitique incontournable. L’accès au pouvoir de la majorité chiite en Irak grâce au jeu démocratique, le récent succès du Hezbollah libanais aux élections municipales et contre Israël ou même le rayonnement de la communauté chiite au Pakistan d’où proviennent la majorité des élites de Karachi, comme feu madame Benazir Butto, sont le signe que, partout, les chiites relèvent la tête.

Or l’Iran, unique Etat chiite au monde, se présente comme le défenseur de l’ensemble des croyants, seul capable de fédérer les différentes communautés chiites. Grâce à son clergé et à ses centres de théologie, son influence sur le monde chiite est indéniable. Verra-t-on s’instaurer, comme les Etats sunnites voisins le craignent, un croissant chiite de l’Irak jusqu’au Emirats du Golfe en passant par le Liban sous la conduite de Téhéran ? Dans tout les cas l’objectif ultime dans une première étape de la révolution iranienne est de préparer l’avènement d’un « Grand Chiistan » en attendant  de régler ses comptes avec Israël et l’occident.

b / Le néo conservatisme et son projet de “Grand Moyen-Orient

Dans un article paru dans la revue des forces armées américaines, le général en retraite, Peters, demande la modification de la carte géographique du Moyen-Orient où sera créé un Etat indépendant kurde sur une partie des territoires iranien, irakien, turc, et syrien. Peters croit qu’un tel Etat sera le plus américain possible, dans l’étendue allant de la Bulgarie au Japon.

Il propose, également, la création, d’un Vatican islamique, à la Mecque ou à Médine. Sur cette carte, l’Irak est divisé en trois pays (le Kurdistan, un pays arabe chiite et un pays sunnite). Et l’Iran aussi confiera une grande partie de son territoire aux nouveaux pays dits le Kurdistan, l’Azerbaïdjan uni, un pays arabe chiite et le Baloutchistan libre.

Après leur arrivée au pouvoir, grâce à un verdict de la Cour suprême des États-Unis, en 2000, les néo-conservateurs se sont fixés des objectifs stratégiques, au Moyen-Orient, tout en insistant sur ce point que la mise en place d’un ordre hégémonique ainsi que la suprématie mondiale des États-Unis supposaient la création du Grand Moyen-Orient « de l’Asie centrale jusqu’à au Sud-Ouest de l’Asie en passant par le nord de l’Afrique ». Ils croyaient que la domination du Petit Moyen-Orient (l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie et le Liban) et sa transformation en une caserne militaire, permettrait aux États-Unis de réaliser leurs objectifs envisagés dans le cadre du projet du Grand Moyen-Orient. En fait, ils ont prôné le modèle du jeu domino pour renverser les gouvernements, ce qui permettrait aux États-Unis de réaliser, outre le projet du Grand Moyen-Orient, les objectifs suivants :

Le contrôle du pétrole, un levier pour endiguer l’Europe et l’Est de l’Asie :les pays européens et de l’Asie de l’Est auront besoin, tout comme les Etats-Unis, de la plus importante source d’énergie, c’est-à-dire le pétrole. Le pays qui pourra contrôler dans les 10 années à venir le pétrole, il occupera une position beaucoup plus importante que les autres sur le plan politique.

Assurer la sécurité d’Israël : assurer la sécurité d’Israël, en tant qu’allié stratégique des États-Unis a toujours constitué la priorité de la politique étrangère de la Maison Blanche. Or, l’un des objectifs du projet américain du Grand Moyen-Orient est d’étendre la sphère de sécurité d’Israël.

La propagation des démocraties contrôlées : après la fin de l’échéance de consommation des Etats inféodés et despotiques, Washington a cherché à propager l’idée des démocraties contrôlées, afin de favoriser l’arrivée au pouvoir des gouvernements pro-occidentaux (les islamistes modérés) afin de faire face à l’islamisme extrémiste et d’endiguer la vague de protestations populaires contre les gouvernements inféodés et étendre ainsi son hégémonie sur les pays de la région.

Rendre le terrain favorable à la suprématie civilisationnelle : le grand Moyen-Orient, envisagé par les États-Unis, est un point de conjonction des 7 civilisations, évoquées, par Samuel Huntington, architecte de l’idée du clash des civilisations. Quoique les frontières des civilisations soient considérées, selon lui, comme des régions enceintes de guerres, mais cette région peut être considérée comme le berceau de la future alliance contre la civilisation occidentale. Or, les Etats-Unis ont essayé d’être présents sur les frontières de ces cinq civilisations en vue de les contrôler et empêcher ainsi la création d’un bloc civilisationnel contre l’Occident, et réunir ainsi les conditions nécessaires à la victoire de la civilisation [occidentale] dans la future guerre, qui sera selon Huntington, comme la guerre des civilisations.

Processus de la mise en place de nouveaux gouvernements : l’ancien Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies, Boutros Boutros Ghali estime que le nombre des pays du monde sera passé à 200, dans les premières décennies du troisième millénaire. Et pendant ces années, le monde sera marqué par la réactivation de la faille entre les ethnies, ce qui aboutira, en fin de compte, à l’émergence et à l’apparition de nouveaux gouvernements. Compte tenu de diversité des ethnies au Moyen-Orient, les États-Unis ont un vaste programme pour inciter à des confrontations ethniques en vue d’atomiser la région du Moyen-Orient, d’en modifier la carte géopolitique dans le sens des intérêts des États-Unis.

L’exploitation du potentiel contestataire du chiisme irakien  à l’égard   de l’Iran : les Américains, de leur côté, on bien conscience de ce potentiel contestataire du chiisme irakien. La perspective d’une bipolarité du monde chiite autour de Nadjaf et de religieux réputés  plus  modérés  ne  serait  pas  pour  leur déplaire, bien au contraire. Les néo-conservateurs américains parlent en terme dépréciatifs des « mollahs » de Téhéran, et à l’inverse des « Oulémas » de Nadjaf. Selon Bernard Hourcade, « les Etats-Unis estiment que le chiisme constitue un terreau beaucoup plus fertile pour penser le politique et accomplir des réformes dans le monde arabo-musulman ». Cette idée constitue l’une des thèses principales du dernier livre d’Alexandre Adler, “Rendez-vous avec l’Islam”, qui fait le pari d’un salut de l’islam par le chiisme, « grâce aux trésors d’ouverture de cette philosophie de minoritaires et de dissidents ». Que ferait en effet Téhéran si demain une fatwa venue d’Irak, qu’aucun des dignitaires iraniens au pouvoir n’aurait la compétence d’annuler condamnait le régime iranien en le jugeant contraire à l’esprit de l’islam chiite ? En attendant la réalisation d’une telle perspective qui parait très lointaine, Israel et les Etats arabes du golf éprouvent une peur irrémédiable.

Natanyahou essayant d’impressionner l'Assemblée Générale des NU à propos du soi-disant programme nucléaire iranien

Natanyahou essayant d’impressionner l’Assemblée Générale des NU à propos du soi-disant programme nucléaire iranien

B / La peur d’Israël et des monarchies pétrolières

1 / La phobie israélienne

Israël et les Etats-Unis ne cessent d’alarmer la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien. Il y a quelques années déjà, précisément le 4 mai 2008, le Président israélien Pérès avait considéré que “la possession de l’arme nucléaire par l’Iran sera catastrophique pour Israël”.  Les cris de ce pays semblent émaner d’un Etat dont la vulnérabilité est patente et dont la sécurité est devenue hypothétique. Les occidentaux en font un écho retentissant, pourtant Israël puissance nucléaire avéré n’est pas partie à la convention internationale contre la prolifération des armes nucléaires et elle est réfractaire à tout contrôle de ses installations nucléaire par l’AIEN. Son protecteur américain ne cesse d’avertir contre une simple acquisition par l’Iran de la technologie nucléaire civile, alors que l’Iran est membre de l’AIEN et qu’elle se défend de vouloir œuvrer seulement pour acquérir les moyens de subvenir à ses besoins en énergie nucléaire, chose que le droit international le lui permet naturellement.

Non seulement Israël s’efforce de garder le monopole de l’arme atomique dans le Moyen Orient, mais elle veut garder même celui de la technologie nucléaire civile.

Centrale Nucléaire de Dimona en Israel

Centrale Nucléaire de Dimona en Israël

La vérité, c’est qu’elle a peur en raison de l’exeguité de son territoire qui ne peut supporter même pas une seule frappe nucléaire. Dans ses calculs, l’apparition d’une menace nucléaire l’obligera à garder encore le million d’arabes qui vivent encore sur son territoire et qui pourront  constituer des otages  dissuasifs dans le cas d’une telle menace. Israël demande à présent d’être considéré comme un État exclusivement juif et compte se débarrasser de ces arabes lors d’un règlement définitif du problème palestinien. De surcroît, l’apparition d’une menace potentielle de ce genre, risque fort bien de retarder l’exclusion de ces arabes et d’accroître le flux des départs définitifs d’israéliens vers l’Europe et l’Amérique du nord.

C’est pourquoi lors de l’apparition du fameux rapport de la CIA  disant que l’Iran avait abandonné son programme nucléaire militaire en 2003, la presse israélienne a estimé que ce rapport est « un coup au-dessous de la ceinture contre les autorités israéliennes qui s’efforcent d’alerter la communauté internationale sur les ambitions nucléaires iraniennes ». De même les responsables israéliens n’ont pas cessé de considérer que l’Iran cherche toujours à se doter de la bombe. Le ministre israélien  de la Défense, Ehoud Barak d’alors, s’est efforcé avec assurance, de convaincre ses interlocuteurs américains que l’Iran avait « probablement relancé son programme d’armes nucléaires depuis 2003 ».

Lors de la dernière session de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, Natanyahoo a comparé  un Iran nucléaire à « Al-Qaïda armé de bombes atomiques », il a assuré que « l’avenir du monde était en jeu » et que « le temps pressait ». Illustrant son propos par une pancarte représentant schématiquement une bombe, M. Netanyahu a milité pour empêcher l’Iran, qui en est actuellement à 70% selon lui, d’atteindre le seuil de 90% d’enrichissement de son uranium. Il a même tracé une ligne rouge au feutre sur le dessin. « Au printemps prochain, au maximum l’été prochain au rythme où ils poursuivent actuellement l’enrichissement (…), ils pourront passer à l’étape finale », a assuré Benjamin Netanyahu. « Ils n’ont besoin que de quelques mois, peut-être quelques semaines, avant d’avoir suffisamment d’uranium enrichi pour la première bombe ». « Le temps presse, il est très tard », a-t-il averti : « L’avenir du monde est en jeu (…), rien ne peut mettre davantage en péril notre avenir qu’un Iran doté d’armes nucléaires », a-t-il martelé.

Les dinosaures du CCG2 / Le désarroi des monarchies pétrolières

A l’instar du communisme révolutionnaire et de la théorie léniniste de l’avant-garde éclairée, la révolution iranienne a vocation, du moins à l’origine, à entraîner derrière elle les différentes communautés chiites dans une révolution dont la perspective serait l’islamisation générale du monde et le triomphe de la vérité chiite. De même que la Révolution française faisait trembler les monarques européens qui redoutaient une contagion généralisée, la volonté de l’Iran d’exporter dans un premier temps sa révolution a exacerbé le ressentiment des États voisins.

L’avènement de la Révolution islamique a exacerbées à l’évidence les  tensions  entre  les  principales  branches de  l’Islam. Les appels répétés de l’Ayatollah Khomeyni  à destination des fidèles afin de les encourager à rejoindre l’élan révolutionnaire et faire triompher la cause imamite ne peuvent que faire trembler les pouvoirs nationalistes arabes du Moyen-Orient. Le concept de la nation est vu du côté du chiisme comme un risque de fracture importante de la communauté musulmane. En effet, comme l’explique François Thual, « les penseurs politiques du chiisme se sont toujours méfiés du fait national. Comme dans le communisme, l’Etat-nation, à leurs yeux, est appelé à se dissoudre un jour dans la victoire finale du chiisme et le triomphe de l’Islam ». Il est aisément compréhensible qu’une telle position indispose les différents pouvoirs en place qui maintiennent leur cohésion grâce à la défense de l’idée nationale. Leur aversion pour la cause chiite est aujourd’hui plus forte que jamais. La victoire du chiisme en Irak et l’immixtion au quotidien de la République islamique dans l’ensemble des rouages de la vie politique irakienne est un motif de profonde inquiétude. Le roi de Jordanie, Abdallah Ie, pourtant réputé mesuré et formé dans les meilleurs écoles britanniques, s’est fait, il y a longtemps déjà, le porte parole de cette méfiance vis à vis du chiisme  dans un entretien  paru dans le Washington Post du 8 décembre 2004. Invoquant la crainte de l’établissement d’un croissant chiite de l’Iran au Liban en passant par l’Irak, Le roi y précise que « si l’Irak devient une république islamique, les pays de la région devront faire face à toutes une série de problèmes qui dépasseront très vite les frontières irakiennes».

En outre, le fait que la secte wahhabîte caractérisée par une lecture rigoriste de l’Islam et dotée d’une capacité d’influence fondée sur une puissance financière hors norme, soit à la tête de l’Arabie Saoudite, ne va pas dans le sens d’un retour à un dialogue apaisé. De même, la doctrine salafiste, qui rencontre un certain succès auprès d’une partie des sunnites musulmans, fait du chiisme « l’ennemi proche » contre lequel il importe de lutter par le djihad  avant même de s’en prendre à « l’ennemi lointain », Israël, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux.

C / Les faiblesses structurelles de l’Iran

1 / La vulnérabilité  du territoire iranien

L’expérience de la guerre contre l’Irak, de 1980 à 1988, reste dans la mémoire iranienne : l’armée de M. Saddam Hussein, alors allié momentané de l’Occident, avait utilisé des armes chimiques qui, ajoutées à la supériorité de Bagdad dans toute la gamme des armements modernes, avaient conduit le commandement iranien à recourir à d’énormes effectifs d’infanterie, soit pour y résister, soit pour réaliser des contre-offensives, constituant autant de coups de boutoir extraordinairement coûteux en pertes humaines, afin d’ébranler ou de fissurer les lignes irakiennes. Ce souvenir demeure si fort chez les responsables iraniens qu’ils ne veulent en aucun cas revivre pareille épreuve.

Durant tout le conflit, les Scud ont été employés par les irakiens directement contre les principales villes iraniennes et en particulier sur Téhéran. L’utilisation opérationnelle de ces missiles consistait à les envoyer vers la capitale iranienne par salve de trois. L’objectif n’était pas de détruire un site militaire particulier, mais de mettre sous-pression des populations éloignées du front et d’infliger des dégâts moraux. Ces armes permettent de frapper loin de l’Irak un pays dont les défenses classiques anti-aériennes sont trop puissantes. Certes, la charge est insuffisante pour effectuer des dégâts militaires trop importants, mais des villes peuvent être atteintes. De plus, les Irakiens avaient indiqué que des têtes plus dévastatrices, comme des têtes chimiques pouvaient être montées sur les missiles. Ces menaces ont été exécutées et c’est d’ailleurs, la démoralisation des soldats iraniens du fait de ces attaques chimiques, l’impossibilité pour l’Iran de pouvoir riposter de la même manière et la peur d’une attaque chimique sur Téhéran, ayant des conséquence désastreuses, qui expliquent en partie la volonté de Khomeini d’accepter le cessez-le feu du 18 juillet 1988[

Le régime avait dans un premier temps communiqué sur le thème de la « Patrie en Danger »espérant rallier le peuple dans un élan patriotique, mais cela avait donné l’effet contraire à celui escompté ! La présence de l’armada d’une forte coalition internationale à proximité des rives iraniennes a été interprétée par les iraniens comme un signe de la vulnérabilité du pays et de l’imminence d’une attaque fatale et de la possibilité d’un soulèvement.

Récemment, c’est en ces termes qu’un spécialiste des questions militaires américaines a résumé la puissance des forces armées iraniennes au micro de Voice Of América. Ce spécialiste a dit que l’ensemble des forces militaires de la république islamique d’Iran n’était rien d’autre qu’un moustique dans une tempête.

Bombe d'Hiroshima

L’explosion de la bombe américaine à Hiroshima

2 / La menace nucléaire israélienne et américaine sur l’Iran

Le pouvoir probablement le plus dangereux est le pouvoir nucléaire. Mais c’est un pouvoir caché, invisible, en orbite ou sous la mer. Et depuis qu’on l’a vu à l’œuvre à Hiroshima et Nagasaki, l’humanité en a gardé la trace indélébile et se sent menacée dans son existence.

L’histoire de la construction par Israël d’un arsenal nucléaire puissant et sophistiqué, sans jamais en admettre l’existence, commence l’année même de sa naissance. En 1948, une unité scientifique de l’armée commence les prospections qui mènent à la découverte d’uranium dans le désert du Néguev. En même temps, l’institut Weizmann se concentre sur la recherche nucléaire en collaboration étroite avec les Etats-Unis qui lui fournissent les équipements et les technologies. Pour produire le plutonium nécessaire à la fabrication de la bombe, Israël a besoin d’un réacteur qu’il obtient de la France. Il sera construit à Dimona dans le Néguev. En 1966, les installations de Dimona commencent à produire des armes nucléaires.

Au bout du compte on peut dire qu’aujourd’hui Israël a ainsi construit environ 400 armes nucléaires d’une puissance cumulée de 50 mégatonnes équivalent à 3850

Centrale nucléaire de Dimona en Israël

Centrale nucléaire de Dimona en Israël

bombes d’Hiroshima. Comme vecteurs nucléaires, les forces armées israéliennes sont dotées de 300 chasseurs-bombardiers (F16 et F15) armés de missiles israélo américains.

Israël est ainsi entré incognito dans le club fermé des pays possédant l’arme nucléaire par la porte de service du nucléaire civil. En refusant de signer le traité de non prolifération des armes nucléaires (TNP) en 1968, il a affirmé son intention de poursuivre son programme nucléaire militaire sans aucun contrôle international. Aujourd’hui, Israël possède les instruments de la deuxième frappe; celle de répondre à une riposte de l’ennemi à une première frappe de sa part. Il est en effet doté de trois sous-marins fournis par l’Allemagne, qui sont armés de missiles de croisière nucléaires. Enfin, il faut ajouter 50 missiles balistiques Jéricho II sur rampes mobiles de lancement de longue portée (1500 à 3000 km).

Se plaçant dès lors en situation de monopole du nucléaire au Moyen-Orient avec le soutien américain, il a mis en joue tous ses voisins les uns après les autres, mais ne pourra maintenir sa position de gendarme nucléaire incontrôlé  et  belliciste  sans  risque  grave  pour  la région : il s’agit bien d’une perspective de guerre nucléaire. Personne ne rappelle qu’Israël prépare méthodiquement contre l’Iran une attaque nucléaire dans l’attente d’une possible décision politique en ce sens. Une « attaque défensive » bien sûr. Et quand un journaliste indépendant ose le démontrer, il est immédiatement démenti et traité d’antisémitisme. Israël considère ouvertement l’Iran comme son adversaire le plus dangereux et, dès maintenant, ses menaces sont pressantes et précises.

N’oublions pas que c’est dans ce cadre stratégique que se situe, en accord discret avec Washington, l’attaque surprise du 7 juin 1981 par une escadrille de chasseurs-bombardiers israéliens du réacteur de Tamouz-1 qui devait entrer en fonction à Osirak en Irak. Pour la première fois dans l’histoire, un Etat accomplit un acte de guerre contre un autre Etat dans le cadre de la logique de la guerre nucléaire, et ce selon la doctrine de la première frappe, préventive, qui peut détruire par surprise l’essentiel de l’arsenal nucléaire de l’adversaire. Il faut également se rappeler la récente attaque par une escadrille israélienne de bombardiers d’installations syriennes soupçonnées de préparer la production d’armes nucléaires avec l’aide de la Corée du Nord. Il est sûr qu’un plan analogue est déjà prêt pour l’Iran. La production par Israël de missiles de longue portée devant d’évidence porter des têtes nucléaires démontre bien sa volonté de se préparer à l’hypothèse de la guerre nucléaire.

D’après certaines sources dignes de foie, Israël a développé une centaine de missiles balistiques Jéricho 2, d’une portée de 1500 à 3000 km en fonction de la charge transportée : il est capable de transporter une charge de 1000 kg à près de 1500 km. Ces missiles enterrés en Israël seraient prêts à entrer en action alors que des rumeurs font état d’un Jericho 3 encore plus puissant.

Il s’agirait du lanceur spatial Shavit qui a permis à Israël de devenir en 1988 la huitième puissance spatiale. Sa transformation en missile balistique lui permettrait de transporter une charge de 775 kg à plus de 4000 km, et ainsi de couvrir la totalité du Moyen-Orient et une part importante de l’ex-Union Soviétique.

3 / L’isolement diplomatique et l’encerclement militaire de l’Iran

a /  L’isolement diplomatique de l’Iran

Si les minorités chiites sont à la recherche d’un soutien plus marqué de la part d’un allié compréhensif et attentionné, l’Iran, de son côté, a tout intérêt à faire usage du prestige dont il dispose pour rompre son encerclement. Mis au banc des nations depuis 1979, frappé d’embargos américains successifs qui interdisent les transferts massifs de technologies et les investissements commerciaux, il a un besoin urgent d’atténuer l’isolement dont il fait l’objet sur la scène internationale. L’Iran ne manque pas d’atouts pour entraîner derrière lui tout ou partie du monde chiite.

Pays chiite entouré d’Etats sunnites plus ou moins hostiles, identité perse contre identité arabe en opposition depuis le VIIe siècle, théocratie islamique révolutionnaire au contact d’un nationalisme soucieux de se maintenir au pouvoir ; les raisons ne manquent pas pour faire de l’Iran un pays à part, rejeté par ses voisins et par l’Occident. Les huit années de guerre qui suivirent l’avènement des Ayatollahs au pouvoir, furent un véritable traumatisme pour la jeune Révolution. Outre les millions de morts, l’Iran de Khomeyni ne pouvait que constater amèrement son total isolement diplomatique. A l’exception  notable du Yémen et de la Syrie, c’est  l’ensemble de la communauté internationale qui prit fait et cause pour l’Irak baasiste, et le soutient plus ou moins activement  tout au long du conflit. Aucune résolution de l’ONU pendant les années de guerre ne désigna clairement l’agresseur irakien. Lors de l’utilisation de l’arme chimique par les troupes de Saddam Hussein, le Conseil de sécurité évita de désigner nommément l’Irak et renvoya dos à dos les deux belligérants. Les instances de l’ONU, sans jamais l’avouer, avaient clairement choisi leur camp.

Cet isolement diplomatique se double d’un isolement économique. Le pays a déposé depuis 2001 une demande d’adhésion à l’Organisation Mondiale de Commerce. Mais pour le moment, cette demande est rejetée. Les Etats-Unis s’opposent même à ce que l’Iran acquière le simple statut d’observateur. Enfin, au sein de l’OPEP, l’Iran ne dispose d’aucun relais et sa voix peine à se faire entendre. Les positions maximalistes de Téhéran pour un pétrole cher se heurtent en effet à la volonté de l’Arabie Saoudite qui souhaite ménager les puissances occidentales et éviter une crise économique durable chez les principaux clients du Royaume.

Un évènement intervenu en 2002 a encore renforcé l’isolement de Téhéran sur la scène internationale. Le 27 mars 2002, lors du sommet de la Ligue Arabe à Beyrouth, une résolution a été votée sur la souveraineté des deux îlots de Tomb et celui d’Abou Moussa. Ces îlots avaient été ponctuellement occupés par l’armée du Shah quelques jours après la déclaration d’indépendance des Emirats Arabes Unis. Depuis, la question de souveraineté n’avait pas été tranchée. En dépit des efforts iraniens, la Ligue Arabe décidait à l’unanimité, Syrie y compris,  que la souveraineté des  trois îlots devait revenir aux Emirats Arabes Unis. Récemment encore lors du sommet arabe de Damas une résolution similaire a été votée, prorogeant ainsi cet isolement. Celui-ci est doublé d’un réel encerclement militaire.

b / L’encerclement militaire de l’Iran

La situation géopolitique de la République islamique est des plus déplorable. Il suffit de consulter une carte du Moyen-Orient pour constater qu’à l’exception de la Syrie, son environnement est particulièrement hostile. Pays frontaliers, l’Irak et l’Afghanistan sont sous occupation militaire occidentale. La majeure partie de l’Asie centrale ex-soviétique est tombée dans l’orbite des Etats-Unis. La péninsule arabique accueille d’impressionnantes bases militaires américaines et l’US Navy croise dans le Golfe persique.

Aujourd’hui, l’Iran n’a qu’un seul vrai allié : la Syrie. Les deux pays ont signé le 18 novembre 2004 un accord d’assistance mutuelle selon lequel chacun promet de voler au secours de l’autre en cas de sanctions internationales accrues. La première visite de chef d’Etat du président Ahmadinejad a ainsi été à destination de la Syrie. La nature de cette relation bilatérale n’est pas en mesure, loin s’en faut, de permettre un retour de l’Iran dans le giron de la communauté internationale. Son dossier nucléaire ne laisse nullement planer dans l’horizon cette possibilité.

Mais que signifierait, dans les relations stratégiques internationales, l’émergence d’une puissance nucléaire militaire iranienne ? Non seulement le pays est entouré de puissances nucléaires, mais ses dirigeants estiment, à juste titre, que l’invasion et l’occupation de l’Irak a eu pour résultat ­ et avait même, en partie, pour but ­ l’encerclement de l’Iran par les Etats-Unis, qui entretiennent maintenant un dispositif militaire dans les Républiques ex-soviétiques d’Asie centrale, en Afghanistan et au Pakistan, dans le Golfe, en territoire irakien et même dans le Caucase.

AIEA à ViennC / L’aléatoire légalité de l’acquisition du nucléaire civil

1 / La légalité encadrée de l’acquisition des technologies nucléaires civil

Dès le début des années 1950, la communauté internationale, à travers l’onu, a commencé à prendre conscience du risque de voir proliférer des armes nucléaires à travers le monde. C’est ce qui l’a incitée à créer l’AIEA en 1956, afin de promouvoir l’usage du nucléaire non pas à des fins militaires mais civiles.

L’élaboration d’un traité visant à garantir la non-prolifération des armes nucléaires fut la suite logique de la création de l’AIEA. Il fut élaboré à l’initiative des États-Unis et de l’Union soviétique.

Le traité est censé favoriser les usages pacifiques de l’atome, en affirmant le droit inaliénable de toutes les parties au traité à développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Tous les pays signataires, et notamment les États les plus avancés dans le domaine nucléaire civil, s’engagent ainsi à faciliter un échange aussi large que possible d’informations, d’équipements et de matières nucléaires pour les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire.

a / Le principe de l’acquisition contrôlée du nucléaire civil

L’article 4 de ce traité (TNP) prévoit, le droit des pays à se doter d’un programme nucléaire civil, dont le droit de mettre en œuvre même les techniques d’enrichissement de l’uranium.

Suivant ce même article, ce traité n’est pas conçu pour porter atteinte aux recherches et à l’exploitation d’un nucléaire pacifique, mais au contraire incite à la coopération technologique et scientifique « aussi large que possible » dans ce domaine. L’article V fait mention de l’utilisation pacifique de l’explosion nucléaire en

Shah d'Iran

Shah d’Iran

engageant les États dotés de l’arme nucléaire (EDAN, le « club nucléaire ») à rendre accessibles, sur une base non discriminatoire aux États non-dotés de l’arme nucléaire (ENDAN) des dispositifs explosifs dont ils n’auraient pas à payer la recherche et la mise au point.

En 1982 l’Iran revient sur sa décision unilatérale d’abondonner le programme nucléaire entamé par le Shah. Dès cette date, les iraniens insistèrent sur le caractère strictement civil du programme qui a été repris et promirent de soumettre leurs installations au contrôle par les experts de l’AIEA. L’Iran étant parmi les tout premiers Etats signataires du traité instituant cette organisation, arguait qu’elle songeait seulement garantir son indépendance énergétique dans la perspective de l’après pétrole. En plus et dans une perspective d’alléger les craintes des occidentaux qui commençaient à s’amplifier, l’Ayatollah Khomeiny publia même une Fatwa interdisant la production et l’utilisation de l’arme atomique. De surcroît, l’Iran signa également le Protocole additionnel du traité de non prolifération, permettant ainsi un contrôle encore plus rigoureux de ses installations.

Mais en 2002, les USA reprennent à eux les soupçons israéliens à l’endroit de l’Iran qu’ils traitent de pays dangereux voulant acquérir la technologie nucléaire pour se donner en sous main l’arme atomique.

b / Les interdits du nucléaire

Le préambule du Traité de Non Prolifération commence ainsi : « Les États qui concluent le présent Traité, […] »

« Considérant les dévastations qu’une guerre nucléaire ferait subir à l’humanité entière et la nécessité qui en résulte de ne pas ménager aucun effort pour écarter le risque d’une telle guerre et de prendre des mesures en vue de sauvegarder la sécurité des peuples […] sont convenus de ce qui suit… »

Et rappelant l’effort qui doit être mis conformément à la Charte des Nations-Unies pour s’abstenir du recours à la menace ou à l’emploi de la force, et pour favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationale, le traité engage les parties non-dotées d’armes nucléaires « à ne transférer [ni ne recevoir] à [ou de] qui que ce soit, ni directement ni indirectement, des armes nucléaires […] ou le contrôle de telles armes ». Il engage aussi toutes les parties au traité à « ne pas fournir de matières brutes ou de produits fissiles spéciaux, ou d’équipements ou de matières spécialement conçus ou préparés pour le traitement, l’utilisation ou la production de produits fissiles spéciaux à un État non doté de l’arme nucléaire ». C’est justement ce passage du traité qui prête à la confusion utilisée par les occidentaux pour empêcher d’autres Etats à accéder au cycle complet de l’enrichissement de l’uranium même à des fins pacifiques.

c / Le caractère vague de la distinction entre nucléaire civil et nucléaire militaire

Objectivement, la distinction du TNP entre nucléaire civil autorisé et nucléaire militaire prohibé n’est plus pertinente en l’état actuel des techniques. Le savoir-faire et les installations civiles peuvent rapidement trouver un usage militaire. Une lecture sévère du TNP conduirait à interdire à tout État de se doter d’une industrie nucléaire civile, tandis qu’une lecture laxiste du traité ouvrirait la porte à une prolifération généralisée. Ce débat n’étant pas tranché, il est impossible de résoudre sereinement le cas iranien, et c’est précisément ce flou que les Etats-Unis entendent exploiter pour arriver à la guerre.

2 / Les occidentaux utilisent politiquement les ambiguïtés du traité de non prolifération des armes nucléaires

Créé durant la Guerre froide, le traité était destiné à mettre fin à la prolifération horizontale (augmentation démesurée des armes nucléaires et du nombre de pays détenteurs) et verticale (perfectionnement de l’armes nucléaire par les cinq du club atomique). Il repose sur trois piliers :

– Prévention d’une plus grande dissémination des armes nucléaires,

– Désarmement des pays dotés de l’arme nucléaire et

– Utilisation Pacifique de l’énergie nucléaire.

Après 38 ans de fonctionnement, le traité n’a pas rempli ses objectifs. Les raisons en sont aussi bien ses limites intrinsèques, que la volonté de nombre de puissances de l’ignorer.  Ces limites se présentent comme il suit :

a / La consécration de la discriminatoire entre Etats membres

Le TNP crée intrinsèquement une discrimination entre les EDAN et les ENDAN, à peine compensée par les contreparties accordées par les cinq EDAN, comme la possibilité pour les ENDAN de développer des applications nucléaire pacifiques (comme pour l’énergie)  ou leur engagement de réduire les potentiels nucléaires et de favoriser un désarmement complet. En général, les pays qui possèdent l’arme nucléaire, EDAN ou non, se sont engagés à respecter des garanties positives les engageant à porter secours aux pays qui seraient menacés ou attaqués par des armes atomiques, et des garanties négatives (Résolution  984 du 11 avril 1995 adoptée à l’unanimité par le  Conseil de Sécurité des Nations-Unies) engageant les pays possédant l’arme nucléaire à ne pas attaquer avec leurs armes atomiques des pays signataires du TNP qui n’en seraient pas dotés.

Tout repose donc sur une discrimination : d’un côté, les États officiellement dotés de l’arme nucléaire (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie), de l’autre, les États non dotés et auxquels on interdit tout accès à cette arme.

b / L’utilisation politique de la discrimination

L’agence que le traité institue ne possède ni organe exécutif, ni secrétariat : L’AIEA que le traité désigne pour présider aux contrôles des installations nucléaires des pays membre, n’a aucune autorité pour déterminer si un pays possède ou pas un programme d’armes nucléaires. C’est au Conseil de Sécurité des Nations Unies auquel incombe cette compétence. Or, il s’agit là d’un organe politique où les considérations d’ordre politique ; donc subjectives, qui  président aux décisions de cette instance. Un telle situation est de nature à faciliter aux cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et leurs alliés respectifs, une utilisation politique de leur position privilégiée :

dans le sens de l’obstruction à l’acquisition par quelques pays du nucléaire civil : il a été démontré que les USA avaient utilisé l’amalgame entre le nucléaire de la bombe et le nucléaire civil pour justifier la plus terribles des guerres après celle du viêtnâm, contre l’Irak. Les accusations américaines disant que ce pays détenait des armes de destruction massive se sont avérées fallacieuses. On en est venu à utiliser des mensonges pour aller détruire et occuper un Etat souverain du fait de cette discrimination instituée et de l’imprécision consacrée entre nucléaire civil et nucléaire militaire. L’instrumentalisation du traité par les grandes puissances pour l’obstruction de l’accès au nucléaire civil par certains Etats dont l’Iran et la Corée du Nord, fragilise le TNP. Ce dernier pays faudrait-il se le rappeler à juste titre, s’est retiré du traité concerné. L’Iran menace à présent de faire de même.

Ce traité est désormais manipulé ouvertement au gré des intérêts géostratégiques. Les Occidentaux estiment à présent que s’il est reconnu aux Etats d’accéder à une utilisation exclusive à des fins civiles, cet accès doit être limité à quelques opérations et ne doit pas aller jusqu’à l’enrichissement de l’uranium à l’eau lourde et il faudrait que le combustible nucléaire soit livré à ces Etats par les puissance nucléaires à des quantités ne permettant nullement une utilisation militaire. De surcroît, cet accès doit être encadré par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Il s’agit là bien sûr d’une interprétation restrictive émise pour parer à toute maîtrise par certains Etats de tout le cycle des opérations de recherche civile en matière nucléaire, et ;

dans le sens de protéger l’arme nucléaire israélienne : Malgré les résolutions répétées par lesquelles l’Assemblée générale des Nations unies a confirmé « sa condamnation du refus d’Israël de renoncer à la possession des armes nucléaires » et a demandé au Conseil de sécurité de prendre des « mesures urgentes pour qu’Israël applique la résolution 487 du Conseil lui-même dans laquelle il demande que celui-ci mette ses installations nucléaires sous la juridiction de l’AIEA » (Résolution 44/121 du 15 décembre 1988), l’arsenal nucléaire israélien, toujours plus déstabilisant et dangereux, continue à être « ignoré » par les gouvernements des « grandes démocraties occidentales ».

Depuis lors le Conseil de Sécurité a enterré ce dossier et n’en parle guère malgré qu’Israël est dore et déjà une puissance nucléaire avérée comme on l’a vu plus haut. Les USA et les puissances occidentales ont pu convaincre une grande  partie  des membres des Nations Unies pour que ce dossier soit tu et que priorité était d’évoquer celui de l’Irak, celui de la Corée du Nord et maintenant celui de l’Iran. Même les Etats arabes ont été convaincus que l’urgence serait plutôt celle du nucléaire civil iranien, comme si c’est l’Iran qui a pris l’habitude non inquiétée de les attaquer !

A présent on parle de menace iranienne, mais pour imposer l’image exclusive de cette menace, il faut bien occulter la seule menace réelle qui plane sur le Moyen-Orient. Peu importe que la République islamique n’ait jamais commis d’agression militaire à l’égard de ses voisins. Elle n’a jamais attaqué personne sinon verbalement. La seule guerre qu’elle avait menée, elle fut déclenchée plutôt par l’Irak. Peut-on en dire autant d’Israël ? A plusieurs reprises, il a lancé ses forces aériennes sur l’Egypte, la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Irak et la Tunisie, sans parler des territoires palestiniens quotidiennement pris pour cibles par ses chasseurs-bombardiers et ses hélicoptères lance-missiles.

Selon des spécialistes, il ne faut désormais parler d’un «deux poids deux mesures», mais plutôt d’un «trois poids et trois mesures». Qu’on en juge plutôt. Certains États non membres, comme l’Inde et Israël, sont considérés de facto comme des puissances nucléaires. New Delhi convoite un statut dérogatoire du TNP, avec l’appui des États-Unis et de la France. Quant au cas israélien, les occidentaux font tout pour l’éluder. Tantôt ils avancent qu’Israël n’est pas concerné par le traité parce qu’il ne l’avait  pas signé, tantôt ils disent qu’il est menacé par ses voisins et qu’une fois cette menace aura disparu, son cas sera repris par le Conseil de Sécurité.

d / Les USA eux-mêmes, ainsi que nombre d’autres puissances ne respectent pas des stipulations du traité. Cet irrespect d’un traité international se vérifie

en ce qui concerne le désarmement : les EDAN ne manifestent pas la volonté d’appliquer ni les stipulations originaires sur le désarmement, ni  les accords établis lors de la révision de 2000 sur le même thème. Les cinq EDAN sauf la Chine ont désarmé quantitativement. Mais aucun qualitativement, ils ont au contraire tous modernisé leurs armements et pris des dispositions pour conserver leur capacité nucléaire indéfiniment. Bien plus, Lors de la Conférence du Comité préparatoire de la révision du TNP en 2002, les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils ne désiraient plus souscrire à l’article VI du TNP qui demande la fin de la course aux armements et une convention de désarmement nucléaire sous contrôle international strict et efficace. Ils ont systématiquement rejetés l’entrée en vigueur de l’interdiction de produire du matériel fissile à usage militaire, le principe d’irréversibilité pour les conventions de désarmement nucléaire, la réduction réelle des arsenaux nucléaires, l’application des traités existants, la reprise des entretiens sur la réduction des arsenaux stratégiques et spécialement tactiques, l’arrêt de la production de plutonium, de tritium, etc…

en ce qui concerne le devoir de s’abstenir au partage nucléaire : six pays non nucléaires de l’OTAN accueillent actuellement des armes nucléaires américaines sur leur territoire. Il se peut que jusqu’à 180 bombes à gravité de type B-61, soient déployées en Europe. Il s’agit d’armes nucléaires conçues pour être larguées à partir d’un avion. Certaines de ces bombes sont conçues dans l’éventualité d’une utilisation en temps de guerre par des pays non nucléaires membres de l’OTAN. Les forces aériennes de ces pays utilisent des avions dits à double capacité, ce qui leur permet de larguer aussi bien des bombes conventionnelles que des bombes nucléaires. Si l’Alliance décidait d’utiliser des armes nucléaires, et si le Président des États-Unis ordonnait leur utilisation, la double capacité de ces chasseurs bombardiers permettrait aux forces armées de ces États non nucléaires de participer à des opérations nucléaires de l’OTAN.

Les 6 pays de cette organisation, qui hébergent gracieusement ces bombes nucléaires à gravité américaines B-61 : l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne et la Turquie seraient en infraction vis-à-vis de l’article II du TNP qui interdit à un pays non détenteur d’armes nucléaires d’accepter sur son territoire de telles armes.

En temps de guerre, ces 6 pays deviendraient des puissances nucléaires de facto. Ces membres très zélés de l’OTAN sont coupables, du moins en esprit si pas à la lettre, de violation de l’article II du TNP auquel quatre d’entre eux ont adhéré en 1975 et la Turquie en 1980…

en ce qui concerne l’autre prolifération avérée contre laquelle rien n’a été fait : les déséquilibres entre pays dotés de l’arme nucléaire et ceux qui en étaient dépourvus, ont participé à pousser trois pays (Israël, l’Inde et le Pakistan) à ne pas signer le TNP. Ces trois non signataires, ont réussi à développer, non seulement leur  nucléaire civil; mais, aussi leur armement atomique, démontrant ainsi les limites du caractère dissuasif du traité.

Il est surprenant que ces cas n’aient pas conduit à une remise en cause de l’efficacité du traité actuel de non-prolifération nucléaire (TNP). Tout à fait bizarre le silence actuel du Conseil de Sécurité sur les armes nucléaires d’Israël.

Cette loi du silence que les occidentaux imposent dès qu’il s’agit de la bombe israélienne, consiste  soit à éluder la question, soit à lui apporter une réponse de la plus parfaite hypocrisie : « L’Iran et Israël sont dans des situations totalement différentes du point de vue du droit international. L’Iran s’est interdit lui-même d’avoir la bombe en signant le TNP. Israël n’a pas signé le TNP, et donc son programme nucléaire n’est pas contraire au droit international ».

Autrement dit : il n’y a aucune menace si l’arsenal nucléaire a été acquis en dehors du traité (Israël), mais seulement lorsqu’un Etat signataire est susceptible de l’acquérir un jour (Iran). Comme si la qualification juridique de l’arsenal déterminait sa dangerosité ! On se demande si la Corée du Nord qui s’est retirée de l’accord de non prolifération aura la possibilité de mener ses entreprises nucléaires militaires en toute « légalité » ?

Comment ce traité pourrait-il être « durable », alors qu’il est profondément inégalitaire ? Comment justifier à long terme que, parmi les signataires du traité, seuls les 5 “Grands” continuent à avoir le monopole légal de l’armement atomique ? En dehors d’un embargo bien peu dissuasif sur les matériels et les technologies nucléaires, quels sont les moyens dont dispose la communauté internationale pour empêcher les Etats signataires de développer un programme militaire plus ou moins secret ? Les Etats-Unis sont-ils seuls qualifiés pour juger et punir ?

Ainsi, ne serait-il pas exagéré de dire que lunique fonction du TNP est de tyranniser les pays qui ne se sont pas encore dotés de l’arme nucléaire et de les obliger à se soumettre à des règles conçues par plus des puissants qu’eux. Ce traité a été élaboré dans le but d’assurer l’immuabilité de la structure de domination existante, et non pour assurer le maintien de la paix.

A supposer que l’Iran ait songé un jour dans le passé à se doter de l’arme nucléaire, ne serait-il pas dans une situation légitime de se préparer à la grande menace qui la guettait, une triple menace irakienne, américaine et israélienne ?

Attaqué par l’Irak, et subissant un embargo sur les ventes d’armes, alors que son adversaire se procurait toute la gamme des armements modernes, notamment auprès de l’Union soviétique et de la France, l’Iran aurait été obligé de reprendre son ancien programme. Son retour au nucléaire résulterait aussi d’une analyse stratégique plus large. Le pays se trouvait alors face à l’existence ou à l’émergence probable de forces nucléaires chez tous ses voisins : en Israël, en Union soviétique, en Inde, au Pakistan, dans le Golfe où les forces aériennes et navales américaines se déployaient, et en Irak. Les dirigeants iraniens aurait jugé qu’il serait impossible de ne pas y réagir et, actuellement encore, c’est la donnée stratégique majeure qui déterminerait leur choix.

Il ne s’agit là pour l’Iran que d’une supposition qu’Israël s’acharne à convaincre l’occident de sa véracité pour obtenir une participation de celui-ci  à la destruction de ce pays comme on l’avait fait pour l’Irak avec des mensonges similaires. Mais pourquoi Israël s’acharne-t-il à vouloir détruire l’Iran? C’est là le nœud de la question véritable qu’il faudrait poser. Alors, le hic est dans la nature de l’Etat sioniste et dans sa géographie.  Oui, un fait tangible, c’est qu’ Israël demeure très vulnérable bien qu’elle soit parvenue au stade de la 2ème frappe et qu’elle se dote de missiles antimissiles : c’est qu’au premier tir nucléaire de la part d’un belligérant contre ce petit “pays”, il s’en trouvera anéanti (la géographie réduite et la concentration des populations dans des zones rapprochées multiplieront le nombre des victimes). De surcroît, la nature et l’histoire de cet “Etat” font que dès la menace nucléaire apparaitra évidente, une majorité d’habitants décideront de retourner là d’où ils étaient venus. Si à présent, les responsables sionistes insistent pour en finir avec le programme nucléaire iranien, c’est en raison de la vulnérabilité effective et pérenne de la présence d’Israël dans cette région…

Le dernier rapport de la CIA est venu confirmer le fait que l’Iran a bien abandonner son programme nucléaire militaire en 2003, juste après l’invasion de l’Irak par les américains. Mais cela, n’a pas suffit pour clore ce dossier. Les américains et Israël continuent toujours d’en faire un souci pressant, ce qui a élu ce dossier à avoir des manifestations au niveau des institutions internationales et à être exploité comme un moyen de pression sur l’Iran pour que ce dernier consente à obtempérer sur nombre d’autres questions internationales.

A suivre …

Sami Shérif

Notes

(1) Le chiisme s’est scindé dès le premier siècle de son existence en trois parties inégales et au destin divergent : le zeydisme qui survit aujourd’hui au Yémen, le chiisme septimalien qui, lui-même, s’est fractionné en toute une série de mouvements que l’on regroupe généralement sous le terme générique d’ismaélisme, et enfin, le chiisme duodécimain, celui qui existe principalement en Iran, au Liban et en Irak. Les divergences entre chiites sont d’ordre dynastique. Pour les septimaliens, seuls les sept premiers Imams sont légitimes. Les duodécimains reconnaissent l’ensemble des douze Imams jusqu’à l’occultation du dernier d’entre eux. C’est pourquoi François Thual fait remarquer que « si les chiites duodécimains du Moyen-Orient considèrent la révolution islamique iranienne comme un pôle, ce pôle ne fédère pas l’ensemble des chiites, loin de là. L’influence iranienne est particulièrement  sensible dans le monde du chiisme duodécimain – et encore avec beaucoup de nuances – mais elle est assez faible dans le monde ismaélien». Les Druzes constituent un autre exemple de dissension. Chiites, ils représentent une secte née au XIe siècle d’une scission de l’ismaélisme. Il s’agit d’une religion fermée, c’est-à-dire que l’on naît druze mais que l’on ne peut le devenir par une simple profession de foi. Les alaouites syriens sont également chiites mais ils ne reconnaissent que la lignée des Imams jusqu’au onzième d’entre eux ce qui constitue une grave trahison pour un chiite duodécimain.

 (2) Les musulmans sont plus d’un milliard aujourd’hui dans le monde. Sur ce milliard de croyants, entre 10 et 12 % sont chiites, ce qui représente une population totale de 140 millions de croyants[iii]. D’après l’édition la plus récente du CIA World Factboock, qui constitue une référence en la matière, les chiites représentent entre 60 et 65% de la population en Irak (soit 15 millions d’habitants), 10% en Arabie Saoudite (environ 2 millions), 30% au Koweït (environ 300 000), 70% dans l’émirat du Barheïn (environ 220 000), 19% en Afghanistan (environ 5,4 millions) et 20% (32 millions) au Pakistan[iv]. Au Liban, les chiites représentent plus du tiers de la population, avec un million d’habitants, et constituent la communauté disposant de la plus forte natalité. Ils ont acquis une nouvelle légitimité politique face à la puissance financière des maronites et à l’alliance syrienne incarnée par les sunnites en devenant la première communauté libanaise sur le plan démographique. Les chiites sont également nombreux en Inde, où l’on dénombre 25 millions de croyants, en Turquie, avec une minorité forte de 16 millions d’individus et en Syrie où les chiites alaouites comptent quelque quatre millions de fidèles. Quant à l’Iran lui-même, pays de 60 millions d’habitants en 1996, il a vu sa population passer à environ 70 millions dont 55 millions de chiites.

 

 

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